i2o SUITE DE LA DISSERT. SUR LES CEREM.
La Dévotion des Auditeurs tient aussi de la mode & de la coutume. Il est: bienvrai cjue cette mode risque den’ctre jamais universelle, à cause que les hommes nepeuvent trouver le moien de concilier l 'Art de craindre Dieu avec celui de fairefortune. Cependant on voit des Pais où les Peuples allient impunément leurs dé-votions a leurs passions. Fidelles observateurs de l’uíàge établi chez eux, suivantlequel ceux qui observent les Commandemens de l’Eglise sont estimés bonsChrétiens , ils poignardent bailleurs, ou empoisonnent saintement leurs ennemis.Les Prêtres eux-mêmes, après avoir dit l’Office, ne laistènt pas daller dire desfleurettes a quelque Signora. D’autre côté la Dévotion n’est gueres d’usege dansles Pais ou le libertinage des sentimens s est établi ; mais elle devient a la modeloríqu’un Souverain qui vieillit s avise de se regenerer. Un Prince, qui affectantd’être dévot rempliroit son Palais de Croix, de Bréviaires & de Chapelets; quine donneroit audience qu’après avoir prié Dieu devant une Image ; ne signe-roit les arrêts qu’après setre.signé de la Croix & aspergé d’eau benite : Un telPrince se verroit bientôt une Cour très íàinte quant a l'exterieur; mais elle pour-roit être d’ailleurs très mauvaise, à cause que íà dévotion seroit 1 effet de la com-plaisance ou de limitation. On trouve des exemples de ce que nous avançonsdans les maisons des particuliers. Un Pere de famille , qui n’a d’autre récréationque celle qu’il tire de la pieté, fait a coup sûr de íà maison une pepiniere de dé-vots &: de devotes. La famille, qui s’éleve dans l’horreur de tout ce qui a appa-rence de mondanité, condamne charitablement ceux qui lui paroiflènt mon-dains. Ils passent en Meíses & Oraisons tout le tems qu’ils peuvent oter à leursaffaires ; & comme si la grandeur (a) des pièces augmentoit la dévotion , leursHeures, leurs Chapelets, leurs Crucifix & tout le reste de l’attirail, l’emporte debeaucoup sor les autres : mais par ce que leur pieté est l’effet de l’habitude, il se trou-ve aussi qu’elle est infiniment plus médiocre que celle du Chrétien le plusfroid.
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(a) Rabelais a bien décrit ces faux dévots íòus le personnage de son Gargantua. „ Et lui portoit oní„ dit-il, ung gros breviere empantouphlé , pesant tant en greffe que fermoirs & parchemin , poy pour poy„ moins unze quintaux six Livres. Oioit vint six ou trente Messes. Cependant venoit son diseur d’heu-,, res en place empaletoqué comme une Dupe & très-bien antidote son haleine à force syrop vignolat. Avec„ içellui marmonnoit toutes ses Kyrielles & tant curieusement les espluchoit, qu’il n’en tomboit ung seul,, grain en terre. Au partir de l’Ecclise on luy amenoit sus une traîne à bœufs ung faratz de Patenôtres„ de Saint Claude aussi grosses chacune qu’est le moule d’ung bonnet, & se pourmenant par les Cloîtres,„ Galleries ou jardins en disoit plus que seize hermites. "
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