228 DISSERTATION SUR LES USAGES
l’infidelle. C est ici que s ecrieroient, heureux saisi ceux qui fe plaisent à cher-cher plus de perfection dans les usages 6c dans les rems éloignés d eux quechez leurs contemporains, dans leur propre patrie, 6c pour ainsi dire, dans leurdomestique : mais qu’ils ne fe trompent pas. Il y a dans les pays Mahométansdes Musulmans avares, eferocs 6c usuriers, qui éludent, ou interprètent confor-mément à leur sordide intérêt les préceptes 6c les défenses de l'Alcoran , com-me les usuriers Juifs la Loi de Moïse , 6c les usuriers Chrétiens l’Evan<rile deJ. C. Avec des distinctions favorables ils fe chargent tous hardiment des dépouil-lés de leur prochain , 6c ce fardeau ne les empêche pas de prendre la route duParadis, 6c d'y marcher avec toute la confiance d’un fidelle qui n'a rien à se re-procher. Le même Chapitre qui defend l’usure , ordonne la miséricorde 6c hpatience envers un débiteur insolvable , ou qui ne peut satisfaire ses créanciersqu en fe privant des moyens de subsister, ou de nourrir fa famille. En cette dernierecirconstance Mahomet va beaucoup plus loin encore; car il ordonne d’abandonner lapoursuite d’une telle dette, 6c même d en faire une aumône au profit du débi-teur insolvable. Sans examiner ici de trop près si Mahomet a pris des principes sicharitables dans les Loix de Moïse & de J. C. je dirai que l’humanité touteseule 6c. le bien de la Société pouvoient les dicter. Par lune le fondateur duMnsulmanïfme, voulut éviter l’excès des poursuites, 6c par 1 autre la ruine de sesSectateurs. Les anciens Romains j L qui ont précédé l’Evangile, 6c qui vraisem-blablement ne eonnoissoient pas leS Loix de Moïse, ou les connoissoient très peuregardoient l’usore comme une chose si pernitieuse , qu'ils condamnoient les usu-riers a la restitution du quadruple de ce qu’ils avoient excroqué, au lieu (a) quele larron ne l’étóit qu’a la restitution du double de ce qu’il avoit pris. La pru-dence 6c l’équité toutes seules dictoient aux Romains qu’un usurier est plus per-nicieux a la société qu’un voleur ; 6c il n’est pas difficile d’en pénétrer la raison. JAttribuons aussi âu bien de la Société civile 6c a l’humanité l’abolitiondu barbare usage d’enterrer les filles en vie. Les anciens Arabes tâchoient dejustifier cette coutume par le spécieux prétexte de prévenir les affronts auxqueísles filles peuvent exposer leurs parens par une mauvaise conduite. A ce motifils en ajoutoient un autre tout aussi frivole , qui étoit la servitude 6c la miserea laquelle les filles font exposées. Outre cela ces anciens Arabes n’estimoient le sexequ’autant qu’il est nécessaire a la propagation du genre humain , 6c qu’il peutcontribuer au plaisir de l'homme. Du reste ils en faifoient si peu de casaquek naissance d’une fille étoit généralement regardée comme un grand malheur,& fà mort au contraire comme un grand bonheur. Quand une fille avoit at-teint 1 âge de cinq ou six ans (h) on la paroit, 6c la parfumoit ; après quoi lepere lui-meme la conduiseit auprès d’une fosse , 6c prenant le moment qu elleétoit attentive a y regarder , ía precipitoit, combloit la fosse avec de la terre6c enterroit ainsi toute vive cette malheureuse victime d’un faux amour pater-nel, ou plutôt de quelque (c) superstition Arabesque, qui nous est restée incon-nue.
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