242 DISSERTATION SUR LES USAGES
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& les voisins , de prier Dieu pour le malade. Des Molla , ou Ecclésiasti-ques , íont mandés, qui tournent son esprit au repentir de sâ vie passée, luiparlant de tous les péchés & de tous les excès dans lesquels il peut-être tom-bé. Le malade dit â chaque passage Taubé , c’est-à-dire je me repens • & quandil ne peut plus parler, on lit 1 ’Alcoran auprès de lui, juíqu’au moment qu’iirend l’eíprit.
„ Ce moment funeste est marqué par des éclats de cris &c de gémisièmenssi furieux , que tout le voisinage est bientôt informé de ce qui est arrivé.Tous ceux qui sont intéressés dans la perte qui vient d’arriver , comme lesParens entre autres, fè déchirent les habits du cou juíqu’à la ceinture , s’ar-rachent les cheveux, segratignent le visage, fè frapent la poitrine , ôc sonttous les autres actes de désespoir. Les femmes , fur-tout, s’emportent auxexcès de foreur Sc de désolation les plus outrés , qu’elles entremêlent delongues complaintes , de récits tendres & touchans , ôc d’apostrophes aumort.
,, On envoye cependant chez le Cazy , qui est le Juge civil , pour donneravis du décès , & pour avoir un ordre au Mordichour de prendre le corps,le laver ôc l’ensevelir. Mordichour veut dire laveur de corps morts. C’est unOffice , & personne que celui qui en est revêtu , ou ses fobdeíégués , nepeut laver un mort. IÍ est établi par la Justice , afin qu’on fâche le nom-bre des morts, & les maladies dont ils meurent. On dit au Portier du Ca-zy , un tel ejl mort. Il répond : votre tète soit saine ; & à même tems il vaquérir un petit papier scellé du Juge , qui est une permission de laver lecorps. La permission ne coure rien ; mais le Portier du Juge civil, qui ladélivre, prend quelques sous de droit, selon la condition des gens.
„ Avec ce billet on va au laveur des morts, qui donne du monde pour la-ver le corps. Les hommes lavent les hommes , & les femmes lavent lesfemmes. Le laveur déshabillé le cadavre, & s’empare des habits qu’il a forle corps, lesquels lui apartiennent de droit -, car du moment qu’une person-ne est morte, on n’y ose toucher, parce qu on seroit souillé, & on porte lecorps au lavoir. Il y a de ces lavoirs mortuaires dans toutes les Villes, dansun lieu retiré & couvert. A ispahan , par exemple, parce que la Ville estséparée en deux quartiers , il y a deux principaux Mordichour s ou laveurs demorts ; & entre les autres lavoirs , il y en a un fort grand dans une courreculée de la vieille Mosquée, qui est un grand bassin de vingt degrés sousterre. On y porte les corps , mais ce n’est que des gens du Peuple. Carpour les autres , on les lave dans leurs maisons , on couvre d’une tente lebassin ou l’on lave le corps , afin qu’on ne puisse le voir d’aucun endroit j& quand le corps est lavé, on lui bouche toutes les ouvertures, ou les con-duits avec du coton , afin qu’il n’en sorte aucune humeur qui le salisse semoins du monde.
„ On ensevelit enfoite le cadavre dans tin linge neuf, for lequel les gens quien ont le moyen font écrire des passages de leurs saints Livres. J’en ai vuqui faisoient écrire le Tauchen , ou Cotte de maille. _ C’est le nom d’un petitLivre, qui comprend les attributs de Dieu. Ils sont au nombre de mille un ;& cet un est mis par-dessus les mille , pour marquer , disent-ils, que dansl’infinite de Dieu , mille attributs ne définissent pas mieux son essence qu’ustattribut. Les linges dans lesquels fut enseveli Saroutaky , ce Grand-Visir Eu-nuque , qui fut assassiné sous Abas U % contenoient tout l’ Alcoran , écrit avec