200 III. DISSERTATION SUR LA
ja dit, Sc qui est aussi étranger dans les matières de Religion, que dans lesmaniérés du pais, tant on le dépeint ignorant, avoit autrefois Une si grandeautorité, que le Roi n’étoit point reconnu Roi, qu’il n’eut été secré par lesmains de cet Aima. Aujourd’hui toute se fonction ne consiste guéres qu’àadministrer les Ordres ôc faire des Prêtres autant ôc plus ignorans que lui, 5cde fort mauvaises mœurs. On ajoute austì qu’il ne met aucun interstice dansla collation des Ordres, ôc qu’il en conféré plusieurs â la fois. Pour décri-re les cérémonies de cette Ordination des Abyssins, je me servirai du récit d’unauteur qui les rapporte comme témoin oculaire.
(a} ^'Ordination est ordinairement de cinq ou six mille personnes a la fois. 1Celle dont on nous parle ici étoit de deux mille trois cent cinquante six. Pourcette cérémonie „ on avoit dressé une tente blanche , 1 ’ Abîma arriva sor se,, mule bien accompagné, ôc sens mettre pied á terre fit un discours en A-„ rabe, dont le sens étoit, que si parmi cent qui se présentement il y avoit„ quelqu’un qui eut plusieurs femmes, il eut a se retirer , sous peine d’ex-,, communication. . . . Ensuite il deseendit de se mule, ôc s’assit près de„ se tente, pendant que quelques Prêtres rangeoient sor trois lignes ceux qui„ dévoient être ordonnés. En même tems ces Prêtres les examinerent ôc leur„ présentèrent un livre,"seulement pour voir s’ils favoient lire:a mesure qu’ils„ les approuvoient, ils les marquoient sor le bras. Ceux qui furent ainsi,, marqués se retirerent ; 1 ’Ahuna entra dans se tente, on fit défiler devant lui„ ceux qui avoient été admis, il mit la main sor leur tête ôc récita en lan-„ gue Copte, la priere qui commence par ces paroles, graîia dfaina qua in-„ firma sanat ôcc. ... Ayant ordonné de la sorte chacun de ces Prêtres en„ particulier il récita d’autres prières ôc donna des bénédictions avec une pe-„ tite croix de fer. Puis un Prêtre lût l’Epitre ôc l’Evangile . . . Ensuite„ ì’Ahma dit la Messe ôc donna la Communion à tous ces Prêtres” admisaux Ordres avec aussi peu de choix pour les qualités du corps, que pourcelles de l’eíprit, puis que parmi eux on y voyoit indifféremment des aveu-gles ôc des manchots ôcc. Il paroit aussi par le rapport de l’Auteur cité ici,que la bienséance est peu ménagée dans cette cérémonie : entre ces ordon-nés plusieurs étoient absolument nuds.
On donne la Clericature aux enfans qui sont encore à la mammelle , ôcdepuis cet âge juíqu’â quinze ans. Pour être Clerc il ne sent pas être ma-rié, mais un Clerc peut se marier avant que de se présenter pour être Prê-tre, ôc quand on est Prêtre on ne peut plus se marier. Dans la cérémoniede l’Ordination dú Clerc, du Soudiacre ôcc. on passe â la file devant 1 ’Abuna,qui est assis danSun fauteuil placé dans une tente élevée au millieu de l’Egli-se. Il leur coupe un peu de cheveux en cinq endroits en forme de croix, lesoint avec du Chrême au font, ôc leur seit toucher les clefs qui ouvrent laporte de l’Eglise. On met une nappe sor la tête de ces ordonnés, on leurdonne des burettes entre les mains,pour marquer qu’ils doivent servir â l’Au-tel. Après cette cérémonie 1 ’Abuna dit la Méfié Ôc communie ces ordonnés.
Il y a, continue-t-on, en Abyssinie des Chanoines ôc des Moines, ôc parmiceux-ci deux sortes d’Hermites. Les Chanoines se marient, ôc leurs Canoni-cats passent souvent â leurs enfans. Cette pratique est damant plus remar-quable, qu’aucune Religion, excepté le Judaïsme, ne seuroit alléguer des ex-emples
(a) Alvares cité par l’Abbé le Grand ubi sup.