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MEMOIRES HISTORI Q^U E S
CHAPITRE II.
Ves Guerres causées four /’ établifsement det Inquisition*
A Cette guerre ouverte contre les Albigeois,succéda celle de l’Inquisition , qui acheva dedétruire les restes malheureux de ces Hérétiques.Elle avoit été établie quelque temps auparavant parl’autorité d’Innocent III , & les foins de S. Domi-nique.
Ce Pape considérant, que quoy que l’on pût fairecontre les Albigeois à force ouverte , il en resteroittoujours un fort grand nombre qui persisteroient dansleurs fentimens, & qui feroient en particulier pro-fession de leur doctrine, crut qu’il falloir établir con-tre ce mal & contre toute autre hérésie qui pourroitnaître, un remede subsistant ; c’est-à-dire , un Tri-bunal de gens uniquement appliquez à la recherchedes Hérétiques, & qui n’auroient point d’autre foinque d’en procurer la punition.
Il falloir pour cela qu’ils fussent dans une parfaitedépendance de la Cour Romaine , & absolument dé-vouez à ses interests. II falloir des gens de loisir,point distraits par d’autres emplois. U les falloird’une condition peu considérable aux yeux du mon-de , afin qu’ils pussent fe faire honneur d’un emploi,qui ne consistoit alors que dans une simple perquisi-tion des Hérétiques. II les falloir fans parenté , fansalliance & fans liaison , afin qu’ils n’eussent ni égardspour qui que ce soit, ni considération ou rélation. Illes falloit durs, inflexibles, fans pitié & fans compas-sion; parce qu’on avoit à établir un Tribunal le plusrigoureux & le plus fevere dont l’on eût jamais ouiparler. Enfin, il les falloit zélez pour la Religion,médiocrement ou peu habiles , mais intéressez parquelques vues particulières à la ruïne des Héréti-ques.
Innocent, qui d’ailleurs n’étoit pas satisfait des E-vêques & de leurs Officiaux , dont le'zélé à son grén’alloit pas assez vîte contre les Hérétiques , cruttrouver dans les Religieux des deux Ordres de S.Dominique & de S. François nouvellement insti-tuez , toutes les qualitez que nous venons de répre-senter.
Ils avoient pour la Cour Romaine un attachement,qui ne pouvoir aller plus loin : la solitude & la re-traite dont ils faisoient profession , & dont, commeil parut dans la fuite, ils commençoient déja de s’en-nuyer , leur donnoient tout le temps nécessaire pours’appliquer fans relâche à cette poursuite. La pau-vreté de leurs habits & de leurs Monastères biendissérens de ce qui en est aujourd’hui, & fur tout lamendicité & l’humilité publique à laquelle ils étoîentengagez , ne pouvoient leur faire regarder la Charged’Inquisiteurs , que comme un emploi qui flattoitagréablement ce qui leur pouvoit être resté de l’am-bition naturelle. La renonciation générale qu’ilsfaisoient, jufqu’aux noms des familles dont ils é-toient sortis , étoit une grande disposition à n’êtretouchez d’aucuns de ces fentimens, que les liaisonsnaturelles & civiles ont coutume d’infpirer. D’ail-leurs , l’austérité de leur Réglé ', & la sévérité dontils usoient continuellement à l’égard d’eux-mêmes,n’avoient garde de leur inspirer pour le prochain plusde sensibilité qu’ils n’en avoient pour eux-mêmes.Enfin, ils étoient zélez , comme on Test d’ordinairedans les Religions nouvellement établies , favans à lamaniéré de ce temps-là; c’est-à-dire, fort versez dansla fcholastique & dans la connoissance du nouveauDroit Canon. Et de plus, ils avoient un interest
particulier à la ruine des Hérétiques , qui décìa-moient fans cefle contre eux, & n’épargnoient rienpour les décréditer dans l’efprit des peuples.
Le Pape les ayant donc trouvez tels qu’il s’étoitproposé qu’ils dévoient être pour la Charge d’Inqui-siteurs de la Foi, ne fit point difficulté de la leurconfier. Us s’en acquittèrent de leur côté d’une ma-niéré qui répondoit également au jugement que lePape en avoit fait, & à l’attente de la Cour Ro-maine.
Cependant, comme les établissemens les plus im-portans n’ont pas tout d’abord leur derniere forme,& que le temps & les occasions y ajoûtent toujoursquelque chose , & leur donnent enfin leur derniere
perfection ; les Inquisiteurs n’eurent pas d’abord tou-te l’autorité que les siécles fuivans leur ont vû , &qu’ils ont encore à présent. Leur pouvoir fut bornéd’abord à travailler à la conversion des Hérétiques,par la voye de la prédication & de l’instraction ; àexhorter les Princes & les Magistrats à punir mêmedu dernier supplice ceux qui persistoient avec obsti-nation dans leurs erreurs ; à s’informer du nombre &de la qualité des Hérétiques , du zélé des Princes &des Magistrats Catholiques à les poursuivre ; du soin& de la diligence des Evêques & de leurs Officiauxà en faire la perquisition. Us envoyoient ensuite cesinformations à Rome , pour y être pourvu par lePape comme il le jugerait le plus à propos. C’est deces informations & de ces recherches que le nomd’Inquisiteur a pris son origine.
L’on augmenta quelque temps après leur autorité,& on leur donna le pouvoir d’âccorder des Indulgen-ces , de publier des Croisades , d’animer les Peuples& les Princes, de se mettre à la tête des Croisez , &de les conduire à l’extirpation des Hérétiques. Leschoses durerent en cet état environ cinquante ans,c’est-à-dire jusqu’à l’an 1 1 ;o.
L’an mille deux cens quarante-quatre, l’EmpereurFrédéric II. augmenta encore de beaucoup leur au-torité par quatre Edits qu’il donna à Pavie. Par cesEdits il recevoit les Inquisiteurs sous íâ protection,attribuoit aux Ecclésiastiques la connoissance du cri-me d’heresie : & laissant aux Juges séculiers la chargede faire le procès aux Hérétiques , quand les Ecclé-siastiques auraient jugé de Phérésie ; il ordonnoit lapeine du feu pour les Hérétiques obstinez , &celle de la prison perpétuelle pour ceux qui se repen-tiraient.
Les querelles des Souverains avec les Papes ont parl’événement été toûj ours fatales aux Hérétiques, soitqu’en effet ceux qui ont eu ces querelles ayent étévrayement zélez pour la Religion , & que mettant àpart les intérêts d’Etat , ils se soient portez d’eux-mêmes à la protéger ; soit qu’ils ayent voulu par cesdémonstrations exterieures de Catholicité , retenirdans le devoir les peuples , d’ailleurs trop faciles à sescandaliser dans ces sortes d’occasions.
Frédéric avoit d’autant plus de sujet de montrerdu zélé sur le sait de la Religion, que les Papes, aveclesquels il avoit de fort grands démêlez , pour le dé-crediter , & soûlever contre lui tous les Chrétiens,l’avoient accusé dans toutes les Cours Catholiques del’Europe , de vouloir abandonner la Religion Chré-tienne pour sc faire Mahométan *. Ce fut peut-êtrece qui le porta à se déclarer contre les Hérétiquesplus fortement qu’aucun de ses prédécesseurs : caravant lui aucun n’avoit soûmis au dernier supplicetous les Hérétiques fans distinction.
Mais quelque motif qu’ait eu ce Prince d’agir con-tre eux avec tant de sévérité , il est certain que s tlen tira quelque avantage , cela nuisit extrêmement
* Math, tarif, adarn . 1235»,
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