198 III. DISSERTATION SUR LA
„ litain de la main du Patriarche des Cophtes, méprisant l’Eglise Romaine, &„ maltraitant même les Portugais qui étoient demeurés dans leur pais, sens a-„ voir égard aux grands services qu’ils leur avoient rendus, (a) Alexis Mene-„ fés, dont nous avons parlé ci-deíTus, crut être obligé de faire tous ses efforts„ pour réunir ces Peuples avec l’Eglisè Romaine, & ayant pris la qualité de„ Primat des Indes, il prétendoit étendre se jurifdiction jusques dans l’Ethiopie.„ C’est pourquoi il y envoya des Missionnaires avec des lettres pour les Portu-,, gais qui étoient en ce païs-là, & il écrivit en même tems au Métropolitain„ des Abyssins, qu’il exhortoit fortement de íè soumettre a l’Eglisè Romaine.,, Í1 ajouta de plus, qu’il ne devoit pas faire difficulté d’obéïr à cette Egli-,, se, puisque le Patriarche des Cophtes s’y étoit depuis peu soumis avec tou-„ te son Eglise : ce qu’il prouvoit par les Actes mêmes de la Légation de ce„ Patriarche, de la maniéré qu’ils sont insetés a la fin du V. Tome des Anna-„ les de Baronius, dont il lui envoya une copie. Mais il ne sevoit pas que la„ Cour de Rome avoir été surprise en cela, & que Baronius avoir publié trop„ facilement ces Actes sous le nom du véritable Patriarche d’Alexandrie & de„ l’Eglisè des Cophtes.
,, Au reste l’on doit remarquer, que Menesés & plusieurs autres se sont„ trompés, quand ils ont accusé les Ethiopiens de judaïser en leurs ceremo-„ nies, parce qu’il s’en trouvoit parmi eux quelques-uns qui observoient (b) la,, Circoncision, (c) qu’ils celebrent de plus le Samedi aussi bien que le Di-„ manche, & qu’ils s’abstiennent de (d) manger du sang & des viandes é-,, touffées. La Circoncision des Ethiopiens est différente de celle des Juifs,„ qui la regardent comme un precepte ; au lieu que les premiers ne la conso„ derent que comme une coutume qui n’appartient point à la Religion : 8c„ même l’on circoncit parmi eux (e) les femmes. Ce qui me fait croire, que„ cet ancien usage des Abyssins n’a été introduit parmi eux, que pour rendre„ les parties qu’on circoncit plus propres a la génération. A 1’égard du Same-„ di & des viandes étoufées, cela n’est point singulier aux Abyssins: toute„ l’Eglise Orientale est dans la même pratique, fans qu’on la puisse accuser„ pour cela de judaïser, puisque le Samedi, selon les anciens Canons, est aussi„ bien un jour de fête que le Dimanche. Et pour ce qui est de ne point man-„ ger de sang, ni de viandes étoufées, c’est un reglement du nouveau Testa-„ ment, qui a même été en usage dans l'Eglise Occidentale, (f) L’on con-
,, clurra
(a) Alex. Menef. Hist. Orient.
(b') Cependant selon le rapport dequelques Relations, les Abyssins disent qu’ils veulent être circoncis,parce que J. C. l’a été. On ajoute qu’après qu’on eut chassé les Millionnaires, on fit circoncire ceuxqui ne l’avoient pas été encore. Cela montre au moins que la Circoncision est devenue chez les Abyssins unepratique de Religion, quoique Brcrcwood & le P. Simon croyent le contraire. J’ajoute ici que suivant latradition des Abyssins, leurs Rois descendent de Salomon par la Reine de Seba. Que cette Traditionsoit vraye ou fausse, on ne doit pas être surpris de trouver des Pratiques Judaiques dans la Religiondé ces Peuples. Voy. Dissertât. de T Abbé le Grânû siir ks'Voyages du P. Lobo. . i.
(c) Ils sanctifient le Samedi par la célébration du Cor ban , c’est-à-dire, du Sacrifice Eucharistique, &,par des repas de charité, suivant les Canons Apostoliques, Mais cependant ils distinguent le Samedi du Di-manche. V. le P. le Brun dans ses DiJJertations fur les Liturgies &c. Tome II. Voy. aussi une Dis-sertât. de l’Abbé le Grand, sur les Pojâges du P. Lobo.
(d) Us ne mangent pas non plus de chair de porc, ils ne mangent point de lievre, ni d’autresviandes défendues par la loi des Juifs.
(e) Pour la propreté, dit-on, &c.
(f) Voici quelques autres pratiques, où les Abyssins judaïfent. le frere épouse la femme de sonfrere, les hommes s’abstiennent d’aller à l’Eglise après les devoirs du mariage, & les femmes dans letems de leur maladie périodique. (Cependant ces usages pourroient aussi bienvenir du Paganisme que du Ju-daïsme.) Après les couches le femmes font quarante jours a se purifier pour un garçon ,& quatre vintpour une fille. Tls jeûnent trois fois dans le mois de Fevrier en mémoire du jeune des Ninivifes :mais on a déja remarqué cet usage entre ceux des autres Orientaux. Enfin l’on prétend que leurchant approche beaucoup de celui des Juifs.