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[Volume I.]
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CONCERNANT

aux intérêts de ses successeurs ; & l’on se servit de-puis avec avantage contre les Partisans de l’Empire enItalie , & ailleurs , de Fautorité qu’il avoit donnéeaux Inquisiteurs. L’on eut auísi soin de !'accroître,pour les rendre plus redoutables z & pour s’en servirplus utilement, fous prétexte de Religion , coritre■ceux qui osoient entreprendre de choquer la puissan-ce temporelle des Papes. Les faits fur ce point sort ttrop constans pour pouvoir en disconvenir.

L’an 1322, Jean XXII. fit informer parles In-quisiteurs contre Mathieu Viscortti Seigneur de Mi-lan. Il sut déclaré hérétique , & cette déclarationfut suivie d’une Bulle des plus rigoureuses, par la-quelle il défendoit à tous les Princes d’Itálie toutcommerce avec lui & avec ses Sujets- L’on sçait pour-tant que fa prétendue hérésie se réduisoit toute auzélé qu’il avoit & qu’il devoir avoir , comme Vassalde l’Empire , pour le parti de l’Empereur Louis deBavière , dont lè Pape , pour des prétentions tres-roal sondées , s’étoit mis en tête de fe faire urtennemi.

La même année , Guy Rangon Evêque de Ferra-re , & Frere Bon Inquisiteur , après avoir informécontre les Princes de la Maison d’Este , & les avoirdéclarés Hérétiques, publièrent contre eux un Moni-toire , par lequel il étoit défendu a toute personne ,de quelque qualité qu’elle sût, d’entretenir avec eux,leurs Adherans & leurs Sujets, aucun commerce,même civil. Cependant leur crime n’étoit autre qued’avoir repris Ferrare , dont les Papes s’étoient em-parez.

L’an 13 5 5 » Innocent VI. traita de même les Ma-lateste, François Ordèlafe , & Guillaume Manfredi.Il fit même publier contre eux une Croisade, commecontre des Infidèles & des Hérétiques, seulementparce que les premiers s’étoient emparez de Rimini,& les autres de Faenza , que ce Pape prétendoit luiappartenir. En effet, fans qu’ils eussent changé desentiment ni de doctrine , ils cesserent d’être Héré-tiques dès qu’ils se surent soumis à tenir ces Villesen qualité de Vicaires du saint Siégé.

Mais, fans aller chercher des exemples si loin,l’on sçait que sur la fin du siécle passé , tant que du-rèrent les différends entre Paul IV. & Philippe II.Roi d’Espagne pour des intérêts purement temporels,ce Pape ne faifoit point difficulté de dire hautement,soit en Consistoire , ou en traitant avec les Ambassa-deurs , & en toute autre occasion , que le Roi d’Es-pagne étoit hérétique , & que l’Empereur son pere* l’avoit été comme lui. Mais comme il n’étoit pasen état de faire valoir cette accusation contre un sipuissant Prince , ces reproches ne servirent qu’à fairevoir que c’est être hérétique à Rome que de cho-quer les intérêts temporels de la Cour Romaine.

C’est dans la même vue de maintenir & d’augmen-ter des prétentions purement civiles & qui n’ont au-cun rapport avec la Religion , qu’on fe sert de l’In-quisition pour censurer comme hérétiques les livresqui poussent un peu trop loin,au gré de la Cour Ro-maine , les droits des Princes & des Puissances tem-porelles. C’est ce qui fut fait entre autres occasionsau commencement de ce siécle , lors des différendssurvenus entre Paul cinquième & la République deVenise. Ces différends, comme tout le monde sçait,ne regardoient que des prétentions temporelles, auf-quelles la Religion n avoit aucune part. L’on écrivitde part & d’autre pour les soutenir. Mais tout cequi fut écrit en faveur de la République fut censu-ré comme hérétique par toutes les Inquisitions d’Ita-lie , quoiqu’il ne contînt qu’une doctrine tres-saine& approuvée de tous les habiles gens de tous les au-

* Charles V.

