142 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
(a) Les Auteurs des Rituels, pour la plufpart zélés serviteurs de la Cour deRome, nous assurent que les Protonotaires ont été établis par S. Clement, ÔCque dés lors Sc tous les Papes S S. Anthère ôc Jules I. leur charge étoit decrireles Actes des Martyrs, d’avoir foin des Registres de l’Egliíe Scc. Une si belleantiquité donne beaucoup de lustre aux prérogatives Pontificales. Ces Proto-notaires ont rang de Prélat à Rome. Ils ont le droit de créer Docteur , ôc delégitimer les bâtards.
Venons aux Moines, cette fertile pepiniere de (h) dévots oisifs ôc 8 inutile sServiteurs de l’Eglise militante ; dont ['origine est due aux retraites des premiersfidellcs Sc le (c) dérèglement aux bienfaits immenses que la dévotion aveugledes tems passés leur a laisse. Il y a bien des siécles que le nom de Moine acessé detre un éloge, & que même, (d) par la malice de nos jours , il ejl devenu,f infâme , qu il ejl -pris par les plus humbles Cenolites pour la plus sale injure & le plusviolent outrage qu on leur puisse faire. De là ces (e) dictons si injurieux auxMoines- de là ces Contes scandaleux, dont les nouvelles de Bocace, ôc de la Rei-ne de Navarre sont parsemées. C est aux désordres des Moines qu’on doit unepartie des ingénieuses naïvetés de nos anciens poëtes, ôc en notre tems cellesdu célébré la Fontaine. Ces traits dangereux ôc si souvent reïterés ont presqueruiné dans 1 esprit de beaucoup de Chrétiens l’eíficacité des prières Monachalesqu’ils ont regardées comme coutumières Sc (f) mechaniques, nées pour tenir leCÍoitre en règle. On s’est désabusé de la sainteté de la vie Monastique, parceque là abordent ceux qui sont éffraiés „ (g) par leur mauvaise conscience,„ qui craignent la rigueur des loix Sc n ont retraicte assurée ailleurs .... qui„ ont mené vie infâme Sc deshonneste, qui sont réduits à beíístrer Sc deman-„ der leur pain, après avoir dissipé leurs biens . ... 'Sc sont chargés de deb-„ tes envers un chacun. Ceux qui prennent plaisir à ne rien faire , fuient le„ travail ôc eíperent de vivre là en oisiveté : ôc si quelqu’un n’a peu jouir de„ ses amours, il se fourre là par désespoir, ou bien une simplicité de jeunesse„ deçue, une aípre ôc rigoureuse marastre, ou les tuteurs iniques les y amei-,, nent ôc introduisent : toute l’armée deíquels est puis jointe ôc maintenue en
,, re-
fis) Pifiara 8c autres.
(b) Il y a long-tems qu’on leur aplique ce vers,
Nos numerus f'umus & fruges confumere nati.
De f lus d’un million de bouches ,
Nous pouvons fournir aujourd’ hui,
Qui m fervent, comme les mouches,
Ou’d manger le travail d’autrui.
(c) Dérèglement qui a exposé le corps Monastique à des censures ameres & à des satyres quelquefois ou-trées. II faut l’avôuer, Dieu,s’est réservé des Elus parmi les Moines : mais cependant on ne sauroit douter quela corruption de ce r vaste corps n’ait autorisé la licence des écrivains. Les Moines s’en plaignent & crient ìPherefie, à la pròphanation &c. Après tout Veulent ils qu’on croie comme un article de foi, que la vertu setrouve essentiellement dans les Couvens »& que la probité des Réguliers ne soufre aucune exception ? que toutMoine est ennemi de la sensualité ; qn’un homme qui se couvre d’un froc cesse d’être avare, orgueilleux»hypocrite & libertin ? ou que tout âu moins le froc a la vertu de purifier l’avarice, l’orgueil & toutes les pas-sions humaines? ctestune règle sure, & que l’on peut établir à 1-égard des Moines & de tous les corps qui sontl’objet de la satyre ou de la censure ; ques’il n’y avoir rien de véritable à leur imputer, on n’auroit pas inven-té les faussetés dont ils se plaignent.
(d) Parolles prises de \’Apocalypse de Meliton. Les Moines veulent être appelles Religieux.
(c) - Par exemple, qu’;/ faut fie garder du derriere d’une mule, dr d’un Moine de tous les côtes.
_ Monacbus in Claujìro non valet ova duo.
Fou qui fe fie à un Moine. C est un Moine dr c’eft tout dire.
(f) Ils marmonnent, dit Rabelais, grand renfort de légendes dr de Pfeaulmes nullement par euX entendus. Ih
comptent force patenôtres entrelardées de longs Ave Maria , fans y penser ni entendre dr ce j’appelle mocque-Dieu ,non oraison. _ w
(g) C’est ainsi que parle Agrippa dans son Livre de la Vanité des Sciences au Ch. qui traire des e esMonastiques. Un Lecteur judicieux sent assés qu’il faut prendre à quelque rabais les jugemens de cette e pece.