CONCERNANT
acheter deux livres qu’il tenoit fa main ; que Laurentrépondit que non; que le Paysan s’étant retiré, Gon-salves dit aux autres qu’ils pouvoient parler à cœurouvert, puisqu’ils étoient tous de même créance;. &qu’alors ils avoient tous déclaré qu’ils saisoient pro-fession du Judaïsme; qu’ils en auroient même dit da-vantage , si des survenans ne les eussent forcez à chan-ger de discours.
* Louis a déclaré par serment, qu’étant à Coïm-bre il y a environ neuf ans, en la maison dé Francis-co avec Leonore femme dudit Franciser» j ils s’étoientdéclarés entre eux qu’ils vivoient dans l’observance dela Loi Judaïque.
Qu’on fasse ici un peu de réflexion à la facilité aveclaquelle on reçoit & on fe contente de la Confessiondes accusez , pourvu seulement qu’ils nomment ceuxqui ont déposé contre eux , sans se mettre en peine sielle se raporte avec lesdites dépositions, tant pour lelieu, letemsj l’occasion, que pour les autres circon-stances essentielles. Car si la déclaration de Louis eststneere , ne devroit-elle pas être conforme en tout,avec les dépositions de ceux qui Font chargé ? Ce-pendant si les Inquisiteurs permettòient de voir lesprocès, on n’en trouveroit guefes où les déclarationsdes accusateurs & des accusez fussent parfaitementconformes ; au lieu que si les Inquisiteurs exigeoientque les uns & les autres convinssent des faits & descirconstances , on ne verroit pas tous les jours desChrétiens s’accuscr l’un l’autre d’être Juifs , étantcomme impossible que l’on puisse convenir fur desfaits entièrement faux. Si par hazard parmi lesPrisonniers il s’en trouvoit quelqu’un qui fût effecti-vement Juif, les témoins qui auroient déposé contrelui ne manqueroient jamais de s’accorder entre euxfur toutes les circonstances , le fait étant véri-table.
On demandera peut-être d’où vient qu’on livre aubras séculier tant de Prisonniers qui se sont accusez,sous prétexte qu’ils ont celé quelqu’un de leurs com-plices ; lesquels pour cette raison on qualifie du nomde Dimimtos ; c’est-à-dire, ceux dont la confessionest défectueuse & imparfaite.
Comme ce point est extrêmement délicat, il mé-rite qu’on le traite avec beaucoup de réflexion ; ainsipour n’en dire que ce qu’il est possible d’en sçavoirau vrai , on doit distinguer de trois fortes de Dimi-mtos , qui en cette qualité sortent condamnez à lamort.
Les premiers sont ceux qui s’étant accusez peuaprès leur emprisonnement, ou pour le moins avantque d’avoir été condamnez , ont eu par conséquenttout le temps nécessaire pour s’examiner & faire uneentiere déclaration.
Les seconds font ceux qui n’ont confessé qu’aprèsavoir été condamnez & avoir entendu leur Sentence.Ceux-ci sont appliquez à la question, afin de les en-gager par la violence des tourmens à satisfaire à ce quimanque à leurs confessions, & par ce moyen à sauverleur vie ; ce qui au saint Office passe pour un traitde clémence & de miséricorde extraordinaire, d’au-tant qu’en considération de la question on n’exigepas d’eux une déclaration si exacte , la torture sup-pléant à l’insuffiíânce de leur confession. Cette se-conde eípece de Dìmìrwtos a du temps pour satisfaireà ce qu on attend d’eux jusqu’au Vendredy quiprécede immédiatement le Dimanche de I’Acte deFoi.
Les troisièmes font ceux qui ne confessent qu’après
* Quel rapport de cette déposition , avec celle de Fran-cisco (V. ci-devant , ) qui a déclare Joan comme com-plice ; & ici Louis dit que c’est Leonore. Si l’on pouvoitvoir les procès, on trouveroit dans tous à peu près la mêmecontrariété.
