DISSERTATIONS SUR LE MAHOMETISME. 65
pathétiquement , s’ii faut ainíî dire, pour n’etre pas soupçonné d’írreìigíoú chezles dévots y òi même chez les dévots Protestans, C’est íur cette description pa-thétique , qu’un Anglois a dit : „ {a) conformément aux préjugés de se Secte,
„ que le culte des Saints 6c des Images étoit íi outré dans ce tems-lá qu ’011s, peut dire qu’il íurpaífoit tout ce qui íè pratique aujourd’hui chez les RomainsCette réflexion porte fans doute fur l’usage établi alors de faire présent d’uncimage a des officiers distingués, comme pour leur servir de préservatif dans lesemplois auxquels ils étoient destinés ; de munir les armées d’images qui enétoient les protectrices , 6c de faire marcher ces Images à la tête des cohortes& des légions dans de petites chapelles ambulantes &c. useges que M. de Bou-ìainvilliersy 6c le Protestant Anglois après lui, n’avoient garde d’oublier. Ou-tre cela l’héreste des Colìyridiens née en Arabie, ou tout au moins dans le voisi-nage, a pu paroître un principe d’Idolatrie aux Chrétiens Arabes 6c à ceux desenvirons, Ces Colìyridiens attribuoient la Divinité à la Sainte Vierge , 6c luioffroient une espèce de gateau nommé (b) Collyris , d'ou ils avoient reçu le nom deColìyridiens. Ainst je crois devoir avouer sens peine que Mahomet a pû affec-ter doposer a ces cultes pleins d excès l’unité de Dieu , le précepte de n’adorerque lui seul, pour mieux persuader aux âmes simples la sincérité de íès inten-tions dans 1 ’établissement du nouveau système j 6c que cela pût 1 autoriser auffi aruiner le mystère de la Trinité &c. selon que cela íè volt dans (c) l’Alcoran.
L’intolérance des Chrétiens pût auffi favoriser les progrès du Mahometisme «Quelques années {d) avant Mahomet , JuJlinien , pour montrer qu’il ne vouloirpoint céder-au zélé de quelques Prélats persécuteurs, s’avise de brûler les Héréti-ques , c'est-à-dire ceux qui ne se rendoient pas aux opinions , dominantes, Ea.vertu dc ce zélé il détruisit les Samaritains de lâ Palestine : 6c l'on peut biencroire que les deseendans de ces Samaritains détruits &c persécutés ne manquè-rent pas de favoriser Mahomet en haine du Christianisme. Outre que les deíbr-dres r du gouvernement des Chrétiens dans ce païs-là ne pouvoicnt qu’aigrir les peu-ples contre eux 6c leur faire souhaiter de se soustraire à quelque prix que ce' sucá 1 avarice 3 a la luxure 6c à toutes les autres méchancetés des chrétiens , tantEcclésiastiques que séculiers. A u reste ces Samaritains ne furent pas les seulspersécutés conformément'à la rigueur des Edits Impériaux. Il se trouva dansla Palestine 6c dans les pays voisins divers hérétiques , qui, pôur se sauver despersécutions, se réfugièrent en Arabie. Mahomet leur emprunta divers dogme?6c les inféra ‘dans son système. . r ■ r... . .
Mais tout cela ne suffifoit pas encore: il falloir, avec les désordres de l’Egli-se Chrétienne ,6c des mœurs de ceux qui s’appclloient alors Chrétiens, la déca-dence de l’Empire Grec ou Romain, 6c celle, de la Monarchie Persane ; sensquoi le Mahometisme auroit été étouffé dans son berceau : car quelques spécieuxque paroissent plusieurs dogmes de Mahomet , 6c une partie de ses préceptesmoraux, il est pourtant vrai que fa Religion ne pouvoit se maintenir que par laforce , 6c que tôt où tard il falloit avoir recours à lepée pour la prêcher effî-Ca cement aux Nations. Mais qu’auroit pû faire cette épée , si les forces de cesAnarchies eussent été auffi seines, auffi vigoureuses qu’autrefois ì ; La foibleíîé
de
(*) Sai e dans la Dissertation qui précede la Traduction de l 'Akoran Sect. 2 /p,
r Co ^y ra , terme de même signification dans Ariftothme*
\ c ) Chap. <s. ■
{d) Dans le milieu du 6. siécle.
Tome K &