Band 
[Volume I.]
Seite
120
JPEG-Download
 

i2o DISSERTATION SUR LES CEREMONIES

humain, 8c de triompher de celui qui est le Prince du Siécle , la source da mal-le tentateur des fidelles, le grand, & même, au jugement de quelques Théolo-giens, le íèul mobile des désordres de l’univers, en un mot 1 ennemi juré de lagrâce & le tyran de la volonté de l’homme.

Les anciens Paiens connoissoient 8c pratiquoient les exorcifmes. Il en est:mille exemples dans l’antiquité : mais cet emploi fi saint parmi nous étoit chezeux le partage de quelques bonnes vieilles, qui s en alloient de maiíòn en maison faireune aspersion d'eau lustrale & conjurer les esprits par le moien de certains for-mulaires 8c de quelques cérémonies ailes biíàrres {a) que l’on trouve décritesailleurs. A l’egard des Paiens modernes des Indes Orientales & Occidentales,ils ont auíïì leurs cérémonies pour chaflèr les démons 8c les lutins. Nous ren-voions le lecteur aux Dissertations fur les cérémonies de ces Idolâtres.

Non feulement l’Egîife chaste le Démon du corps des hommes & des ani-maux : elle le conjure aussi pour le faire sortir des lieux où il cherche à s’éta-blir. Nous avons vû de quelle maniéré on le fait déloger d’un lit nuptial,d’une chambre de mariés, du sel, de l’huile, de 1 eau , du chrême. Il íèroitdans toutes ces choses, fi l’exorcifme ne l’en banissoit. Qu’on juge donc com-bien la charge d’Exorciste devroit être importante, puisque c’elt a l’Exorcisteque l’Egliíè remet le pouvoir quelle a fur les puissances de l’enfer. Cependantcette charge ne devient que trop inutile, (b) a cause que les Prêtres s’en réser-vent les fonctions. Ce qui n'humilie pas le diable, dont la vanité est entrete-nue par l’honneur qu’on lui fait en n’emploiant contre lui que des Prêtres oudes Evêques.

Les marques les plus assurées de la possession du Démon font, dit le Ritueld’Alety de parler, ou d’entendre les langues inconnues , particulièrement fi cesont des discours longs , qui ne fuissent pas être prévus. Ajoutons qu’il fàut

que le Diable soit congru, 8c qu’il ne faste pas des íòlécifmes ou des barbarissmes, comme cela lui est arrivé quelquefois : témoin ce que les écrivains rac-content des Diables de Loudun, qui ne furent pas à beaucoup près si savansque ceux de Cartigni, lesquels furent éprouvés en fèiíê langues. Si l’on ex-cepte quelque peu de mauvais Latin que ceux de Loudun debiterent aux Ex-orcistes, ils fe tinrent fidellement au François, qui étoit fans doute leur languematernelle, 8c par conséquent celle qu’ils íàvoient le mieux. Une autre marquede possession, c’est de découvrir les choses sécrétés 8c cachées; ce qui se fait dansdes lieux éloignés; ce qui fè pasté dans l’imagination. Un troisième indicec’est de faire des efforts, ou des actions,qui surpassent les forces naturelles de lapersonne possédée, en quelque état ou en quelque maladie quelle puisse être. (c) Unquatrième feroit peut-être de répondre à des questions difficiles, 8c que l’huma-nité ne sauroit ressoudre.

Les Rituels défendent d exorciser sans la permission de l’Evêque, d ( d) qui ilfaut toâjours s’adresser & lui découvrir tous les fignes de la possession qu on remarquesafin qu H examine s elle ejl véritable , pour éviter toutes les fourbes qui fe f ont en cet -te matière. C’est lui aussi qui réglera la conduite de l’Exorciste en cette occa-sion. Pour réussir à chasser le Diable, celui-ci doit s’exercer ì l’oraison 8c aujeune. Il doit soufrir avec patience les insultes que le Démon peut lui fai-re, 8c éviter que les vices en général 8c surtout l’orgueil, ne donnent prise a

(_a) Surtout dans Lomejerus de lufirationìbus.

(b) Rituel d'sîlet.

(c) Voi. dans le Ditlionaire de Baj/le Article Granâier quelques-unes de ces questions.

(d) Rituel d'Alct.

!

ì