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[Volume I.]
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îi MEMOIRES H

tasqu’ils ont cessé de l’être , & que la haine a pris laplace de l’amitié.

Les choses furent d’abord fort vîte & avec beau-coup de succès du côté de FEmpereur. Comme ilétoit persuadé qu’il salloit profiter de la conjonctured’un nouveau Pape , le réduire avant qu’il eût pûamasser de l’argent & lui susciter de nouveaux en-nemis ; il le poussa par-tout avec tant de vigueur,qu’il le contraignit de sortir de F Italie.

Le Pape pour ce mauvais succès n’en rabatit riende ses prétentions. Il se retira en France : & s’etantarrêté à Lyon à cause de sa situation avantageuse,pour avoir communication avec F Italie & les autresEtats de l’Europe , il y convoqua un Concile géné-ral , pour y traiter de l’excommunication & de la dé-position de l’Empereur.

Les Rois de France & d’Angleterre * sollicitèrenten vain en sa faveur pour détourner le coup. Frédé-ric lui-même , qui en prévoyoit les fâcheuses suites,ne negligea rien pour le parer. Il se soumit à desconditions, qui ne pouvoient être ni plus onéreusesà un Empereur , ni plus satisfaisantes pour un Pape :car il offrit de conduire lui-même une puissante ar-mée dans la Terre Sainte , & de n’en revenir jamais,pourvu qu’on le laissât jouir paisiblement de la quali-té d’Empereur.

Les sollicitations de la France & de F Angleterrefurent inutiles, les offres de FEmpereur furent rejet-tées. II fut solemnellement excommunié & déposé del’Empire.

L’excommunication & la déposition de Frédériceurent toutes les fâcheuses suites qu’il avoit prévues,& qu’il s’étoit en vain efforcé de détourner. La plusgrande partie de F Allemagne se révolta contre lui. Sadéposition faite au Concile de Lyon fut confirmée ;& Henri Landgrave de Turinge & de Hesse fut éluen sa place. II ne jouit pas long-temps de l’Empire :car il le perdit quelque temps après avec la vie dansun combat qu’il donna contre Conrard fils de Frédé-ric, qui faiíoit la guerre en Allemagne, pendant queson pere la faisoit lui-même en Italie avec beaucoupde succès.

La mort du Landgrave , qui selon les apparencesdevoir finir le schisme de l’Empire , ne le finit paspourtant : parce que , 1 e crédit du Pape en Allemagnefe trouva assez grand pour lui faire donner un succes-seur, qui fut Guillaume Comte de Hollande.

Ce nouvel Empereur ne sut pas d’abord plus heu-reux que le Landgrave. Conrard le combattit par-tout où il le rencontra, & ce fut toujours avec avan-tage. Mais la mort de Frédéric , qui arriva quelquetemps après f, & F engagement indispensable , où setrouva Conrard son fils , qui avoit pris le nomd’Empereur, d’abandonner F Allemagne , pour con-server en Italie les deux Royaumes de Naples & deSicile, qu’on lui vouloit enlever , le laissèrent jouïrde l’Empire pendant quelques années avec une tran-quillité plus grande qu’il n’avoit esperé , & que

Fétat des affaires d’Allemagne ne sembloit lui pro-mettre.

Après íâ mort, les Princes de FEmpire , qui a-voient tout l’interêt possible de s’unir pour donner àF Allemagne le temps de fe remettre après tant depertes, fe partagèrent de nouveau. On élut deuxEmpereurs qui ne durerent gueres , & qui dans lavérité ne le furent que de nom. Leur mort futsuivie d’un interrègne d’environ 20. ans, parce quependant tout ce temps les Princes de FEmpire parta-gez en factions différentes, & extrêmement animezles uns contre les autres, ne purent jamais s’accorderpour convenir d’un Chef.

* s - Lou ' ù & Henri III. f Van 12/0.