^INQUISITION. Íf

tres Etats chrétiens. L’on prétendit même, quèceux qu’on soupçonnent d'être les Auteurs de ces E-crits, eh deVoient íépbndre à í’Inquisition , c’est-à-dire y être condamnez comme hérétiques : ce quiarriva en effet à ceux qui Curent assez peu de précau-tion poùr s’y soumettre.

En conséquence de ces préteìítiorts le Cardinal Bel-larmin écrivit environ ce même temps eh faveur deFautorité du Pape. U prétend dans Ce Livre quètous les Princes Chrétiens sont soumis au Pape pourle temporel auffi-bìen que pour le spirituel, & il nèfait pas de difficulté de traiter d’hérétiques ceux quisoutiennent que les Princes, pour les choses tempo-relles, n’ont point d’autre Supérieur que Dieu. Ap-paremment que ce Cardinal n’étoit pâs persuadé lui-même de ce qu’il écrivoit, puisqu’il étoit trop habilepour ignorer que la doctrine qu’il condamnoit d’hé-résie , étoit celle de l’ancienne Eglise , & de toutesles Eglises Catholiques de son temps , excepté cellesde l’Etat Ecclésiastique.

Ces faits font voir invinciblement que Frédéric II.ne cônnut pas ses véritables intérêts, ou qu’il ne les1 suivit pas, lorsqu’il augmenta comme il fit le pouvoirdes Inquisiteurs.

Cependant cette Loi dé Frédéric , si favorable auXInquisiteurs, & si contraire aux Hérétiques , fut détres-peu d’esset pendant plusieurs années.

Les différends qui continuoient toujours entre lePape & l’Empereur , & qui étoieilt poussez de part& d’autre aux dernieres extrémitez , en furent îácause.

Ils avoient commencé dès le temps d'Innocent III,qui avoit été Tuteur de Frédéric. Ils continuèrentsous Honoré III. successeur d'Innocent ; mais Gré-goire ÍX. ayant succédé à Honoré , de part & d’au-tre l’on ne garda plus de mesures : Frédéric fut ex-communié jusqu’à trois différentes fois. L’on fitsoulever contre lui toute la Lombardie & une partiede F Allemagne. L’on publia contre lui une Croisa-de , comme on auroit pû faire contre un Prince infi-dèle, ou manifestement hérétique : & il y a mêmedes Historiens * qui disent qu’on fit révolter contrelui son propre fils.

í L’Empereur vint à bout de tous ses ennemis.' Gré-goire IX, qui avoit été à son égard ce que GrégoireVII. avoit été à l’Empereur Henri IV , mourut.Celestin IV. qui lui succéda , vécut si peu, qu’iln’eut pas le temps de renouveller la querelle. Aprèsfa mort le saint Siégé vaqua deux ans , & fut enfin

rempli par le Cardinal Sinibâlde , qui prit le nomd’Innocent IV.

Tout le monde croyoit que son élection termine-roit enfin de si grands différends , & rétablirait lá

paix entre le Sacerdoce & l’Empire ; parce que lePape n’étant que Cardinal, avoit fait profession d’u-ne amitié fort étroite avec l’Empereur ; mais il rt’y apoint de liaisons qui puissent tenir contre l’ambition,& l’emporter fur des intérêts auffi délicats que ceuxdont il s’agissoit entre Sa Sainteté & Sa Majesté Im-périale.

Innocent ne voulut rien rabattre des prétentionsde ses Prédécesseurs contre l’Empereur , & fit bienvoir par cette conduite, que la Cour Romaine vatoujours invariablement à ses fins, & que rien n’estcapable de la faire revenir quand elle est une fois em-barquée dans une entreprise où elle croit qu’il y vade fa gloire & de ses intérêts.

Frédéric de son côté persista à ne rien relâcher deses droits, & à ne rien faire contre la Majesté del’Empire. Les différends recommencèrent avec toutel’animosité qui a coutume d’être entre des amis,

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* Avent. I. 7,