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[Volume III.]
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DU MAHOMETISME, 289

faits , ôc qui ont de k majesté Ôc de I agrément tout ensemble, ôc les ins-truisent a être modérés, sages , ôc graves , en un mot a s abstenir de toutesfortes de mauvaises actions , ôc à pratiquer toutes les vertus. Cette Sectede Turcs mérite d'être préférée à toutes les autres. Je plains ceux qui en fontprofession, de n’être pas nés dans l’Egliíé Chrétienne , ôc de n avoir pas étéinstruits dans les mystères du Christianisme.

„ Les (a) Hairetites ou Etonnés , sont bien différais de ceux-ci. ils font ap-pelles de ce nom, parce qu’ils doutent de tout, ôc qù’ils ne déterminent ja-mais rien. Ils ne peuvent souffrir que l’on dispute , ni que l’on íè metteen peine de chercher la vérité. Ils ne prennent jamais a tâche de persuaderni de dissuader aucune chose , ôc disent comme les Académiciens , qu e lemensonge peut être fardé ôc embelli de telle sorte par Padreíïê ôc par la sub-tilité de l’eíprit des hommes, qu’il passera pour une vérité infaillible, ôc quêla vérité au contraire peut être tellement déguisée & travestie par des sophísemes ôc par de faux raisonnemens, quelle paraîtra aussi difforme ôc àuslì hi-deuse que le monsonge. C’est pourquoi ils assurent qu’il n’y a rien que deprobable, ôc que c’est inutilement qu’on s’efforce de prouver quelque chosepar une démonstration. Aussi difent-ils ordinairement , lors qu’il s’agit déquelque point de controverse , Dieu le fait 5 cela nous ejl inconnu. Cependantil ne laistè pas d’y avoir des Prédicateurs de cette Secte , qui de lâ sont éle-vés peu â peu â la charge de Mufti , dans l’exercice de laquelle ils íè com-portent , comme en toute autre chose , avec leur négligence ordinaire, desorte qu’ils sont toujours prêts â signer des sentences en faveur de ceux quiles consultent, en ajoutant presque toujours au bas Dieu connoit ce fui ejl meil-leur. Pour ce qui regarde leur vie Lc leur conduite, ils observent ponctuel-lement les cérémonies de la Religion de Mahomet , ôc les ordonnances desloix civiles. Ils retiennent pourtant toujours quelque chose de leurs inclina-tions naturelles , ôc se laissent quelquefois aller â l’impétuosité de leurs pas-sions. Ils boivent du vin pour ne point paraître d’humeur chagrine ôc inso-ciable ; mais ils prennent ordinairement des sirops où il entre de í’opium ;ce qui sert á augmenter leur stupidité naturelle : de forte que lors qu’ils ontle cerveau rempli des vapeurs de cette drogue , ils demeurent d’accord detout ce qu’on leur propose , quelque contradiction qu’il y puisse avoir dansles choses qu’on leur demande. Ce n’est pas, difent-ils, qu’ils soyent persua-dés de la vérité d’une proposition plutôt que de l'autre , mais ils le íònt parcomplaisance pour leurs amis. Encore qu’ils appellent les Efchrakites , Doo--matistes obstinés ôc opiniâtres , on remarque néanmoins par expérience queles Muftis , qui ont été instruits dans les Ecoles des Efchrakites , ont été beau-coup plus heureux que ceux de la Secte des Hairetites : parce que les pre-miers se réglant fur un principe assuré , ne signoient les (b) Fetfas qu’aveCbien de la précaution, ôc qu’en donnant leur sentence sor des matières impor-tantes, qui regardoient le bien de l’Etat , ils aimoient mieux s’exposer audanger de perdre leur Office , que de décider quelque chose contre leurconscience ; au lieu que les autres ne fàiíànt presque nulle réflexion sor ce

» qu’ils

U) Espece de Pyrrhoniem Mahométans. Leur nom, dit Bespier-, vient d* un mot Arabe, qui signifie é-tonnement.

(b) Fetua ou Fttfa. C’est ainsi qu’on appelle à Constantinople la décision du Mufti fur quelque affai-re que ce soit, civile ou ecclésiastique.

, TrneV. Dddd