LT N dU I S I T ï O N.
qu’on leur a lié les mains, & qu’on les a livrez auxConfesseurs. La situation de ceux-ci est la pire & kplus desesperée ; parce qu’on ne leur donne plus kquestion ; & que s'ils veulent fe tirer d’assaire;ils doivent indispenseblement nommer tous ceux quiles ont accusez, fans en excepter un seul.
C’est póur tâcher d’y parvenir , que ces sortes dePrisonniers n’épargnent dans leurs déclarations , niparens ; ni amis, ni étrangers. Ft parce que cesmalheureux réduits au désespoir par l’approched’une mort honteuse & cruelle , parcourent ainsi in-distinctement tout ceux qu’ils ont jamais connu , &que par là ils mettent une infinité de personnes dans ledanger d’ou ils eíseyerit de fe tirer ; les Portugais di-sent en Proverbe Maos atadas , Terras Abraladas : com-*me qui diroit,le pays est en feu, dès qu’un Accusé ales mains liées.
íl y a bien de l’apparence que la plupart de ceuxqui sortent condamnez comme Dimimtos 1 ; après s’êtreaccusez & en avoir accusé beaucoup d’autres des mê-mes crimes dont ils se sont déclarez coupables , ontvoulu épargner leurs femmes , leurs enfafas, leursperes ou leurs freres. Or comme il n’y a pas lieude présumer qu’ils ayent agi ainsi pàr un défaut demémoire , on n’estime pâs nécessaire de leur donnerk question pour les leur faire, déclarer. C’est pour cedéfaut de sincérité que le saint Office les fait brûler enqualité de Dimimtos. Il est vrai cependant qu’il s’entrouve qui ayant chargé tous leurs parens ne laissentpas d’être livrez au bras séculier comme Dimimtos ipour n’avoir pas nommé des personnes avec lesquel-les ils n’avoient que des liaisons très-éloignées. Parexemple :
George Francifco Mêla, habitant de Villa-viciose,ayant été arrêté à l’Inquisition de Dévora , s’accufavolontairement peu de temps après avoir été renfermédans les prisons, croyant par ce moyen obtenir bien-»tôt fa liberté. Il chargea dans ses Confessions tousceux dont le nom lui vint en pensée, tant de ses con-citoyens , que des étrangers, en sorte qu’il nomma!plus de cinq cent personnes. II avoir une fille , la-quelle dès l’âge de cinq ans avoir été mise dans leCouvent de l’Espérance de 1a même Ville , où elleavoit été élevée par les Religieuses du même Cou-vent , qui étoient d’anciennes Chrétiennes. Cettefille devenue grande avoit pris le voile & fait profes-sion. Elle vivoit d’une maniéré exemplaire. Jamaisson pere , lorsqu’il k venoit voir , ne lui parloitqu’en présence de quelques-unes de ces Dames. Cepere infortuné voulant sortir de prison à quelque prixque ce sût, après avoir accusé son épouse, ses enfans& ses freres, accuse aussi cette fille qui étoít Reli-gieuse , sans qu’avec tout cela il fut parvenu à satis-faire les Inquisiteurs , & qu’avec une déclaration simalheureuse & si étendue il pût s’empêcher d’êtrecondamné pour Dimimtos. Alors désabusé , réduitau désespoir , & voyant - qu’avec toutes ses déclara-
tions & toutes ses confessions il ne pouvoit se garantir| du supplice , il désavoua tout ce qu’il avoit dit, dé-clara hautement que tout ce qu’il avoit déposé , tantcontre lui que contre les autres , étoit absolumentfaux ; Le que l’amour de la vie & la crainte de k mortl’avoient porté à en user de la sorte. Dans se Senten-ce on le qualifia de Diminuto revogante ; c’est-à-dire ,qui a confessé en partie, & qui ensuite ssest dédit dece qu’il avoit confessé.
Marie Mendes, native de Fronteira, demeurant àRivas, veuve de Gaspard Gomes Jacinte , ayant étéarrêtée par le saint Office, confessa d’abord, & char-gea ses enfans, ses neveux, ses autres parens, & toutce qu’elle connoiffoit ; si bien qu’elle accusa près desix cent personnes : cela pourtant n’empêcha pasqu’elle ne fut condamnée à mort comtìie Dimìmta,
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