118 SUITE DE LA DISSERT. SUR LES CEREM.
„ ajoute t’il, & ne prêchent que des choses terribles, quand ce n'est pas le jòus„ de boufonnerie. . . Ils s empoignent la barbe, ils frapent des mains, ils crient„ dune maniéré à faire peur &c. . . . J'entendis l’autre jour un Carme, qui„ prêchoit fur la Magdelene aux Repenties de Sainte Croix , & qui donnoit,, carrière à íòn imagination. Pour exalter davantage le Sacrifice que íâ Péni-„ tente fit des plaisirs de ce monde, il insista pendant un quart d’heure a la de-„ peindre comme la plus charmante personne qui sut íòus le Ciel. Il n’y a point„ de trait de beauté fur le corps le plus accompli, qu’il ne representât : il par-„ loir en Peintre lavant , plutôt qu’en Prédicateur. "
Les Sermons des Prédicateurs Italiens íônt précédés de la Salutation Angéli-que, ainsi que nous lavons déja dit. Après la Salutation le Prédicateur pro-nonce íòn texte , 8c s’il traite ensuite le sujet que le texte lui fournit, c’est d’unemaniéré peu méthodique, presque toujours lans s’embarasser des liaisons: Cepen-dant leurs Sermons font ordinairement divisés en deux parties, dont la premiereplus íèrieuíè que l’autre & pleine d’une Théologie Scholastique qui feroit baaillerun François, est íùivie (a) de la quête des aumônes pour les pauvres. La fé-conde partie, toute badine , & souvent chargée de contes & d’histoires de l’au-tre monde, divertit le peuple íàns l’édifier : a moins que l’onn’appelle édificationce fade assaisonnement.
On ne prêche ordinairement en Italie que lAvent 8c le Carême : mais en ré-compensé Dieu fait les préparatifs que les Prédicateurs font plusieurs mois a l’avan-ce pour faire briller (h) alors toutes les beautés de leur éloquence : austi la mois-son est elle des plus abondantes pour ces Ouvriers Evangéliques. En tout autretems les Sermons sont rares dans les Paroisses, 8c l’on n’y entend gueres que l’Offi-ce 8c des Messes en Musique. Les Moines prêchent dans leurs Couvens fur dessujets que l’on pourroit appeller étemels ; car ils abandonnent rarement les Fon-dateurs de leurs Ordres 8c quelques pratiques auxquelles ils donnent leur protection ;telles que sont le Rosaire, le Scapulaire & le Cordon de S. François.
On voit en quelques Villes d’Italie des Prédicateurs de Place. Ceux qui les ontentendus assurent qu’ils imitent assés bien les Saltinbanques & les Bateleurs, par hmaniéré avec laquelle ils exposent ce que l’on Trouve dans leurs Discours de vé-rités Euangeliques, (c) dont ils font une eípece de vente au Peuple, après les avoirmélangées avec des boufbnneries, à la façon des Charlatans ordinaires. Un Reli-gieux prenant un grand Crucifix, que l’on a porté devant lui avec une petite clo-chette , monte dans une Chaire portative pour y debiter cette marchandise aussipernitieuso à lame que les drogues falsifiées des Charlatans le sont au corps.
Les Prédicateurs Espagnols 8c Portugais prêchent l’Euangile d’une maniéré
aussi
(a) Cela se pratique auffi de même en Hollande dans les Eglises des Protestans Hollandais. Le Ministre quifait le prêche l’interrompt pour exhorter ses auditeurs à la charité. Les Diacres qui servent vont de rang enrang demander la charité avec des bourses attachées à de longs bâtons. La bourse a une petite fonnete avec la -quelle le Diacre reveille ceux qui dorment ou qui en font le semblant.
(b) Se ne vìene in çotesta citta , dit Loredano , il Padre Girolamo Olivi a far pompa d’éloquen^a nel corfi qnd-dragejìmale.
(c) Ils trafiquent ces vérités, comme un Saltinbanque son Orviétan, & très souvent ils leur enlevent unepartie dé leurs pratiques. On pourroit peut-être comparer ces Prédicateurs aux Aíìmes & aux Pantomimes desanciens Romains 3 ,' & leurs Sermons aux Attellanes. On fait que les Mimes n’épargnoient pas mêmes les Dieu*dans leurs farces, non plus que les Pantomimes par leurs gestes. On n’ignore pss auffi que la ThéologiePaïenne étoit détournée vers le ridicule dans les Attellanes. II y a quelque apparence que les Arlecjttinades des M o1 "nés d’Italie sont un reste de ce goût ancien : mais pour ce qui est de la coutume de prêcher dans les places &dans les marchés, elle a été en usage chez les anciens Juifs, & même il paroit que Jefus-Christ l'a pratiquée.Une Prédication faite en plein marché toucha le cœur de S. Nicolas Tolentin à un tel point ; que pourrendre justice à la vérité qu’il avoir aimée pendant fa vie , il a falu le canoniser après fa mort. On montre présde Padoue l’arbre qui fervoit de chaire â S. Antoine de Padoue.
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