CONCERNANT
Enfin on est persuadé à Plnquisitioh, qu’un Hé-rétique caché & secret, qui ne divulgue point seSerreurs; & ainsi qui ne nuit qu’à lui-même , doit ê-tfe déféré à l’ínquisitiort; & condamné. Qu’un re-laps, quoique repentant ensuite, doit être condamnéà la mort. Qu’un Hérétique qui a sait abjurationd’une hérésie , s’il retombe ensuite dans une autre,doit passer pour relaps. Qu’un Hérétique caché;quin’a point passé pour tel pendant íâ vie , & qui n’estreconnu tel qu’après fa mort, doit être condamné &exécuté en effigie. Et qu’un accusé qui avoue qu’ila tenu de bonne soi une hérésie, croyant que cesût un sentiment catholique , doit être mis à la tor-ture pour sçavoir s’il dit vrai.
Si à tout cela l’on ajoute ce qui a été déja dit,que les parties & les dénonciateurs peuvent être té-moins; qu’on ne donne jamais leurs noms, & qu’onne les fait jamais connoître aux accusez, afin que lesreproches en soient plus difficiles ; qu’il n’y a pres-que jamais de confrontation ; que les parjures & lespersonnes les plus infâmes y font reçus en témoigna-ge ; que les pupilles & les mineurs à Page de quatorzeans, fans l’aveu de leurs tuteurs & curateurs, peu-vent être témoins; on fera forcé d’avouër que le Tri-bunal de l’Inquisition est le plus fevere , le plus ter-rible, le plus injuste & le plus redoutable de tous lesTribunaux.
Les Inquisiteurs demeurent eux-mêmes d’accord,que par les procédures qui sont en usage dans l’In-quisition, il est bien difficile que beaucoup d’inno-cens ne périssent avec les coupables ; mais cette dif-ficulté ne les embarrasse pas beaucoup ; car c’est en-core une de ses principales maximes , qu’il vautmieux faire périr cent Catholiques irréprochables dansleur foi, que de laiíser échaper un Hérétique. La rai-son qu’ils en rendent, si elle n’est suffisante , nepeut être plus convaincante ; c’est qu’en donnant lamort à un Catholique innocent, on ne fait que luiassurer le Paradis; au lieu qu’en laissant aller un Hé-rétique, il pourroit perdre & infecter un grand nom-bre d’ames.
Il n’est pas même permis à ces innocens injuste-ment opprimez , de te plaindre de l'injustice qu’ilsont soufferte : le faire , seroit un nouveau crime quel’Inquisition puniroit avec d’autant plus de sé-vérité , que fa réputation y seroit engagée , &que dans ce Tribunal on n’avouë jamais que l’on amal jugé.
Il faut donc qu’ils s’en tiennent à la consolation'que donne le Directoire des Inquisiteurs : Que per-sonne , dit-il, ne difi qu il efl condamné injustement ,& ne st plaigne ni des Juges Ecclésiastiques , nidu 'Jugement de /’Eglise ; mais s’il est injustement con'rdamné , qu’il mette stt joye en ce qu’il souffre pourla Justice.
On prétend, que cette triste consolation doit suffi-re pour satisfaire des gens qui se voyent dépouillezde tous leurs biens, ou qu’on a condamnez aux ga-lères , au bannissement, à la prison perpétuelle , oumême à la mort la plus cruelle & la plus infâme. IIest vrai qu’elle est d’autant meilleure, que la durenécessité à laquelle ces malheureux fe voyent réduits,ne leur en permet pas d’autres. Il y a bien de l’ap-parence pourtant q ue l e s Inquisiteurs eux-mêmes dans;des occasions moins rudes ne s’en contenteraient
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LT N Q.U ISITI O N,
CHAPITRE VIE
Maux & inconvénient de l’Inquìsttìon. Inhumanité , in-justice & cruauté de ce Tribunal envers tous ceux quilui font soumis ; même contre fis Bois.
I I n’y a point de doute qu’un Tribunal aussi sc-vere que celui de l’Inquisition , n’oblige les peu-ples parmi lesquels il est établi , de vivre dans unegrande contrainte. Mariana le plus célébré de tousles Historiens d’Espagne , rapórte qu’au commence-ment de son érection , les Espagnols regardoientcomme la derniere servitude, de n’avoir plus la liber-té ni de parler ni d’écouter , à cause dès espions ap-peliez Familiers de l’Inquisitión , qui sont répan-dus dans les Villes , dans lès Bourgs & dans laCampagne.
Le temps, qui adoucit toutes choses, & qui rendsupportables les plus grands maux , n’a pû encore acrcoûtumer ces peuples à ce terrible Tribunal. Ils re-gardent avec envie les peuples qui n’y sont pas sou-mis ; & quelque forte impression que la Religion aitaccoutumé de faire fur les esprits, il est certain qu’ilsdonneraient toutes choses pour s’en défaire.
Il faut avouer que la conservation de la Religiondans fa pureté est un fort grand bien , & que la poli-tique n’a pas moins d’intérêt que la piété, à empêcherles erreurs de s’établir dans les Etats. On ne peutpas nier non plus que les ombrages, les défiances, lestrahisons, les vengeances les plus cruelles qui s’exer-cent sous prétexte de zélé & de religion , & la perted’une infinité d’innocens, ne soient des maux quel’on ne peut éviter avec trop de soin.
On pourroit. dire pourtant qu’ils seroient en quel-que maniéré supportables, ( car quel établissement sisaint & si utile a-t-on jamais fait qui ne soit sujet àquelque inconvénient ) si en même temps que l’onconserve la Religion exemte des souillures qu’ellepourroit contracter par le mélange, des opinions perni-cieuses , les peuples en étóient mieux instruits dans laFoi , & dans les maximes de la morale de l’Evangile.Mais l’expérience convainc que lés Pays d’Inquisitionsont ceux dé tout le Christianisme, ou l’on vit avecplus de relâchement ; où l’on est moins instruit deschoses de la Foi ; oh l’on trouve plus d’hypocrites',oti l’on rencontre moins de cette piété sincere &. so-lide , qui. fait le véritable caractère des Chré-tiens. r
Onnepeht'pas nier que l’Inquisition ne soit aumoins l’occasion de tous ces maux, puisqu’il est cer-tain que la crainte qu’on a qu’il n’échápe quelquemot qui puisse être mal interprété,. & dont on prenneoccasion d’y déférer les gens , est cause qu’on neparle presque jamais des choses qui ont raport à laReligion, & qu’on y pense encore moins, à causeque Ja liaison naturelle qui se trouve entre la pensée& le discours, engageroit infailliblement, à en par-ler , si l’on s’attachoit à y penser un peu forte-ment. :
Ce qui rend l’Inquisition encore plus terrible, c’estqu’au lieu que. pat tout ailleurs les successeurs desCouronnes, & ceux que leur naissance, leur caractè-re , Le les premieres dignitez de l’Eglise & de lT.tatélèvent au-dessus des autres, sont exemts des : pour-suites publiques de la Justice ; ou que,si l’on estobligé de les poursuivre , cela se sain toujours avecbeaucoup de circonspection & de ménagement ceTribunal au contraire, pour sc rendre plus redoutable,affecte de n’épargner qui que ce soit, & de choquerlés.personnes.les plus relevées , les Rois mêmes,comme lés moindres du peuple.
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