IIO
DISSERTATION SUR
Chap. ii. oìi Dieu arrête les eaux du Deluge en ces termes : O terre , englou-ti tes eaux , o cieux retenés la pluye ; auffìtôt les eaux s’abaijferent , le décret fut ac-compli , l'Arche s'arrêta fur la montagne (a) d’Al-Judi : ces paroles furent enten-
dues , malheur i la Nation impie ! Ce paíïàge est effectivement fort beau j onpeut dire aussi que le Chapitre d’où il est tiré renferme généralement de trèsbonnes choies, & il en est de même des Chap. 3. 7. ôc 13. sens parler d’ungrand nombre d’autres. Dans le 3. on trouve de beaux préceptes fur la pa-tience, 1 humilité, la béneficence, la persévérance, contre l’uíûre &c. Dans le7. on trouve ces préceptes conformes au Christianisme, foies indulgens , ou plu-tôt pardonnés fans peine, ne commandés jamais que ce qui eji juste, & ne contestés pointavec ìignorant. D'Herhelot ajoute au sujet de ce passage , que Mahomet en re-
çut une plus ample explication en ces termes ; Recherchés celui qui vous chasse,donnés à celui qui vous ôte (le votre) pardonnés à celui qui vous offense , carDieu veut que vous jettiés dans vos âmes les racines de ses plus grandes perfections.Ce commentaire (ou plutôt cette paraphrase dune partie du verset que je viensd alléguer) se raporte entierement a la morale de l’Evangile ; & il en est de mê-me de ces paroles Evangéliques du Ch. 13. qui terminent lenumeration de plu-sieurs devoirs ; ceux qui changent le mal en bien (ou qui rendent le bien pour lemal) auront pour récompense le paradis ôte. Avec ces passages ôc quantité d’au-tres relatifs aux préceptes de J. C. on pourroit faire le parallèle de la Morale dél ’Alcoran avec celle de l’Evangile, comme on l'a entrepris plus d’une fois de cet-te même Morale avec celle du Paganisme. Mais a propos de ce parallèle, je seroistenté de raporter ici en abrégé celui qu’un (b) Auteur moderne a bien osehazarder des idées populaires ôc charnelles des fidelles de l’une ôt de l’autre Reli-gion fur le Paradis ôc l’Enfer ôte. Je m en abstiendrai pourtant par égard pourune infinité de bonnes âmes a qui l’on a dit que cet Auteur est un maudit Hé-rétique , qui se mêle de voir ôt d’entendre ce qu’on ne doit ni voir, ni entendre.Finissons plutôt cet article par des particularités qui ne donnent aucun om-brage.
Croiroit-on , après ce qui a été raporté du zélé des Musulmans pour VAlco-ran , que chez eux on eut seulement ose hésiter fur se perfection ? Cependantelle a été révoquée en doute ,, (c) Plusieurs Docteurs .... n’ont point fiait,, difficulté de dire qu’il peut y avoir des livres qui le surpassent en doctrine ôt„ en éloquence. Il y en a même qui y ont trouvé des (d) contradictions ôt„ des doutes si bien fondés, qu’ils n’ont pas crû qu’il fut possible de les reíòu-„ dre. ... Il se trouve auííì des variétés dans les exemplaires. . . - On a„ écrit íur leur différence . ... fur les Loix de l ’Alcoran , qui se trouvent
,, abrogées les unes par les autres.&c”. Tout cela , ôt la nature
de ce livre destiné a servir de régie de foi aux Musulmans , comme le V. T. auxJuifs ôt le N. T. aux Chrétiens „ a fait naître un si grand nombre de Com-„ mentaires Ôt d’interpretations íur (cet) Alcoran que l’on pourroit faire un
„ gros
(a) Montagne qui est entre P Arménie & la Mésopotamie.
(b) Espion Turc tome z. Lettre 19.
(c) Voy. &’Herbelot ubi sup.
. (d) Les Docteurs Mahométans éludent les objections que l’on fait au sujet de ces contradictions en di-sant que Dieu a commandé plufieurs choses pour un certain tems seulement &c. II y a trois sortes de pas-sages abrogés dans Y alcoran. x. ceux qui le font & pour la lettre & pour le sens. 2. ceux qui le fontpour la lettre fans toucher au sens; 3. ceux qui le font pour le feus, dont la lettre reste. Voy. M. Saleubi sup. Il raporte des exemples de ces trois sortes de passages.