94 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
grand poids. Quelque soit le sens qu’on puisse donner aux prières des anciensChrétiens pour les morts, il est certain que le siécle de Constantin le Grandles connoistòit, puiíque le peuple pria pour son ame, ainsi que nous le dit Eu-sebe dans la vie de cet Empereur.
Les prières des premiers Chrétiens Lc celles dés modernes supposent du moinsun état mitoien entre la peine de l’ensor & les solicités du Paradis: sens cettesupposition, quel seroit le but de ces prières ? C’est cet état que l’on appelle lepurgatoire. Il n’est que pour les âmes de ceux qui sont morts en la grâce. Maisil ne sent pas s’imagmer que ce Purgatoire soit un sou matériel où l’on brûleréellement, ou des eaux dans lesquelles l’ame est lavée de ses péchés, ou desvens & des glaces qui la purifient. Toutes ces opinions soutenues serieusementont sedûit la simplicité des bonnes gens. Les légendaires & leurs admirateursignoroient sens doute que lès âmes n’occupent aucun eípace & que des sub-stances indivisibles ne seuroient être sujettes au sou, au vent, à la glace &c. Ilest vrai que cette philosophie renverse une infinité de sables & ruine les décou-vertes que le peuple Monachal a fait depuis plusieurs siécles dans cette terre in-connue. Il est vrai encore, que des (a) Docteurs du siécle passé ont assuré ence Monde que le Purgatoire est un lieu souterrain au-dessus de ,, l’ensor dès,, damnés, où les Ames qui n’ont pas achevé d’accomplir les satisfactions,„ quelles doivent à la Justice Divine pour leurs péchés sont, purgées par le sou„ d’une maniéré admirable & pourtant incompréhensible. " Cependant toutcela ne persuadera pas les Chrétiens qui connoissent la disserence de l’ame ô£du corps. Les âmes sont purgées : d'accord. On doit prier pour les fidelies dé-funts; nous en convenons : mais les âmes ne seuroient être punies après semort comme elles le sont tandis qu’elles restent unies a leurs corps. L’idée seplus raisonnable que l’on se puisse faire d u Purgatoire c’est que les Ames desgens de bien sont tourmentées pendant un certain terns après cette vie , pourêtre entierement purifiées de ce qui les empêche d’entrer dans l'éternelle Patrie^.ainsi que s’exprime le Catéchisme du Concile de Trente . Mais pourquoi s’étendrefur une matière dont il est impossible d’avoir l’idée? Nous dirons seulement ici,qu’une partie des Paiens, &c sortout les Platoniciens, ont crû que les Amesétoient purifiées par le sou après la destruction de leurS corps. Platon, dans unde ses Dialogues semble reconnoître un tribunal où les morts qui n’ont commisque des péchés legers, seront condamnés dans l’autre monde à des peines finies,&c proportionnées à leur sautes : On peut lire dans 1a notte l’Analyse du senti-ment de ce célébré Philosophe. Elle est de la façon (h) d’un savant Jésuite.Les Indiens Orientaux regardent (c) comme une eípece de Purgatoire 1a circula-tion
(a) Casai, de Vet. Christ. Ritib. Cap. LXXXVIII.
(b) Elle est de la façon du P. Mourgues Lettre XI. du Plan Theologique .,, Toutes les Ames subissent le jugement„ su sortir de leurs corps: il y a des Ames'mais en petit nombre,qui se trouvent entierement saines & qui n’ont,, rien à craindre de ce jugement : toutes les autres y font trouvées malades, les unes pourtant capables de guéri*„ ion, & les autres incurables. Les Ames saines prennent le chemin des Champs Elysées, qui est le Païs„ de la liberté & de l’afranchissement de tous maux : elles achevent de s’y purifier, & cette purification est,, une affaire de mille ans. Pour savoir ce qu’elles deviennent après cela, il faut distinguer celles qui doivent„ revenir dans ce Monde, suivant Tordre du Destin, & celles qui y ont déja achevé leurs tournées fatales..•„ ces dernieres passent dans une terre bien heureuse, où elles jouissent des plus pures delices dans la contem-„ plation continuelle du Verbe Divin. . . . Les Ames malades prennent toutes le chemin du Tartare, lesgue-„ rissables pour y etre purgées, les incurables pour y être tourmentées. Quand les premieres y font gueries,, de toutes indispositions par des remedes très violens, les unes passent dans les Champs Elysées, les autres,, vont continuer Tanimation des corps, à laquelle elles font encore obligées, n’aiant pas fourni toute leur car-„ riere. Les malades desesperées, c’est-à-dire, celles qui font chargées de crimes impardonnables, ne for-„ tent jamais du Tartare. “ ... On peut voir aussi la description que Virgile donne de la purification de l’a-me après la destruction du corps, au Livre 6. de son Enéide.
CO Voi. le Supplément aux Difertations &c. dans la seconde Partie du Tome premier des Religions Ido-lâtres .