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[Volume I.]
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§ MEMOIRES H

fut donc question d’avoir recours à des moyens plusforts que ceux que l’on avoit employez jusqu’alorscontre les Hérétiques. ~

Ces moyens se réduisirent enfin à publier contreeux une croisade j - dont les Papes s’étoient servis siutilement en d’autres rencontres. Innocent III.Pape extrêmement entreprenant & également heu-reux dans ses entreprises, 'résolut en tssetde se servirde ce moyen ; ruais il crut qu’il devoit auparavantavoir recours aux voyes de douceur , & employer

pour la conversion de ces Hérétiques la prédication& la dispute. Il envoya pour cet effet des Mission-naires dans le Languedoc , dont les chefs furent S.Dominique & le bienheureux Pierre de Châteauneuf.Le succès n’ayant pas répondu à leur zele, & le bien-heureux Pierre de Châteauneuf ayant même étécruellement massacré près de Toulouse, l’an izoo,le Pape résolut de ne plus différer à employer contreeux les armes temporelles.' Comme il avoit été dansle mondé un célébré Jurisconsulte , il se servit de lafiction du droit pour traiter ces Hérétiques de Ma-hométans , parce que les uns & les autres avoientcela de commun d'être ennemis de l’Eglise.

Sur ce fondement, le Pape accorda des Indulgen-ces à S. Dominique , & ses disciples eurent ordre deles publier dans toute leur étendue ; c’est-à-dire, ausens, que ceux qui contribueroient de leur crédit &de leurs biens à la ruine de l’hérésie , les gagne-raient auffi-bien que ceux qui les poursuivraient l’é-pée à la main. Ainsi sut mise sur pied une puissantearmée de soldats choisis*

Comme Raymond Comte de Toulouse étoit leplus puissent protecteur des Albigeois , ce fut aussicelui que l’on entreprit de réduire le premier * ;mais comme il ne se sentit pas assez fort pour soûtenirun si terrible choc, il se soumit au Pape , abandonnala protection des Albigeois, & livra pour la fureté deíà parole sept des principales Villes de Provence & deLanguedoc.

L’Armée des Croisez n’ayant plus rien à fairecontre le Comte de Toulouse , qui s’étoit soumis,tourna du côté de Beziers, ou les Albigeois s’étoient

Í missamment retranchez. La Ville fut assiégée danses formes ; mais comme elle n’étoit pas en état detenir contre cent mille Croisez , elle fut prise , brû-lée , & réduite en cendres. L’on fit main basse furtout ce qui sc trouva d’hommes, de femmes & d’en-íans ; tout fut massacré, fans distinction d’âge ni desexe ; l’on ne pardonna à personne , & les Catholi-ques mêmes, qui y étoient en petit nombre , surentenveloppez dans ce massacre.

L’exemple de Beziers, quoique terrible’, n’empê-cha pas le Comte de Beziers, qui l’étoit aussi de Car-cassonne, de se retirer dans cette Ville , & de la dé-fendre jusqu’à la derniere extrémité. Il étoit Catho-lique ; mais soit qu’il fût indigné du peu de considé-ration qu’on avoit eu pour son entremise , lorsqu’ils’étoit employé pour sauver Beziers, ou qu’il ne pûtsouffrir que sous prétexte de Religion on désolât sesTerres, & qu’on exterminât ainsi ses Sujets, & qu’ilse crût obligé de les protéger & de les défendre , ouqu’il ne fût pas persuadé que la Religion fût le seulmotif d’une si sanglante guerre ; rien ne le put empê-cher de s’opposer aux efforts des Croisez , & de dé-fendre Carcassonne , résolu de la sauver , ou de s’en-sevelir sous ses ruines.

II y fut aussitôt investi par les Croisez, dont l’Ar-mée étoit alors de trois cens mille hommes ; car aprèsla prise de Beziers, elle s’étoit fortifiée d’une infinité<se gens qui y accouraient de toutes parts, & mêmede quantité de grands Seigneurs, que de fort disse-rens sujets y avoient attirez.