I S T O R I Q.U E 8

Une si longue vacance de FEmpire , arrivée fi àcontre-temps, ne pouvoit avoir que des suites très»funestes. Elle les eut en effet telles qu’elle les pou-voit avoir : car il fut déchiré , tant que dura l’inter-regne, par les guerres civiles les plus sanglantes.

Mais pendant que les Papes & les Empereurs nesongeoient qu’à se faire la guerre ,. & que les Princes& les Evêques qui suivoient leur parti , ne íon-geoient rien moins qu’aux affaires de la Religion, lesHérétiques profitoient d’une conjoncture qui leurétoit si favorable. Le progrès qu’ils firent en peu detemps surprit le Pape , qui y avoit lui seul plus d’in-térêt que tous les autres ensemble. II résolut doncd’y apporter celui de tous les remedes qu’il croyoitle plus efficace ; & il le fit en reprenant le dessein del’Inquisition, & en établissant un Tribunal perpétuel& indépendant, pour connoître uniquement du cri-me d’hérésie.

L’interregne duroit toujours, & le Pape, qui dansla conjoncture où étoient les affaires de FEmpire ,pouvoit seul le faire cesser en procurant sélectiond’un Empereur > n’avoit garde de le faire. U en ti-roir deux avantages considérables , l’un que pendantla vacance il préfendoit dans l’Empire tous les droitsque FEmpereur le plus autorisé eût pû prétendre lui-même : l’autre , que l’interregne le mettoit en étatd’agir dans la Lombardie , comme s’il en eût été lemaître, & le rendoit en effet l’arbitre absolu de tou-tes les affaires d’Italie. Innocent étoit trop habilepour ne pas profiter d’une disposition si favorable,- &les Religieux des deux Ordres, de S. Dominique &de S. François, l’avoient trop bien servi , & avoientfait paraître trop de courage contre les Hérétiques,en s’exposant aux plus grands dangers pour faire leurCharge d’Inquisiteurs , pour confier à d’autres leTribunal d’Inquisition , qu’il avoit résolu d’érigerdans l’Italie , & par tout ailleurs où il auroit assez

d’autorité pour le faire recevoir.

CHAPITRE III.

Dijjkultez, pour íexécution de ïétablijfement deí Inquisition.

L 'Affaire mise en délibération, le Conseil du Papes’apperçut d’abord de deux obstacles qu’il n’étoitpas aisé de surmonter ; l’un , que tous les Evêquess’opposeroient infailliblement à l’établissement de l’In-quisition, puisqu’il ne se pouvoit faire sans leur ôterle pouvoir de connoître du crime d’hérésie , dont laconnoissance leur appartenois de droit, & 'dont ilsavoient toûjours été & étoient encore en possession.Qu’ils ne manqueraient pas de prétendre qu’ils é-toient au moins aussi propres à être Juges des Héréti-ques , que des Moines nouvellement établis, quin’avoient ni leur autorité, ni les moyens de la fairevaloir : & qu’on leur avoit déja fait assez de tort enles soustrayant à leur Jurisdiction , à laquelle tous lesanciens Canons & l’usage perpétuel de l’Eglise lessoumettoit , sans les rendre encore les Juges de leurstroupeaux, & peut-être d’eux-mêmes, dans un pointaussi délicat & d’une aussi grande étendue que celuide la doctrine & de la croyance; qu’ainsi il n’y avoitpas d’apparénce qu’ils consentissent à l’érection de ceTribunal. Qu’il y auroit trop de violence à passerpar dessus leur opposition , & à Fétablir malgré eux.Que quand on pourrait s’y résoudre, & qu’on seraitassuré d’y réussir,- cet établissement ne pourrait sub-sister, & que les Evêques le ruineraient enfin. Qu’àla vérité le respect des peuples pour le saint Siègeétoit sort grand , mais qu’il n’étoit pas moindre pourl’Episcopat ; & qu’on en avoit une preuve incon-

1 testable