CONCERNANT
Les Habitans de CarcaíTonne , au désespoir de laperte de leur Comte , perdirent le cœur qu’ils a-voient Fait paraître tant qu’ils l’aVoient eu à leur tête,8 c qui peut-être à la fin les eût sauvez. Us ne pensè-rent plus qu’à la fuite , en quoi ils furent favorisezpar un conduit souterrain qui les rendit à trois lieues jdu camp- Ils échaperent ainsi à la fureur des Croi-sez , qui les auraient apparemment traitez comme ceuxde Beziers & de la baise Ville.
Le Légat maître de CarcaíTonne , en fit fa placed’armes contre les Albigeois. Le Comte Simon deMontfort y fut nommé General de l’Eglise : & pourl’engager à la bien servir , le Comte de Beziers étantmort en prison de chagrin ou autrement , on luidonna les belles Terres qu’on venoit d’ôter à celui deBeziers, & on l’assura qu’on lui serait bonne part desconquêtes qu’il pourrait faire fur les Seigneurs duparti des Albigeois.
Ce nouveau General de l’Eglise animé par desdons aussi effectifs, & par des promesses qui flattoientagréablement son ambition & ses intérêts, fût pour-tant quelque tems fans rien entreprendre ; & ce temsdonna lieu aux Albigeois de se reconnoître & de sefortifier. II étoit brave, expérimenté , agissant, deplus il étoit heureux : mais les Croisez , qui n’a-voient sait vœu que pour quarante jours de service,s’étoient retirez au bout du terme expiré.
L'année suivante * sa femme & ses amis lui amene-rent un grand secours de Croisez : il s’en servit avecbeaucoup de bonheur & de conduite , pour réduireles Places qui ne se vouloient pas rendre. Le sortChâteau de Menerbe , qui le premier avoir osé rési-ster , sut le premier qui fut emporté de force ; toutce qui s’y trouva fut passé au fil de l’épée. La villede Lavaur eut ensuite le même sort : elle sut affiegée,prise & saccagée ; le massacre y fut général comme àMenerbe. Tout réuffissoit au Comte de Montfort,la victoire le suivoit par-tout : & tout sembloit con-spirer à Tentiere ruïne des Albigeois, lorsque deuxévénemens, ausquels on s’attendoit le moins , pensè-rent rétablir leurs affaires , 8 c ruiner le parti ca-tholique.
Raymond Comte de Toulouse étoit allé à Romepour se réconcilier avec le Pape, & l'avoir fait effec-tivement. Entre autres conditions, on avoit exigéde lui qu’il chasserait les Albigeois de ses T erres. Ill’avoit promis : mais lorsqu’il fut de retour, Sc qu'onle somma de l’exécution de sa parole , il usa d’abordde délais; & lorsqu’il vit qu’il ne pouvoit plus recu-ler , il déclara nettement qu’il ne s’y pouvoit refon-dre , parce que ce serait le moyen de dépeupler sonPays, & de rester Seigneur fans Sujets.
Sur ce refus le Légat du Pape l’excommunia , &lui fit déclarer la guerre par le Comte de Montfort.Le Comte de Poix fut compris dans la même décla-ration , & l’on promit au General de I’Eglise lesgrands Domaines de ces deux Princes, en cas qu’ilparvînt à les en dépouiller.
Le Comte de Montfort animé par de si grandespromesses, dont l’esset aurait satisfait une ambitionencore plus vaste que la sienne, puisqu’il ne s’agissoitde rien moins que de le rendre maître de la plusgrande partie de la France Méridionale, se met aussi-tôt en campagne. ^ n enleve d’abord tout ce qui nese trouva pas en état de défense. Il contraignit lesdeux Comtes a quitter la campagne , & les réduisit àlé renfermer dans les Places sortes pour les défendre.Mais comme il n’est point de Places que l’on n’em-porte a la fin quand il n y a point d’armée en cam-pagne pour les secourir , la perte de ces deux Princesétoit inévitable fans un accident fort imprévu.
