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[Volume I.]
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CONCERNANT

testable dans l’autorité suprême de l’Eglise , quetous les Chrétiens attribuoient aux Conciles géné-raux. Qu’enfin le saint Siégé étoit redevable de laplus grande partie de son autorité & de son créditaux Evêques, qui l’avoient sçû faire valoir fort àpropos dans les occasions ; qu’ils avoient même pourcela cédé une partie de la leur ; & que comme les

choses ne se conservoient d’ordînaire que par les mê-mes moyens qu’on les avoir acquises , le principalintérêt du -saint Siégé consistoit dans l’union la plusétroite avec les autres Evêques : qu’ainsi le plus grandde tous les inconveniens étoit de les choquer par unendroit si sensible.

L’autre obstacle , qui n’étoit ni moindre ni plusfacile à surmonter, consistoit en ce que l’Inquisitionne pouvoir être établie de la maniéré dont on le pro-jétroit, sans priver les Juges Laïcs du pouvoir qu’ilsavoient toujours eu de faire le procès aux Hérétiques,& qui leur avoir été confirmé par les dernieres Or-donnances de Frédéric II. En effet, cet Empereuren augmentant l’autorité des Inquisiteurs, & les pre-nant fous fa protection , avoir pourtant ordonné queles Magistrats procederoient à la condamnation & àl'exécution des Hérétiques, fur le rapport des Inqui-siteurs.

Il étoit aisé de conclure de là , qu’ils ne s’opposc-roient pas avec moins de vigueur que les Evêques àl’érection d’un Tribunal, qui devoir ruiner une par-tie de leur Juridiction. Il étoit aisé de prévoir en-core que tous les Souverains de la Chrétienté ne secroiroient pas moins interelsez à empêcher rétablisse-ment de l'Inquisition , puisque d’un côté ils étoientobligez de maintenir les Magistrats dans toute l’auto-rité qu’ils leur avoient donnée ; & que de l’autre, enconsentant qu’elle fût établie , ce seroit consentir aupartage de l’autorité souveraine, à laquelle le droit devie & de mort, qu’on prétendoit donner aux Inquisi-teurs, étoit inséparablement attaché.

Ces obstacles qui paroiffoient invincibles, auroientfait quitter le dessein d’établir le Tribunal de l’In-quisition, au moins tel qu’on le projettoit alors, si lePape qui n’abandonnoit pas facilement ce qu’il avoirune fois entrepris, & qui avoit une passion extraor-dinaire pour rétablissement de l’Inquisition , ne sefût avisé de deux expediens qui satissaisoient aumoins en apparence aux deux difficultez qu’on luiavoit proposées.

Le premier de ces expediens consistoit à déclarerque les Evêques seroient Juges des Hérétiques con-jointement avec les Inquisiteurs; qu’on ne seroit riensons leur participation ; & qu’ils assisteraient à ses

Jugemens toutes les fois que bon leur semblerait;sous à faire en sorte dans la fuite par des moiens quele temps ne manque jamais de fournir, que la princi-pale autorité demeurât toute entiere entre les mainsdes Inquisiteurs, & que les Evêques n’en eussentque l’ombre, & se contentassent de l’apparence & duseul nom de Juges. Qu’il arriverait de là , ou queles Evêques, qui pour la plûpart avoient plus Ratta-chement à l’honneur qu’aux Charges de leur minis-tère , se contenteraient du partage qu’on leur avoitfait ; ou que s’appercevant qu’ils n’avoient que lamoindre part dans une jurisdiction , qui de droitleur appartenois toute entiere , ilsTabandonneraientà la fin aux Inquisiteurs , qui pourraient ensuite agiren toute liberte , avec une dépendance absolue de laCour de Rome.

