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[Volume I.]
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DES CATHOLIQUES ROMAINS. 117

tes jours plusieurs fois à certaines heures du soir sous les fenêtres de la demoisel-le, Un autre usege c’est que le nouveau marié ne rende aucune visite a se futu-re qu’il ne lui porte le collier de perles q u'il est obligé de lui donner. Cettepremiere entrevue de personnes qui ne se sont jamais vues donne souventlieu à des accueils bizarres & extravagans : ce qui est dû généralement a la ma-niéré retirée dont les demoiselles sont élevées,

Le Concubinage est le remede de ces mariages biserres & souvent trompeurs,L’uíage en est tellement reçu, qu’il est fort ordinaire de voir les femmes légiti-més vivre en bonne intelligence avec leurs rivalles : en cela semblables à ces épou-ses des premiers tems, qui non seulement voioient sens jalousie les Concubinesde leurs maris, (a) mais même leur aidoient á accoucher, ce qui vouloir direquelles s'aproprioient en quelque façon les enfans de ces Concubines. Souventmême le Concubinage des Vénitiens est une eípece de mariage clandestin , (h)dont la cérémonie ne se fait que long-tems après la consommation, & pourl’ordinaire quelques jours seulement, ou quelques heures avant la mort de î’unedes parties. Mais ce qu’il y a de plus singulier dans ces useges si contraires auxloix du Christianisme, c’est que les meres cherchent elles mêmes â leurs enfansdes Concubines & des Maîtresses} ce qui se pratique a peu près de même, enPerse, s’il en sent croire Chardin.

Ces excés ne sont pas moins communs en Espagne. Plusieurs Voiageurs nousassurent que des enfans à peine sortis de l’ensence y songent à se pourvoir deConcubines, & vivent avec elles dune maniéré qui les gâte pour toute leur vie.Cependant la galanterie & l’amour y font portés â l’excés. „ On n’a jamais fû„ aimer en France, (c) dit une Dame , comme l’on aime en Espagne, & fans„ compter les soins, les empressemens, la delicatestè, le dévouement même â„ la mort .... ce que je trouve de charmant, c’est la fidélité & le secret. "Ces deux choses manquent au François. ,, Les amans parlent de leurs Maî-„ tresses avec tant de respect: & de considération, qu’il semble que ce soient„ leurs Souveraines. " C’est donc en ce Païs lá que se trouve le parfait amour.L’Amant Le l'Amante ne doivent jamais s’oublier l’un l’autre. C’est un com-merce perpétuel de sentimens exprimés en mille disserentes maniérés toutes éga-lement vives Le passionnées. Avec cela l’on n’oublie rien pour satisfaire sepassion, ce qui est le dernier but de l’amour : quelque épurés que soient les dé-sirs des amans, on fait assés que l’amour ne se contente pas de ces feux spiri-tuels. Ces Maîtresses, â l’égard defquelles on conserve des sentimens si purs& si nobles, font d’un ordre différent des Concubines. Celles-ci ne troublentpas le ménage, s’il en seut croire Mad. d’Aunoy. Un homme a même sou-vent femme, concubine & maîtresse. Tout cela se passe sens bruit, & se justi-ce , dit cette Dame, n’est point étourdie des démêlés domestiques. La derniereparticularité que nous mettrons ici touchant 1a galanterie Espagnole, & qui esttrès singulière, si elle est vraie, c’est qu’après qu’une Dame a été seìgnée , leChirurgien reçoit pour la bande qui a servi â l’opération dès presens très con-sidérables du Cavalier qui est l’amant de 1a Dame.

Enfin pour dire un mot de ce qui regarde plus particulièrement leurs maria-ges , une fille qui a fait son choix peut se soustraire â ['autorité paternelle & se

ma-

(a) Genese Chap. 30.

(b) Voi âge d’Italie par Aítjfon Tome I.

(c) Relation dft Foiage d’Espagne par Mad. d'Aunoy.

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Tom. II.