* ÍÌM 1209,

'STORI QJJ E 8

Un nombre si prodigieux d’ennemis n 5 étonnapoint le Comte de Beziers. 11 publia un Manifeste,par lequel il déclarait'qu’il prétendoit perseverer j use-squ’a Iá mort dans la profession de la Religion Catho-lique ; que cela ne l’einpêcheroit pas de défendre sonbien & ses Sujets, de quelque Religion qu’ils fusesent, parce qu’il s’y croioit obligé par la loi naturel-le , la plus inviolable de, toutes, Sc par la foi récipro-que qu’ils s’étoient dqnnée de ne se point abandon-ner; qu’il ne considérait point cette - guerre commeune guerre de Religion, mais comme une partie faitepour les dépouiller de leurs biens, lui, le Comte deToulouse, ceux de Foix & de Comminges, qu’il lesexhortoit de sc joindre à lui, & d’ouvrir enfin lesyeux à leurs véritables intérêts , qui étoient les mê-mes quéfes siens-; qise quand ils ne lé seraient pas,il étoit résolu de courir tout seul les risques de cetteguerre ; que puisque sa perte étoit résolue , quelqueparti; qu’il pût prendre ', il valoit mieux périr enhomme de cœur les armes à la main , que de survivreà la perte de ses biens , à la ruine de ses Places , &au massacre de ses Sujets ; qu’au reste il prenoitleciel & la terre à témoins qu’il étoit innocent de tousles maux que la guerre ne pouvoit manquer de traîneraprès elle , puisqu’il. ne s’y engageoit que par la né-cessité inévitable de se défendre contre ceux qui in-justement lui vouloient ôter son bien.

Les Croisez ne répondirent point à ce Manifeste.Ainsi l’on se dispose d’une part à une vigoureuse at-taque , & de l’autre à sc défendre jusqu’à la derniereextrémité. ■ ■

La ville de Carcaílonne étoit alors, comme elle estencore à présent , divisée en deux parties ; l’une,que l’on appelloit la Cité, étoit située fur une collinebien fortifiée ; l’autre s’appelloit le Bourg , & étoitbâtie à quelque distance de l’autre. Cette dernierepartie n’étant pas forte, fut prise sens peine ; tout yfut mis à feu & à sang., sens distinction d’âge , desexe , ni de qualité , comme l’on avoit fait àBeziers.

Un traitement si cruel, bien loin d’étonner ceuxqui combattoient dans la haute Ville sous la conduitedu Comte de Beziers, comme on l’avoit prétendu,ne servit qu’à les fortifier dans la résolution où ils é-toient de vendre leurs vies bien cher.

Sur ces entrefaites le Roi d’Arragon arriva aitcamp des Croisez. * II intercéda pour le Comte deBeziers ; mais il ne put obtenir du Légat du Pape,qui étoit le véritable Chef de cette entreprise, sinonque le Comte pourrait se retifer lui dixième où bonlui semblerait ; mais que tous les Habitans se ren-draient à discrétion , sortiraient tout nuds hors de laPlace, & attendraient en cet état la miséricorde duLégat.

Le Comte de Beziers rejetta bien loin cette pro-position. Il sc résolut de souffrir les dernieres extré-mitez. Ceux de la Ville à son exemple se battirenten désespérez ; & il en coûta la vie à un nombre in-croyable de Croisez , qui périrent de différentes ma-niérés au pied des murailles de Carcassonne.

Enfin le Légat désespérant d’emporter par la forceune Place défendue par un si brave homme , secondépar des Habitans aussi déterminez , fit dessein d’envenir à bout de quelque maniéré que ce fût. Ettout lui paraissant permis, pourvu qu’il eût la victoi-re , il envoya un Gentilhomme au Comte , qui J’at-tira hors de la Place , par de grands sermens qu’il nelui serait fait aucun mal » & par de magnifiques pro-messes que le Légat traiterait avec lui de bonne soi ímais il ne fut pas plutôt en fa présence, qu’on le re-tint prisonnier.

* Le Mme dtt Val Cernas