MÉMOIRES HISTORIQUES
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obligé d’en avoir un soin plus particulier. Mais lavéritable raison étoit qu’il avoit dans ces trois Pro-vinces plus d’autorité que par tout ailleurs : ce quivenoit de ce que ces Provinces n’avoient point d’au-tre Souverain que lui , ou qu’étant des Fiefs del’Empire , l’interregne lui faisoit y prendre la mêmeautorité; que s’il en eût été le maître : ou enfin parceque les Villes de ces Provinces étant indépendantesles unes des autres, & se gouvernant par des loix par-ticulières , elles en étoient plus foibles & moins enétat de résister aux entreprises d’une puissance telleque le Pape l’avoit alors. D’ailleurs, comme dansles dernieres guerres que les Empereurs avoient faitesen Italie, le Pape s’étoit toujours déclaré pour la plu-part de ces Villes , il y avoit dans toutes un particonsidérable inviolablement attaché à ses intérêts, &capable de faire executer ses volontez , de même ques’il en eût été le Souverain.
Cependant, quelque autorité qu’eût le Pape dansces Provinces, la Bulle dont nous venons de parler,reçut tant d’oppositions pendant fa vie & après famort, qu’Alexandre IV, son successeur * , sept ansdepuis, fut obligé de la renouveler : mais ce ne futqu’en y apportant des modifications ausquelles d’a-bord on n’avoit jamais voulu consentir. Ni cesadoucissemens, ni les censures que l’on permettoitaux Inquisiteurs de fulminer contre les contrevenans& les opposans, n’empêcherent pas encore de nouvel-les oppositions. Elles donnerent lieu à Clement IV.de renouvelles f ces Bulles six ans depuis. Ce futavec presque auffi peu de succès : les quatre Papesqui lui succédèrent n’oublièrent rien pour les fairerecevoir. On continua la résistance , & il fallut à lafin se relâcher.
Ces oppositions étoient fondées fur l’excessive sé-vérité des Inquisiteurs , qui étoit d’autant plus in-supportable , que l’on n’y étoit pas accoutumé. Onso plaignoit encore de la. rigueur extraordinaire dontils usoient pour lever les revenus qui leur avoient étéassignez ; on les accusoit même d’avoir fous ce pré-texe fait des exactions tres-considerables ; & le Publicne pouvoit fe résoudre à y être plus long-temps ex-pose.
Ces plaintes étoient accompagnées d’une déclara-tion précise des Villes & Communautez , de ne vou-loir plus fournir les fraix nécessaires pour la subsistan-ce de l’Inquisition & de ses Officiers , & pour les
autres dépenses fans lesquelles ce Tribunal ne pouvoitêtre maintenu.
Cette protestation se trouvoit sondée sur l’impuis-íànce de fournir à de pareilles contributions. On allé-guois fur cela les guerres qu’on avoit été obligé desoû-tenir pour les intérêts du saint Siégé contre les Empe-reurs.On diíoit que ces guerres avoient épuisé le Trésorpublic ; qu’on avoit même été obligé d’engager unepartie de ses revenus à des particuliers, qui fans celan’auroient pas voulu fournir l’argent dont alors onn’avoit pû fe passer ; qu’il falloit avant toutes chosesretirer ces .revenus engagez ; que cela ne pouvoit fefaire fans de nouvelles impositions , ausquelles lespeuples n’avoient consenti que dans la vûe de l’avan-tage qui leur reviendroit par le recouvrement des re-venus publics ; que d’en faire de nouvelles étoit lemoyen infaillible d’aliéner les peuples du saint Siégé,de les faire révolter contre les Inquisiteurs , &
peut-être même contre leurs propres Magistrats.
Soit que ces oppositions & les plaintes fur lesquelleselles étoient fondées parussent justes , ou qu’il n’yeût pas d’autre moyen de maintenir l'Inquisition, queles Papes consideroient comme leur chef-d’œuvre;on résolut de ceder & d’ufer de condescendance en
quelque chose , pour accoutumer insensiblement lespeuples au nouveau joug qu’on leur vouloit im-poser.
On déclara donc qu’à l’avenir les lieux ou l’InquTsition seroit reçue, & ceux mêmes où elle avoit déjaété introduite , ne seroient plus tenus de fournir auxfraix de l'Inquisition, aufquels l’on pourvoirait d’unemaniéré qui ne seroit point à charge au Public ; &qu’ainsi les plaintes que l’on faisoit contre les préten-dues exactions des Inquisiteurs cesseraient.
Pour ce qui est des plaintes , que fur la rigueurexcessive dont usoient les Inquisiteurs, en faisant lesfonctions de leurs Charges , l’on y remédiât en don-nant aux Evêques dans les procédures de l’Inquisi-tion, un peu plus de pouvoir qu’ils n’en avoient au-paravant.
La Cour Romaine tira deux avantages considéra-bles de la condescendance qu’elle eut en cette occa-sion. L’un sut que les Inquisiteurs ne dépendantplus des peuples pour leur subsistance lui devinrentplus attachez , & n’eurent plus d’égard que pour sesintérêts. L’autre qui n’étoit pas moindre , fut quel’Iquisition fut reçue fans contradiction dans la Lom-bardie, la Romagne, la Marche d’Ancone , la Tos-cane , l’Etat de Genes, & généralement dans toutel’Italie , à la réserve du Royaume de Naples & del’Etat de Venise.
Les Vénitiens ne la rejetterent pas absolument;mais prévoyant qu’ils seroient enfin obligez de la re-cevoir avec dépendance de l’Inquisition de Rome &des Papes, ils en établirent une de leur autorité. CetteInquisition est mêlée de Juges Ecclésiastiques & deSéculiers : Elle a des loix particulières & différantesde celles que suivent les autres Inquisitions d’Italie,& n’est pas à beaucoup près si rigoureuse : mais com-me l’on en doit faire l'Histoire particulière dans lafuite, il seroit inutile d’en parler ici davantage.
Pour ce qui est du Royaume de Naples, lTnqui-sition n’y a jamais été reçue , & même encore à pré-sent elle n’y est pas établie. Les différends presquecontinuels des Papes & des Rois de Naples en surentd’abord la cause. Depuis que les Rois d’Espagne sesont emparez de ce Royaume , quelque bonne intel-ligence qui ait pû être entre eux & la Cour Romai-ne , les choses sont toûjours demeurées fur le mêmepied par une raison assez singulière ; c’est que les Pa-pes eux-mêmes s’y sont opposez.
Cela vient de ce que les Rois d’Espagne ont toû-jours prétendu que les Inquisiteurs du Royaume deNaples seroient sujets à l’Inquisiteur Général qui ré-side en Espagne , & n’auroient aucune dépendancede l'Inquisition generale de Rome , dont toutes lesInquisitions d’Italie dépendent.
La Cour de Rome n’y a jamais voulu consentir^& s’y est toûjours opposée par une prétention toutecontraire , qui est que le Royaume de Naples rele-vant du saint Siégé , l’Inquisition qu’on y établiraitdevrait relever de celle de Rome, & non pas de celled’Espagne. Ils n’ont jamais pû s’accorder là-dessus ;& ainsi les Evêques de ce Royaume sont demeurezen poíîèsiîon de juger les Hérétiques. Il arrive pour-tant quelquefois des cas dans lesquels le Pape envoysdes Commissaires extraordinaires pour juger du crimed’hcrésie ; mais outre que ces cas font fort rares, cesCommissaires ne peuvent faire aucune procédure, s’ilsn’en ont auparavant obtenu la permission du Vi-ceroy.
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* En iifp.
f En n6f.
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