Band 
[Volume III.]
Seite
104
JPEG-Download
 

104 DISSERTATION SUR

tiens auíïì superstitieux, ou du moins'aussi vétilleux, les ont imité en (a) faisant lecalcul des paroles &c. du N. T. La superstition des Musulmans est allée jusqu asoputer combien de fois une même lettre est employée dans 1 ’Alcoran: & voilacomment lexcès de respect tourne en bagatelle, comme 1 excès de zélé tourneen cruauté.

C est là ce qui regarde la division de ì'Alcoran par chapitres & versets: maisil y en a tine autre en soixante égales portions , chacune subdivisée encore enquatre ; autre imitation des Juifs, fur laquelle il est, ce me semble, inutile des’arrêter. Chacune de ces (b) soixante sections ou portions fait une espèce d’of-fiée qu’on récite en différentes occasions , & il y a dans les Mosquées des gensgagés pour les'dire ou pour les lire. Cependant d’autres nous disent {c) quecet Alcoran est plus ordinairement divise en trente portions , dont ensuite cha-cune est partagée de même en quatre : ce qui se fait ainsi pour l’uíàge de ceuxqui doivent lire ì’AIcoran dans les grandes Mosquées & dans les Chapelles voi-sines de ces Mosquées où sont enterrés les Princes & les grands Seigneurs. Onappelle ces lecteurs Mocris,. Il y en a trente dans chaque Chapelle ; chacun ylit fa section, ôe de cette maniéré Ì’Alcoran est lû une fois par jour dans chacu-ne. Ces pieuses lectures ont pour but, à ce qu’on nous dit aussi, de soulager les âmesste ceux qui sont enterrés dans les Chapelles : mais je n en dirai pas davantageici au sujet de ces prières des Musulmans pour leurs morts : & je remarqueraiseulement deux choses -, l’une que le même usage s’observe à Medine fur le tom-beau de Mahomet , où les Mocris prient pour lui comme pour les autres fidel-les ; l’aíitre que la fonction de ces Mocris est aussi d’enseigner la maniéré de lireÌ’AIcoran. -

On fait que chaque chapitre de Ì’AIcoran porte à la tête , (excepté pourtantle Chap. 5 >.) ces paroles , au nom de Dieu très miséricordieux. Cette formuleconnue chez les Musulmans sous le nom de Bismillah est comme la livrée de leurReligion. Elle est constamment au commencement de leurs écrits publics ôcparticuliers , & vaut cetté formule des Juifs, au nom de Dieu &c. & celle des.Chrétiens au nom du Pere , du Fils & du S. Esprit. Elle vaut enfin la Croix, & leJésus , Maria , par où beaucoup de Catholiques ne manquent jamais decommencer leurs actes publics & même leurs lettres de commerce, surtout enEspagne & en Italie. Il y a tel Chrétien qui dira que je raporte bien soigneu-sement des minuties : mais il faut considérer aussi que dans toutes les Religionsses minuties deviennent souvent des usages essentiels. L’Auteur que (d) je citecroit que Mahomet a pris des Mages la formule de Ì’AIcoran avec beaucoup d’au-tres choses : mais on fait assez qu’autant que ses lumières le lui ont permis, il a dé-pouillé les autres Religions de ce qu’il a crû pouvoir convenir á la sienne. Cet-te formule avec les titres des Chapitres & plusieurs autres petites choses, dumoins estimées telles par les Musulmans dune haute dévotion , ne sont pas simple-ment de saints accompagnemens dune Ecriture divinement inspirée : la plupart desDocteurs òí (les Commentateurs veulent même que tout cela soit aussi venude Dieu par révélation : ôc c est ainsi que les Rabins ont dit que Dieu avoirrévélé les points, les accens ôc les lettres des livres sacrés du V. T. Cependant

les

(a) Voy. les íuputations de Leusden in compend. N. T.

(b) D'Herbelot ubi sup. '

(c) Sale ubi sup.

(d) Sale ubi sup.