io6 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
des petits ensans on ne doit point s’arrester dans le Cimetiere a chanter desLibéra > ni a dire d’autres fufrages pour les morts.
A l’égard des ensans morts fans baptême , on défend de les ensevelir enterre seinte, parce qu’ils ne íbnt pas morts dans la communion de l'Eglise. Ilsn y font jamais entrés : on ne doit faire aucunes prières pour eux. Le Baptê-me n’aiant point effacé les tâches de leur péché originel, ils font regardés commeexclus de 1 état d’innocence des en fans morts baptisés. Ont ils le malheur de périrfaute de Baptême, & doivent ils aller brûler dans les enfers pour la négligen-ce de leurs parens, ou pour être nés dans une Religion qui ne connoît pasJésus-Christ? Non : la décision pour ^affirmative paroît trop dure. On leurassigne leur séjour aux Limbes , & cela pour 1 éternité. Ces Limbes font la par-tie supérieure de 1 enfer , suivant quelques-uns. Il faut les croire fur leur pa-rolle.
Nous finirons cet article en íaisent remarquer au lecteur, que presque tousles peuples Paiens, anciens & modernes semblent avoir épuise leur imaginationà rechercher tout ce qui pouvoit fe concevoir de plus bifarre pour le pratiquerenvers les morts. On verra dans la fuite de cet Ouvrage les pratiques ex-traordinaires du Nouveau Monde â cet égard, dont on a essaié de ramener lesmoins ridicules â des principes raisonnables. Les anciens Egyptiens donnoiencà leurs morts une eípece d’immortalité par la maniéré admirable de les embau-mer , dont le secret s est entierement perdu : au contraire les anciens Perses, s’ilen faut croire quelques Historiens, exposaient leurs morts aux bêtes sauvages,mais félon Hérodote, ils les enterroient ensuite, & même cette coutume étoitparticulière aux Mages, â ce qu’il dit. Les autres Perses les enduisaient de cirepour les conserver. D’ailleurs il faut bien que la coutume d'exposer les mortsaux bêtes n’ait pas été génerale, puis que les Voiageurs modernes nous parlentdes restes superbes de quelques tombeaux des anciens Perses. Outre cela nousavons le témoignage de Xenophon (a) dans fà Cyropédie & de plusieurs autresauteurs qui parlent de l’usege de l’inhumation chez les Perses. Les Parthes & lesBactriens exposaient leurs morts aux chiens & aux oiseaux. Les Peuples duPont-Euxin devoroient les corps de leurs parens défunts. Quelques Peuples A-siatiques n’attendoient pas même que leurs vieillards mourussent de mort natu-relle: ils avançoient l’heure de leur mort, pour les delivrer, diíoientils, desinfirmités de la vieillesse. Sur ce principe les ensans fe croioient charitablementautorisés de retrancher des jours de leurs caduques parens, & pour ne pas sesvoir languir au millieu des maux qui accablent la vieillesse, ils leur portoientle poignard au sein, & les mangeoient ensuite, s’imaginant que par ce moien il sse reunissoient à ceux dont ils avoient été la substance avant leur naissance. LesHernies, suivant (b) Cœlius Rhodigin ,pratiquoient le même usage & pour les vieil-lars & pour les malades hors deíperance d’être rétablis. Les Barceens don noientses morts aux vautours, parce que la longue vie de ces oiseaux est en quelquefaçon l’image de l’éternité, & même cette honorable sépulture n etoit destinéequ’aux personnes de mérite. On nenterroit que la populace & ses personnes quiavoient vécu dans l’obsourité. Plusieurs anciens peuples bruloient leurs morts, com-me par exemple,les Greqs & les Romains leurs imitateurs. Cependant cetufâgetrouvoit des exceptions chez eux, & il y a apparence que l'on avoit aussi conserve ce-lui d’enfevelir les morts sens les brûler. C’est ce que la semille des Corné-liens pratiquoit, mais Sylla, qui étoit de cette famille, voulut qúe l’on brûlât
(a) Livre VIII. de la Cyropédie.
(b) Cœlius Rhoàig. L. XVII. Leél. ttrttiy.