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10 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
u’il ne soit bon de connoître un peu familièrement la personne avec qui l’onoit s’engager 'pour toute fa vie , & que le Christianisme veut qu on aimecomme sa propre chair : mais qu’il est difficile d’éviter les tentations, & de re-garder comme du fruit défendu celle à qui Ion a donné fa foi ! en telle sortenéanmoins qu on puisse trouver des raisons pour fe dédire. De plus, fileslongues fiançailles étoient autorisées par les loix, insensiblement on prendroitla résolution de s en tenir là, & peut-être qu’enfin on introduiroit le commo-de usage de se prendre l'un l’autre à 1 essai. Alors le Mariage pourroit devenirun art á maîtrise, ôc cet art seroit sujet aux mêmes loix que les au-tres, mais quelque peine que l’ébauche dût y coûter, encore seroit on souventheureux de la risquer, parce qu’on trouveroit plus de risque à fe faire aggrégerau corps. Sérieusement, il faut convenir que la Religion & les lumiè-res de la raison devant intervenir en ce changement périlleux d état, il est né-cessaire de prendre d’avance la résolution de se supporter & de vivre ensemblecomme si de part & d’autre on étoit parfaits. Sur ce pied là il faut aller ducélibat à l’hymen par le chemin le plus court, & fans se faire ni des illusionstrop agréables, ni des difficultés souvent chimériques. Avec un tel esprit onpeut fort bien tirer parti de l’hymen & trouver une heureuse tranquilité dansles troubles du ménage.
Voici quelques autres avis que donnent les Rituels à ceux qui veulent faireun usage Chrétien du Mariage. Le jour de leurs noces ils doivent réfléchir sorletat auquel ils s’engagent, &: prier Dieu qu’il leur conserve la chasteté dansles momens où, quelque régénéré qu on soit, la chair est victorieuse de l'esprit,à moins que semblables au Quiétiste de Rousseau ( a) l’esprit ne soit en orai-son pendant que le corps s’abaisse aux choses de la terre. Ils doivent éviter laparure, la vanité, la sensualité &c. On fait que le contraire se pratique ordi-nairement , & que les jeunes gens qu’on marie regardent comme leurs plusbeaux jours ces jours de libertinage & de luxe qui précédent le mariage : maissi la jeunesse aime ces désordres, la vieillesse y trouve aussi quelque satisfaction.Elle se rappelle le souvenir des plaisirs passés, elle aime cet apareil superbe &:réjouissant qui finit par la conjonction de deux personnes dans lesquelles ellese voit en quelque façon revivre : & comme d’ailleurs les vieilles gens ne cè-dent pas volontiers, ils veulent aussi que ceux qui leur appartiennent de si prèssurpassent les autres en quelque façon que ce puisse être. C’est ainsi que lesvieilles personnes contentent leur vanité en servant celle des jeunes gens. Croiton que fans cette vue quelques vieilles matrones, (car en général les vieilless’empreísent assés á faire des mariages, ) voulussent unir à quelque prix que cefut un jeune homme &c une jeune fille ? Les mariés doivent aller à l'Eglise avechumilité & modestie ; ainsi le veut la Religion : mais le monde & le bel usagenous enseignent le contraire. Ils veulent qu’on marche avec pompe, qu’onsoit accompagné à l’Eglise d’une fuite nombreuse de Paranymphes & d’autresjeunes gens ; que l’on ne voie autour de soi rien qui ne soit au dessous de soi. ll§veulent enfin, que l’on se présente devant le Prêtre pour un acte de cérémonie& de plaisir, où la Religion usurpe des droits qui ne lui appartiennent pas-est le faste de ceux qui vont se marier. Le reste du jour des noces devroit aumoins fe passer avec quelque modestie & sens faire trop d’excés, s’il falloir encroire les Directeurs : mais ils n’ont pas assés d’usege du monde pour sentir que
la modestie ôc la sobriété sont impraticables en ce grand jour de plaisir. D e-
puis
0») Voies l’Epigramme qui commence,
Vn Quietìste ardent comme m tison.