RELIGIEUX DES MAHOMETANS. 235
„ peu en arriére , & lui fait une petite harangue , pour lui témoigner com-bien il s'estime heureux de l’honneur quelle lui fait. Loríqu’il a fini soncompliment, il demeure dans un profond silence, & dans une posture forthumble, ayant les mains croisées fur ion estomac , -jusques à ce que la Sul-tane lui commande (a) de lui donner de l’eau. Il lui obéit aussitôt & pre-nant un pot d eau , qui est préparé pour cette cérémonie , il íê met à gé-noux, &: le lui présente. Alors (h) elle leve un voile rouge brodé de fleursd’or ôc d’argent, qui lui couvre le visage , ôc boit. Au même momentíès femmes apportent une table baffe , fur laquelle il y a une paire de pi-geons rôtis, ôc du (c) sucre candi fur une assiette, & le marié prie íà Maî-tresse de faire collation ; mais elle le refusé, jusques à ce qu’il lui ait fait denouveaux préíèns. Elle s’adoucit après les avoir reçu , ôc ía modestie étantvaincue, elle íè met a table , & prend une cuiflè de pigeon de la main deíòn mari, ôc loríqu’elle en a mangé quelque peu , elle lui met un morceaude sucre candi dans la bouche, ôc íè levant s’en retourne où elle étoit aupa-ravant. Alors tout le monde íè retire , & on laisse le marié íèul avec laSultane, environ une heure, asin qu’il la puisse entretenir en liberté. Quandce tems-là est passé, íès amis l’invitent, au íòn des instrumens, a venir dansl’antichambre , où il passe la plupart de la nuit à chanter & a íe divertiravec eux, pendant que la Sultane fait ía même choíè avec les Dames , quientrent en ce terris là dans íà chambre. Enfin fur le point du jour la Prin-cesse fatiguée de ces divertiísemens (d) íè couche dans un lit fort riche,ôc bien parfumé , où il ne manque rien pour l’accompliflèment de cette cé-rémonie. Un Eunuque avertit aussitôt le marié par un signe , ôc le faitentrer fans bruit dans la chambre. Là il ôte íès habits de dessus, & íè metaussitôt à genoux au pied du lit, où il demeure quelque-tems íàns rien fai-re; après quoi il s’enhardit un peu, ôc levant petit à petit la couyerture, grattedoucement les ì pieds de cette Princesse, & après les avoir baisé íè coule enfinentre íès bras, où elle íe reçoit avec bien de la satisfaction, ôc souhaite queDieu leur donne la joye de voir sortir une heureuíè lignée de leur mariage.Au matin les amis du marié viennent le quérir afin de le conduire au bain,& Ia nouvelle mariée lui fait preíènt de tout le linge dont on a besoin dansce lieu-là. borique toutes ces cérémonies sont faites, ils vivent plus fami-lièrement ensemble dans la maison : mais en public la Sultane ne laisse pas„ de garder quelques mesures avec lui, pour faire paroître íà supériorité. En„ effet, elle porte un changiar (c’est ainsi qu’on apelle xm poignard) à son coté,„ & demande si souvent des presens á son mari, qu’elle épuise enfin tous ses coffres.
Après le mariage ôc ce qui en est le premier objet pour l’agrément de la vie,il faut parler de la maniéré de le dissoudre. Mahomet , pour empêcher (e) queles maris ne répudiassent trop facilement leurs femmes,ordonna qu’après la troi-sième fois qu’ils les auroient répudiées il n’y auroit plus de retour , a moins<}ue la femme répudiée de cette façon n eut été mariée à une autrè, ôc répudiée
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(a) Dans les notes de Befpier on trouve à l’imperatif ; aparté de l’eau (soft ghetir).
(b) Dans une citation raportée par Befpier on trouve que le mari leve lui-mëme le voile &c.
(c) Ou un plat de confitures.
- (d) AHe ne retient auprès d’elle que celle qu’une citation raportée par Befpier apelle la comwere de la
noce.
(e) Alcoran Ch. z.
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