RELIGIEUX DES MAHOMETANS. 265
de nos peuples au même but. On nous dit aussi . quentre ces Pèlerins de laMecque il s’eu trouve qui se crèvent volontairement les yeux ; ne voulant plusles prophaner par la vûe des choses mondaines , après avoir si dévotement comtemple ia sainteté de la Mecque. On raporte enfin que les enfans nés dans letems du Pèlerinage font eux-mêmes réputés de petits Saints : les procurer aumonde est une œuvre fi pieuse, fi digne de 1 a sainteté du Pèlerinage, que desfemmes, à la vérité un peu suspectes, s’ossrent charitablement aux dévots, pourleur aider à faire de ces petits Elus Mahométans.
Pour donner quelque idée des Saints du Mahometisme je choisirai d’abord Aly,ce Martyre de la foi des Perses, qu’ils peignent, nous dit Chardin (a) , armé d’unsabre a deux pointes Sc le visage couvert d’un voile verd ; tandis que les autresSaints I’ont couvert d’un voile blanc. Pourquoi cette distinction ? Chardin auroitdu nous le dire. Le voile Blanc, ajoute-t-il, témoigné que le visage des Saintsest incomparable & qu’on ne íauroit en représenter les traits merveilleux. Ce voilelevient fans doute à ces goires qui environnent nos Saints, & att nimbus qui ornoitles Dieux de l’Antiquité Ce nimbus, en les mettant dans une eípece de (b) nuee, dero-boit une partie de leur Majesté aux yeux des peuples afin de rendre leur dévo-tion plus respectueuse, Un des principaux articles du symbole de à des Períansleur fiiit regarder cet Aly comme (c) Vicaire de Dieu ; mais cela ne suffit pasaux devots*outrés , & il s’est trouvé des Docteurs , nous dit encore Chardin ,qui ont osé relever leur Saint au dessus de la condition humaine & donné lieupar leur indiscrète dévotion à cette maniéré de parler, qui est devenue sort po-pulaire-, je ne crois pas qu Aly soit Dieu, mais je ne le crois pas bien loin d’être Dieu.(d) Ces expressions excessives íont-fi connues ailleurs Sc ont ete ceníurees íi a pro-pos par des personnes d’une dévotion plus judicieuse & plus convenable à ce miemérite l’Etre suprême, qu’il est inutile de faire ici aucun parallèle de faux zele*Au ProphèteAf/jy on pourroit joindre plusieurs autres Saints ses comtempo-rains , ou plus modernes que lui , les uns célébrés chez tous les Mahomet
tans ,
me : Sed qui d Qrc. mm Jetant effe nan sauças , qui averfentur & fugiánt libros de hoc ejus (Tuìlii Cìceroms) les■non pauci croient les Payens bigots. Ensuite Arnobe continue ainsi , cumque alios audiam mujptare indi -gnanter cr dicere; oportet Jìatui per Senatum, aboleantur ut b<ec fcrìpta qttibus Chrijîiana Religio comprobatur &'uctufiatìs aboietur auiíorítas. Enfin il conclud par ces belles paroles ; interetpere Jcripta & publicatam vcllasubmergera ieihonem mn eft Dcos defendere, jed verìtatis ïeffificatimem timere, Enfin il fera bien permis decroire que les anciens Juifs autorisèrent amplement leur haine contre les monumens de leurs voisins Idolâ-tres réprouvés &c. ayant pour prétexte Tordre précis que Dieu avoir donné de détruire ces infidelles. II ya peu d’années qu ? un savant célébré soutint qu’à trëspeu de livres près toute T Antiquité étoit suposée-.maíscette ingénieuse opinion , qui pouvoit avoir en vue la suppression dont je parle ici , n’a pas fait fortune.On prétend qu'encóre aujourd’hui certains dévots suppriment sans bruit beaucoup de livres dans leurs Cou-vensj & qu’ils les achetent dans cette pieuse intention &c. Personne n’ignore aussi que dans toutes les Re-ligions les dévots & les devotes brûlent très souvent en particulier les livres qui leur paroissiens dangereux.
(a) Voyages &c. ubi sup. tom. r. p. 28.
(b) Nimbus signifie une nuée.
f c) Calife , Waljf & Wely. Voy. Chardin tom. 4. ubi sup, sur ces trois mots, qui ne différent que dansla manière de les prononcer. Voilà du moins ce qu'il semble que Chardin voudroit nous insinuer : maisnous trouvons dans une note de Bespier fur Ricaut à la fin du tome prem. que le mot de Chalifah , fi on tles Turcs ont fait par corruption Kalfa , est un des titres du Grand-Seigneur , & qu’il signifie ou suc-cesseur , ou Vicaire. Cette note est curieuse, & on y remarque deux sautes assez plaisantes ; Tune de Pla-tma qui a fait du mot de Calife un successeur de Mahomet ; Tautre du Bon-homme Garase , q u i a conver-ti ce mot en Royaume,en nous parlant gravement du Roi de Calife . Voy.aussi fur le mot de Calife d'íser-
belot ubi sup: au commencement de T article Khalifat.
(d) Voy. dans Chardin tome 4. p. 44. d’autres excès à l’égard à'Aly. Voy. aussi d 'Herbelot Biblioth.Orient, à í’article à’Aly. Certains dévots de fa Secte le croyent encore vivant, & assurent qu’il viendra àla fin du monde dans les nuées, & remplira la terre de justice. On ráeconte aussi de lui des appari-tions &c.
Tome V.
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