zo DISSERT. SUR LA RELIG. CHRETIENNE
ve, des cenébres, des angoisses, des contradictions, des abandonnemen s inté-rieurs &c. Le cœur est alors si resserré, si plein d amertume , cju’on ne peut l’é-lever a Dieu , ni faire un íèul acte de foi, d’eíperance ou d’amour. Cependant c’estl’amour de Dieu qui fait ce désordre : mais, selon les §[nietifles, il ne le fait que pourmieux s’aproprier le cœur du mystique. Molinos appelle l’état que nous venonsde décrire, \e premier Martyre Spirituel, (a) L’autre Martyre Spirituel, plus utile ècplus méritoire , n’est que pour ceux qui font déja avancés vers la perfection & lacontemplation sublime. Il consiste dans un feu de ïamour divin, duquel lame estembrasée &c consumée par des douleurs amoureuses : tantôt l’abíènce de son amant l’assflige ; tantôt le doux, mais pesant fardeau de hpresence divine f accable. C estce qui s’appelle soupirer , sousrtr , Ôc mourir d’amour. Il en reíulte pour lame laconception également misterieuíê & spirituelle (h) du bonheur intérieur , qui íè pro-duit enfin au dehors dans la contemplation infuse. C’est ainsi que Molinos appel-le l’état auquel Dieu éleve l’ame a un parfait repos, fans quelle s’en aperçoi-ve, la pénétrant intimement de íâ lumière. Nous croions que cela suffit pourdonner au Lecteur l’idée de (c) l’Amour de Dieu suivant les principes des AÊ-tijles : mais on verra dans les remarques (d) le rapport qu’il y a entre leurs opi-nions & celles des (e) Beguards.
Il
O) Id. Ib. L. ; . Ch.d.
{b) Molinos décrit ibid. L. ;. Ch. i ; - & i6. ce bonheur intérieur.
(c) U y auroit dequoi faire un livre aíTés gros & d’un caractère fort singulier, si l’on vouloit recueillir touslès termes extraordinaires dont fe fervent les Mystiques, pour exprimer leur amour de Dieu & tousses effets.Les moindrée idées qu’ils nous donnent font, que l’amour illumine , embrase & consume. Les Poëtes lesplus gakns ne s’expriment pas d’une maniéré plus énergique que ces contemplatifs, qui parlent íàns cesse le lan-guage des amans les plus passionnés.
(d) Ces Beguards , que le Concile de Vienne condamna fous le Pape Clement V. croioient I. que l’hom-me peut acquérir dans la vie présenté un si haut degré de perfection , qu’il deviendroit impeccable & que lagrâce lui seroit inutile. Molinos nous dit à peu près dans le même sens que Vindifférence celejle , qui fuit de lasuppression des demandes , nous ramene d l'heureuse innocence que nos premiers parens ont perdue; que par l'Oraison Pâmeretourne d fa pureté primitive & que la concupiscence est détruite &c. Molinos dit encore quelque chose d’apro-chant au Livre 3. Ch. 2. n. 7. de fa Guide spirituelle. Cependant il semble se contredire un peu après ; caril ajoute que les Ames illuminées n en font pas moins persuadées de leur mifire (fr de leurs défauts &c. D’autre côtéune des propositions de Molinos condamnées par la Bulle d’ Innocent XI. c’est celle-ci ; qu 'une ame arrivée d lamort mystique ne peut plus vouloir autre cloofe que ce que Dieu veut , parce qu’elle ria plus de volonté fr que Dieu lalui a otée. II y a en tout cela beaucoup de contradiction. II. Les Beguards foutenoient que l’on ne doitpoint jeûner, non plus que prier dans l’état de perfection. La conséquence est nécessaire; si l’on est parfait,pourquoi s’humilier devant Dieu? l’intime communication avec Dieu,au millieu de la quiétude que les Ouie~tiftes nous décrivent, décrie nécessairement l’efprit de mortification. III. Les Beguards prétendoient s’affran-chir des Lóix Ecclésiastiques & Humaines. Il semble aussi que le Quietisme établit une efpece d’independan-ce. II est assés difficile d’étre bon sujet avec les principes Ouietifles. IV. Pour le souverain bonheur dès cette vie,les principes des uns & des autres rétablissent évidemment. II ne faut que lire les descriptions que Molinos faitdu Souverain bonheur , de la paix interieure , de ce qu’il appelle la solitude interieure &c. V. les Beguards íbute-noient que l’on ne doit point se lever à l’élévation du corps de Jefus-Christ , ni lui rendre aucun honneur :prétendant que l’état de contemplation ne leur permettoit pas de penser au ministère du Sacrement de l’Eu-charistie, ni à la passion de l’humanité de Jefus-Christ. La suppression des Ailes de foi a du moins une tou-che de cette doctrine , & là-dessus on peut lire M. Bossuet dans le 2. livre de son InflruSlion. VI. Les Beguardsdi soient qu’il n’apartient qu’à l’homme imparfait de s’exercer dans les Actes de vertu ; mais que l’ame par-faite s’en exempte. Cette proposition a toute l’affinité possible avec la suppression de tous les Actes. La 3 r.des Propositions condamnées par le Pape Innocent XI. conclut qu ’il faut bannir les vertus. Pour ache-ver d’éclaircir le Lecteur fur le raport qu’il y a entre les Ouietifles Sectateurs de Molinos & les Beguards , ilfaut rapporter quelqlies passages qui donnent le caractère de ces derniers. Nous tirons ces passages d’un Au-teur Alleman cité par M. Bojfuet. „ Us n’agissent point , dit Taulerus , mais comme l’instrument attend„ l’ouvrier , de même ceux-ci attendent l’operation divine cn ne faisant rien du tout. Ils prétendent que„ l’œuvre de Dieu seroit empêchée par leur opération. Attachés à un vain repos, ils ne s’xercent point„ dans les vertus. Dans ce repos ils ne louent Dieu , ni ne le prient, (parce qu’ils regardent les louangesque l’on donne à Dieu & les prières qu’on lui adresse, comme des Actes intéressés. Molinos a dit se-lon la 19. des propositions condamnées, que celui qui aime Dieu à la maniéré que la raison sc l’insinue,& quel’entendement, le conçoit, n’aime point Dieu. Une ame qui ne sauroit se dépouiller du désir d’aimer Dieu, mon-tre qu’elle l’aime à sa mode ; ce qui est nourrir le propre choix.) Enfin les Auteurs contemporains des Beguardsont trouvé chez eux l’aneantissement & la passiveté des Ouietifles modernes; leur cessation de désirs,d’actionsde grâces & de vertus.
(e) Avec les opinions fanatiques que l’on attribue aux Beguards & aux Ouietifles, on a donné aux uns