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[Volume II.]
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RELIGION DES GRECS. i 57

ensemble. lis sont opiniâtres jeûneurs, juíques-lâ, dit Tourneforty qu’ils so so-roient baptiser une seconde fois, s’ils avoient rompu leurs jeunes, & ils se dé-fendent la viande avec tant de superstition , qu’ils s’imaginent que J. C. fit laCene avec du poisson, 8c qu’il n’a jamais goûté de viande. Leurs tableaux re-présentent cette Cene comme faite avec du poisson. Je me rappelle â cette oc-casion l’extravagance d’un certain Peintre Hollandois, qui peignit bonnementJ. C. saisi n t la Cene avec des harangs.

Comme fort superstitieux 8c fort ignorans ils aiment beaucoup les fables»Selon le même Tourïiefort , ils ajoutent pour supplément â l’Evangile de JesosChrist un petit Evangile plein d’extravagances, &, pour en juger par le pe-tit extrait qu’en donne ce Voyageur, tout au moins auísi amusent que la Lé-gende dorée 8c la bienheureuse Marie Alacoque.

Je passe au mariage des Géorgiens. On y trouve des useges assés singuliers*C’est comme un contract: de vente , au rapport de notre Millionnaire, puisque les parens de la femme font marché avec celui qui la recherche 8c la luidonnent â un prix qui n’est pas plus fixe que celui des autres marchandises*Par exemple la vierge conte bien plus que la veuve , 8c par conséquent lajeune vierge est aussi beaucoup plus chere que la surannée. La somme quela femme doit coûter étant amassée, le Pere de l’Epoux fait un festin, l’Epoux s’yíend avec son argent, 8c paye se future Epouse avant que de se mettre â table.En même tems on lui montre une maniéré de dot équivalente à peu près â ceque la femme lui a conté. Ce sont des meubles, des pieces de ménage, dubétail, des habits, des eselaves; reste d’un usege de l’ancien monde , où lesfemmes se dòtoient de cette façon. On comprend aises. qu’il n’y a que lesMingrelienes d’un certain ordre, qui se trouvent si bien dotées. Après le fes-tin, la nouvelle Epouse se rend chés l’Epoux accompagné de ses parens, de sesamies &c. La marche est égayée par le son des Instrumens & par une Musi-que Géorgienne : mais ceux qui ont fait le mariage précédent la marche 8c sehâtent annoncer chés l’Epoux la venue des nouveaux mariés. On leur y pré-sente d’abord du pain 8c du vin, même de la viande. Eux, sens mettre le pieddans la maison prennent le staccon qui contient le vin , 8c le répandent au-tour du logis. Cette libation est comme sanctifiée par des- vœux pour la paix8c l’union des Epoux. Ces Messagers s’en retournent enseite au devant de lamariée, que l’on conduit chés le marié, dans l’appartement. où les parens 8cles amis sont assemblés. Au milieu de Cet appartement elle trouve fur un ta-pis étendu par terre, une cruche de vin 8c un chaudron plein de cette pâtequi sert (a) de pain aux Mingreliens. La mariée renverse la crache d’un coupde pié, 8c prenant la pâte â pleines mains en jette par toute la çhambre. Ilest difficile de deviner ce que cela peut signifier. Est ce une image de l’abondance 8cde la fécondité du mariage ? ou cela représenterait ij un droit semblable â celui d’unConquérant qui veut des trophées de ses victoires? ou plutôt seroit il impossi-ble que chés un peuple grossier cela ne signifiât rien ? quoi qu’il en soit , lacérémonie est suivie des excès de joye ordinaires aux noces quelles que Ce puissent être. Mais l’essentiel du mystère nuptial ne s’y trouve pas encore. Onnous dit que se cérémonie du mariage se fait en secret, de peur que les sor-ciers ne jettent un sort fur les mariés. Ils se présentent avec un parrain de-vant un Prêtre, qui lit 1a formule au clair de se bougie allumée. Tout joi-gnant

( 4 ) Ils rappellent Gom & les Turcs Paso. Voyés en là description dans Chardin Tom. I*

Tome III. Tâït. I. R r