Tome I.
■* I1IO.
LT N QU I S ï T I O R K
Le Roi d’Arragon, qui avoit été jusques aíors ottMédiateur de la paix , ou dans le parti des Croisez *soit qu’il ne pût souffrir qu’on dépouillât le Comtéde Toulouse son beau-frere , soit qu’il se crût obligéd’empêcher l'oppression du Comte de Poix, qui étoitson Vassal, ou qu’il sût mécontent de ce que dansle partage qu’ on proposoit de la dépouillé de ces deuxPrinces, on l’avoit oublié, se déclara pour eux,' lors-qu’on s’y attendoit le moins, & abandonna le Comtede Montfort.
Cette démarche du Roi d’Arragon arrêta tout lésuccès des Croisez , & rétablit les affaires des Albi-
geois. En tres-peu de tems ils mirent fur pied unearmée de cent mille hommes, composée d’Arragon-nois, de Languedociens & de Provençaux. Commeils se crurent alors en état de tout entreprendre, ilsn’attendirent pas que le Comte de Montfort les vîntchercher; ils furent au-devant de lui, 8 c lui prefen-terent fierement la bataille.
Le nombre ni le bon ordre des ennemis n’étonnapoint le Comte de Montfort. Il accepta la bataillequi lui étoit. présentée. L’on combattit de part &d’autre avec toute l’animosité que la Religion jointeà l’interêt a coûtume d’inspirer à des Partis opposez ;mais le Roi d’Arragon ayant été tué âu fort de lamêlée , la consternation se mit parmi les Albigeois*Elle y causa, le désordre , & le désordre fut suivi deleur défaite : car le Comte de Montfort profitant deleur étonnement, les attaqua de tous cotez avec tantde vigueur, qu’il les mit en déróute, après leur avoirtué vingt mille hommes fur la place.
Les Albigeois défaits, le Comte de Montfort nésongea qu’à profiter de sa victoire. II se présenta de-vant Toulouse , qui se rendit aussi-tôt à discrétion.Narbonne suivit l’exemple de Toulouse : & pendantquatre ans que le Comte de Montsost vécut aprèscette grande victoire , il eut tous les succès qu’ilpouvoit attendre.
Mais enfin par un retour de fortune inespéré , leComte Raimond reprit Toulouse en 1415. Le Com-te de Montfort l’y vint aussi-tôt assiéger avec plusde cent mille Croisez. Ce sut là que la Providencedisposant autrement les choses , tous les Croisez su-rent défaits ; & le Comte de Montfort, après avoirreçu un coup d’épée dans la cuisse , fut tué d’uncoup d’arbalêté, lâchée de dessus les remparts.
Cette mort pensa ruiner sans ressource les affairesdes Catholiques. Les Comtes de Toulouse, de Poix& de Comminges reprirent en peu de tems tout cequ’on leur avoit enlevé. Ils conservèrent quelquetems ces avantages, mais la mort du Comte Raimondchangea encore la face des affaires.
Le jeune Raimond son fils lui ayant succédé en1420, & continuant la guerre avec des forces iné-gales à celles de ses ennemis, n’eut que de mauvaissuccès, & fut enfin obligé de se rendre. II sutconduit prisonnier à Pavie. Pour racheter sa libertéen 1423 , il accorda & signa tout ce qu’on voulut*& entre autres choses des Arrests tres-séveres contreles Albigeois.
D’un autre côté les Comtes de Foix 8 c de Com-minges se trouvant trop fossiles pour soutenir les for-ces de tant d’ennemis qui leur tomboient incessam-ment fur les bras, se rendirent aux meilleures condi-tions qu’ils purent obtenir. Ainsi finit la guerre desAlbigeois, qui avoit coûté plus d’hommes, de sang& de dépense, qu’il n’en eût fallu pour conquérir unEmpire.
B
CHA-