224 DISSERTATION SUR LES USAGES
par les flèches (a) dans les Prophéties d’Ezechiel , preuve quelle avoir franchiles bornes de l’Arabie ; & que les Arabes ôc leurs voisins n entreprenoient au-cune affaire importante (b) lans avoir auparavant consulté les flèches. Maho-met défendit toutes ces pratiques, pour ôter, diíòit-il , la superstition : maisil n'a pas été en íòn pouvoir d’empêcher que dautres n’ayent íuccedé à cellesqu’il avoir retranchées ôc nous en verrons des exemples. Les Persans de-vinent par le fort. Chardin nous en décrit (c) la cérémonie , laquelle estprécedée d’une Oraison faite tout exprès , ÔC accompagnée de plusieursde ces singularités auxquelles les superstitieux attachent nécessairement le bon-heur ou le malheur de leurs desseins. Cela s’appelle, nous dit-il, jettes le sortfar ÍALCORAN , Les Turcs ont des devins qui bordent les rues ôc offrent les se-crets de leur art à tout allant ôc venant, astis á terre fur un tapis ôc ayant au-teur deux les livres , qui renferment leur prétendue Science {d). Je décriraidans les propres termes œThevenot une de leurs maniérés de déviner assez singu-lière. „ Ils prennent quatre flèches qu’ils dressent en pointe lune contre l’au-s, tre ôc les font tenir à deux personnes , puis ils mettent sor un coussin une„ épée nue devant eux ôc lisent un . . . chapitre de ì’Alcoran : ÔC alors ces„ flèches se bâtent .... enfin les unes montent f ur ses autres ôcc. cela s’ap-„ pelle faire le livre” ôc je crois pouvoir ajouter que cela s appelle faire destours de Joueur de gobelets. Le même voyageur nous parle de la divination pardes fèves, prises dabord lans compter, comptées ensoite, ôc leur nombre exa-miné sor la soi d un livre de Divination. Une autre Divination se fait avecun morceau de bois marqué de certaines lettres. Celui qui consolte cet Ora-cle 1e roule trois fois, ôc après avoir remarqué la lettre qu’il amène a chaquefois, vérifie dans son livre de sort 1e sens de ces lettres. Cet échantillon soffit :il y a dans l’Orient trop de sortes de divination pour affecter de ses compiler ici ;ôc après tout elles ne différent pas assez essentiellement des nôtres. A l’égard dcleurs autres soperstitions, 1e Peuple s’infàtue en Asie comme en Europe de pro-nostics, de présages ôc de prodiges; se)de charmes, denchantemens, d’Astro-logie, d’Amuletes ôc de Talismans ; superstitions établies depuis la plus reculéeantiquité chez tous les Orientaux, ôc principalement en Arabie ôc en Chaldée,d’où elles ont été transmises aux Mahométans ; de même qu’unc certaine véné-ration religieuse qui se trouve répandue par toute la Perse (f) pour ses vieux ar-bres , doit être regardée comme un reste de l’ancien culte des arbres, ôc du refpect que leur procurait le droit de servir dazyle ou de demeure aux Génies, ôcd’être comme les dépositaires des Oracles , ôc la retraite de ceux qui se réunissoient pour rendre en commun leur hommage aux Dieux.
Mais revenons aux jeux de hazard. Mahomet défendit ces jeux, qui étoient austî
com-
(d) Ch. XXI. vers. 2 6 .
\b) Pocock^ ubi sup. p. Z 27.
(c) Voyages Tome IV. p. 148. Edit. in 4. de 17 ) 5 '
(d) Thevenot dans ses Voyages L. pr. p. 112. Ed. de 1727.
(0 Entre ces charmes il faudroit remarquer ce qu’ils appellent le dénouement du ca/f on, qui revient à ce-lui de l’aìguillette. La maniéré de rompre ce charme est décrite dans Chardin ; & comme cet Auteur estfort commun, je renvoyé à la description qu’il en donne à la page 57. du Tome 2. de ses Voyages Edit.de 1755.
(f) On va faire des prières fous ces arbres, on y attache des bougies, on y pend des habits,afin qu’iltranspire des arbres dans ces habits un peu de vertu 8 c de sainteté. On passe par dévotion la nuit sous cesarbres : & comme, selon les Persans, les âmes des Saints y résident pendant la nuit fous la forme dc lu-mières, les malades y vont se vouer à eux.