Pour ce qui est des Magistrats & des Princes dontils dépendoient , ce qui faisoit le second obstacle,qu’il seroit d’autant plus aisé de les obliger de ne sepoint opposer aux desseins du Pape , qu’il avoit alorsune autorité presque absolue dans toute l’Italie ; qu’ilfalloir,de quelque maniéré que ce fût, profiter d’une

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conjoncture si favorable, qu’on ne recouvrèrent peut-être jamais , si on la laissoit échaper fans en profiter;Que cependant, comme pour faire un établissementsolide , il ne suffisoit pas qu’ils ne fissent point d’op-position , mais qu’il falLoìt encore avoir leur consen-tement , on travaillerait'à les contenter de l’ap-parence , comme on aurait fait les Evêques; Quepour cet effet on laisserait aux Magistrats le droit dechoisir les Officiers subalternes de l’Inquisition , quine pourraient se servir que de ceux qui auroient éténommez par eux. Qu’ils pourraient donner un ÁAsesseur aux Inquisiteurs, lorfqu’ils iraient faire là vi-site par les lieux du ressort des Magistrats ; & qu’ilspourraient appliquer aux besoins publics un tiersdes confiscations des condamnez. Qu’enfin , selonque les oppositions seroient plus ou moins grandes,plus ou moins difficiles à surmonter , on pourrait serelâcher sur plusieurs autres points peu importans,par leíquels il paraîtrait que les Magistrats partage-raient l’autorité de l’Inquisition , mais qui en effetne les rendraient que de simples exécuteurs de sesordres.

Ces difficultez surmontées , il s’en présenta unenouvelle d’autant plus forte , que l’intérêt y avoit leplus de part. Cette difficulté consistoit à trouver lemoyen de fournir aux fraix de l’Inquisition; sçavoir,aux appointemens des Inquisiteurs , aux gages desOfficiers subalternes, à la garde des prisons , nourri-ture des prisonniers, exécution des Sentences, & autreschoses dont on ne pouvoit se passer pour faire subsisterl’Inquisition avec honneur , & d’une maniéré capa-ble de servir aux fins qu’on se proposoit, & au fruit; qu’on prétendoit en tirer.

On proposo sur cela plusieurs moyens ; mais enfinl’on résolut qu’on engagerait les Communautez deslieux à fournir à ces frais : ce qu’on leur persuade-rait d’autant plus aisément , qu’on leur laissoitla disposition d’une partie des amendes & des con-fiscations.

Les choses ayant été ainsi arrêtées, on envoya despersonnes adroites & affidées dans les Provinces,pour les disposer au nouvel établissement qu’on yvouloir faire ; & l’on choisit les Religieux de SaântDominique pour faire la Charge d’Inquisiteurs dansla Lombardie , la Romagne , & la Marche d’An-cone.

Comme les motifs de rétablissement de lTnquisi-tion ne pouvoient être plus spécieux qu’ils l’étoient,qu’on n’en avoit pas encore éprouvé les inconve-niens, & que même on ne les prévoyoit pas, elle futreçue astèz paisiblement. Cela donna lieu au Pape,qui sçavoit admirablement profiter des conjoncturesfavorables à ses desseins , d’adresser une Bulle auxMagistrats , Recteurs & Communautez des Villes oítl’Inquisition avoit été établie.

Cette Bulle contenoit trente & un Chapitres, qufétoient autant de Reglemens pour rétablissement del’Inquisition. Le Pape y ajourait deux ordres très-exprès : le premier , que-fans aucun délay.les Regle-mens seroient enregistrez dans tous les Greffes pu-blics , pour être inviolablement observez , nonob-stant oppositions quelconques ; se réservant à lui seulde juger de la validité de ces oppositions. Le secondportoit pouvoir aux Inquisiteurs d’interdire les lieux,& d’excommunier les personnes qui refuseraient dçsc conformer à ces Reglemens.

Cependant, comme le Pape , quelque entrepre-nant qu’il fût , apprehendoit fur toutes choses demettre en compromis son autorité , il n entreprit d’é-tablir Flnquisition que dans les Provinces que nousavons nommées. H difoit en avoir ainsi use , parceque ces Provinces étant plus proches de Rome , &lui étant bailleurs plus cheres que les autres, il étoit, L Z obligé