334 DISSERTATION SUR LES USAGES
Eunuques, auxquels, quoi qu'il ne reste rien du tout pour plaire &: pour se di-vertir , il est encore à peine permis de regarder celles qu’iìs gardent á vue , &qui n’ont d’autre privilège distinctif dans leur prison , que d'être comme éti-quetées pour sorvir à tour de rolle aux plaid rs des Monarques dont elles compo-sent le Serrail. On peut lire dans (a) Tournes or t les précautions &c les formali-tés misos en uíàge quand il faut appeller un médecin auprès d’elles.
Je ne íàurois oublier ici les circonstances curieusos que nous raporte (b) Ri-caut , des cérémonies usitées dans les mariages des grands Seigneurs de l’Etatavec des Princelfes Ottomanes. On soit aísez que la jalousie & la crainte desEmpereurs Ottomans autorisent ces Mariages, & que cette élévation, qui ail-leurs aproche un Grand de l’éclat de la Majesté souveraine, est en Orient lacauso prochaine de íà chute. Mais ce n’cst pas de quoi il s’agit ici : écoutonsla description de Ricaut. ,, Lorsque le Grand-Seigneur a quelque jalousie de„ la grandeur d’un Bacha, il lui fait épouser une de ses soeurs, ou quelqu’une„ de ses parentes, sous prétexte de le vouloir honorer. Cependant, bien loin„ de devenir par là plus grand & plus considérable , il devient le plus mai-„ heureux esclave du monde , étant obligé à se soumettre á Torgueil & à la,, tyrannie d’une femme, qui le traite comme son valet. Il n’oseroit pourtant„ refuser l’honneur que son Maître lui fait, de peur qu’on ne L’accuíât de mé-,, priser les marques de íà faveur & de son affection. Avant même que da-„ voir épouse cette Princesse , il faut qu’il prenne la résolution de se donner„ tout entier à elle, & de ne faire part de son amitié à qui que ce soit, soit,, femme, ou eselave , car il est obligé à renoncer à tout ce qui le pourroit„ détourner de l’amour qu’il lui doit porter. S’il a une femme , qui l’engage„ par la douceur de íà conversation, & par le nombre des enfans qu’il en a„ eu , à avoir de la tendresse pour elle , il faut malgré lui qu’il la bannisse,, de íà maison , & qu’il n’y retienne personne qui puisse déplaire à la Sulta-,> ne, qu’il ne connoit pas encore. Devant les noces , si elle lui envoye de-„ mander de l'argent ,* des pierreries, ou des fourrures de grand prix , il faut3, qu’il lui porte avec bien de la joye ôc bien des çomplimens ce quelle lui deman-3, de. Ce présent s'appelle Aghirlic en la langue Turque. Outre cela il lui fait un,, Kabin ou un Douaire aussi considérable qu’il plaît à ceux qui s’entremettent de3, fàirc le Mariage. Lorsque le Kabin a été réglé , en présence du juge, un3, Eunuque noir mene le nouveau marié , par forme de reconnoissancc, dans3, la chambre de la Sultane. Lorsqu’il y entre la coutume oblige cette nou-„ velle mariée à tirer son poignard , & à demander d’une maniéré impérieuse33 à son mari, qui lui a donné la hardiesse d’approcher d’elle ? Il lui répond„ avec bien de la soumission, & lui montre (c) l’E mmeri Padschah y ou Tordre3, du Grand-Seigneur pour son mariage. Alors la Sultane se leve , le reçoit3, avec plus de douceur , & souffre qu’il Tentretienne un peu plus familiere-3, ment. Un Eunuque prend en même tems les pantoufles du marié, &; les„ met à la porte de la chambre, pour marque qu’il en a été bien reçu. Un„ peu après, le Bacha fait une profonde réverence à la Sultane, & se proster-„ ne jusques fur la terre, avec beaucoup de relpeót : il se retire ensuite un
„ peu
(a) Voyages &c. ubi sup. Lettre XIII.
(b) Ricaut Etat &c. ubi sup. L. I. Ch. i6.
(c) Emmeri Padscbah , ou Padishah , dit Bespier dans ses Remarques ; mot qui signifie Roi. Emmeri, parson raport avec l’Hébreu 5 signifie donc a la lettre la parole du Roi.