RELIGION MAHOMETANE. 165
dans ses controverses (a ), assurent en autant de termes, que par la doctrine deYAlcoran même (b) le Dieu de Ì’Alcoran est le serviteur de Mahomet , puisqueDieu ôc les Anges prient pour Mahomet. L’Auteur de la z. harangue (e) con-tre le faux Prophète , le prend à partie là-dessus ôc lui demande ce qu’il veutdire par cette prière de Dieu ? Il n’a pas tout le tort de s échauffer là-dessus ;car assurément cette eípéce d’oraiíôn lïest pas concevable. Martin (d) l’Etymo-logiste (e) les copie tous ; ôc qui est-ce qui n’y seroit pas trompé, après que lefameux Abraham Echellenfts , dans íà Préface fur la Doctrine des Philosophes Ara-bes (f) , traduit cette bénédiction ordinaire des Mahométans , qui a donné lieuà l’erreur, de cette maniéré ; Qrationes Dei fint super illos j „ les prières du Sei-33 gneur soient fur eux " ; au lieu qu’il falloit traduire , les bénédictions du Sei-gneur soient fur eux : ôc alors le Formulaire n’est plus incompréhensible.
Tout cela est venu du peu de connoissance qu on avoit de la Langue saintedes Mahométans , ôc particulièrement de la détestable Traduction Latine (g),qu’on nous donna de Ì’Alcoran , il y a plus d’un siécle ôc demi, ou le texteest ainsi traduit (h) ; Deus & Angeli propter Prophetam exorant , c’est-à-dire queDieu & les Anges prient pour Mahomet avec succès. Mais qui est-ce que Dieupriéroit ? La véritable Traduction est donc celle-ci ; certainement Dieu S 1 ^ es An-ges font favorables à Mahomet : il jouit de la bienveillance de l'un & des prières desautres. Du Ryer (i) tout pauvre Traducteur qu’il étoit a vu la faute, car il amis en marge dans íà version Françoise, béni sent le Prophète: ôc c’est ainsi qu’ilfalloit mettre dans le texte , conformément à la nature des choies , au géniede la Langue Arabe ôc au stile de Ì’Alcoran , où le même mot en parlant deDieu signifie bénir , Ôc en parlant des hommes Ôc des Anges , signifie prier ,comme en avertissent les íàvans de cette Nation dans leurs Dictionaires Orien-taux, ôc comme les Persans ôc les Malaccois l’ont expliqué dans leurs paraphra-ses ôc dans leurs livres de dévotion, (h) (Allez-moi dire après cela, que la cri-tique est inutile dans nos études , fur tout par raport aux Langues anciennes,ôc quelle ne sert qu’à nous rendre plus indéterminés (l) fur les choses mêmes.C’elt pourtant de cette Critique , dont nous avons tiré les plus grands secourspour l’intelligence des Oracles de Dieu, ôc des ouvrages des hommes.)
§. IX.
O) Tome II. pag. 294.
0 ) Ces paroles ont été omises par le Traducteur.
(c) Imprimée à Zurich à la fuite de YAlcoran, p. 327.
(.d) Qu’est-ce que c’est que Martin l’Etymologiste ? Pourquoi ne pas dire Martìni/ts dans son Didio -mire Etymologique ?
(e) Martini Martinii Lexicon. Etymol. ad vocem Mahomet.
(f) De Placitis Phìlofophorum Arabum , imprimé à Paris 1641.
(g) Elle est de la façon de Robert de Retz,, (Retenenfis) ôc de Herman de Dalmatie , {Hermannus Dal-mata) mais ce fut Bibliander qui la fit imprimer en 1550.
(h) C’est au Chap. XXXIII. j 6 .
(i) Aussi pauvre traducteur que M. H** mais après tout l’un & l’autre ont fait de leur mieux.
(k) Cette magnifique parenthèse renferme une addition du Traducteur, & la note (/) lui apartient auífi.A la vérité il a substitué cela à beaucoup d’érudition grammaticale de M. Reland qu’il n’a pas cru devoirtraduire.
Cl) Feu M. Elie Sattrin appliquoit ordinairement à la Critique ce vers de Térence,
Fecifiis f robe t
~ Incertior Jkm multò , qmm dHdttm!
Phorm. Act. II. Sc. III. ì 8.
mais de grands hommes ont fait voir qu’il fe trompoit.
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Tome V.