ELOGE H I 5
Hiais il n’a eu le sems que d’en donner quatre. Outreses Dissertations fur !'origine de Rits, il s’étoit proposéde publier une Bibliothèque Liturgique , où non-seu-lement il auroit indiqué tous les Ouvrages imprimez &manuscrits , mais où on auroit encore trouvé entiers lesManuscrits les plus rares, illustrez de Notes.., Il est àsouhaiter que quelqu’un de ses Confrères, profite desrecueils léguez à saint Magloire , & qu’il continue unOuvrage fi utile & fi important.
Le premier volume parut en 1716. sous ce titre: Ex-plication littérale , hiflorique , s dogmatique des Prières ,Q- des Cérémonies de la Messe , selon les anciens tuteurs ,C? les Monument de la plupart des Eglises ; avec des Dis-sertations es des Notes , fur les endroits difficiles es fur l’o-rigine des Rits. A Paris chez Delaulne in 8. Ce titre futun peu changé en 1726. Les Evêques & les Docteursqui ont approuvé cet Ouvrage , parlent honorablementtic l’Auteur & du livre. M. deFleury, ancien Evêquede Frejus , aujourd’hui Cardinal & Ministre , est dunombre de ces illustres Approbateurs. Ce premier volu-me fut dédié à M. le Cardinal de Noailles : mais l’E-pitre dédicatoire a été supprimée pari’Auteur, quelquesannées avant fa mort.
Les personnes exemtes de paffion , applaudirent auxrecherches de l’Auteur; mais la Critique des Ouvragesliturgiques de D. Claude de Vert , leur parut un peutrop vive, & trop chargée de réflexions morales.
Deux ans après l’impreffion de ce premier volume,le P. le Brun fut attaqué dans un écrit intitulé : Let-tre d'un Curé du Diocés de-Paris k routeur du Journalde Trévoux , touchant le Sacrifice de la Messe. Paris 1712.in 12. A l’occasion de cette lettre écrite d’une manièrecaptieuse , & où l’on fait semblant d’attaquer les Jour-nalistes de Trévoux, le P. le Brun répond à ces quatrequestions. 1. Quel est , selon les anciens Auteurs, levrai sens des paroles du Canon , qui tibi offerunt. 2. Siles Fidèles laïques offrent véritablement le Sacrifice avecle Prêtre, z. S’ils sacrifient conjointement avec lui. 4.Si l’on peut dire de même q u'ils consacrent avec lui. Ilenseigne p. 14. „ que la Consécration exceptée & l’u-„ nion du Corps mystique bien entendue, les Fidèles,, prient, offrent, & sacrifient.conjointement avec le,, Prêtre , pareequ’ils concourent tous en leur manière» 311 Sacrifice ”. Cette réponse qui est de quinze pa-ges in 8. Paris 1718. chez Delaulne, est intitulée: Let-tre du Père le Brun , Prêtre de POratoire , touchant lapart qu'ont les fidèles k,la célébration de la Messe.
Durant la même année, le P. le Brun publia un abré-gé de ce premier volume fous ce titre : Manuel pour as-fìfter k la Messe & aux autres Offices de /’ Eglise , f pourpafir chrétiennement la journée. Paris 1718. in 18. II enpublia une seconde édition fort augmentée en 172.7. in18. & la dédia à Madame la Princesse de Conti III.Douairière.
Mais rien ne donna plus d’éclat à la réputation duP. le Brun, que les trois volumes liturgiques publiez en1726. fous ce titre : Explication de la Messe contenantdes Dissertations historiques f dogmatiques fur les Liturgiesde toutes les Eglises du monde Chrétien , ou l'onvoit cesLiturgies , le tems auquel elles ont été écrites , commentelles fe j ont répandues conservées dans tous les Patriar-ches , leur uniformité dans tout ce qu’il j a d'essentiel aúsacrifice , s cette uniformité abandonnée par les Scalairesdu 16. fécle , Paris in 8. chez la veuve Delaulne. I.esdeux premiers volumes contiennent prelque toutes lesLiturgies du monde chrétien , où se trouve une entièreuniformité dans ce qu’il y a d’essentiel au Sacrifice dela Messe; & le troisième contient les Liturgies des Sec-taires qui ont abandonné cette uniformité. Comme cesdernières Liturgies ne suffisoient pas pour faire un vo-lume , il y a ajouté une longue dissertation fur le silenced’une partie des Prières de la Messe.
Cet Ouvrage qui renferme une infinité de choses cu-rieuses, donne une haute idée de l’érudition de Y Au-teur. Toutes les difficultez qui fe rencontrent dans lesLiturgies y font doctement éclaircies ; Dogme, Points
TORIQUE, vii
historiques, Rits, tout est discuté avec foin ; & ct quiparoit d’une manière supérieure à toutes les difficultezqu’on peut opposer , est le consentement de toutes lesEglises chrétiennes fur l’essentiel du Sacrifice , fur laPrésence réelle , fur la Transubstantiation, sur l’Invo-cation des Saints, & fur 1 a Prière pour les Morts, enun mot fur tous les Dogmes exprimez dans la Liturgiede l’Eglise Romaine , & sur les principales cérémoniesde la Messe.
Auffi ces trois volumes lui attirèrent les éloges desplus íâvans hommes de la France, des Pays étrangers,& surtout d’Italie. Ce sut à la sollicitation de quelquesfavans Italiens, qu’il avoit commencé à faire travailler àune Traduction Latine de son Ouvrage. Les trois volu-mes publiez en 17 26'. dévoient être dédiez au Clergéde France , & j’ai lu l’Epitre Dédicatoire imprimée :mais quelques contretems la firent supprimer.
Le P. le Brun examinant la Liturgie Arménienne,observe que la\Priére de l’Invocation, pour demander lechangement du pain & du vin au Corps & au Sang deJ e s u s-C h r 1 st , se trouve après les paroles de l’In-stitution, & qu’il y est marqué en termes formels, quele changement n’est fait qu’après cette Invocation. Ilprend occasion de discuter si la Liturgie Arménienneest altérée, &c. & par quelles paroles s’opére la Consé-cration. Après avoir prouvé l’intégrité de cette Litur-gie, il sourient que la Consécration se fàít par les paro-les de Jesus-Christ & par la Prière de l’Eglise;il s’appuye fur les Liturgies qui contiennent les parolesde l’Institution & la Prière de l’Invocation, & fur lestémoignages des Auteurs Ecclésiastiques des douze pre-miers siécles. Il avoue (a) cependant que le commundes Scholastiques du XIII. siécle, occupez des vues dematière & de forme, ont voulu des paroles précises pourla forme de la Consécration , & que les mêmes parolespar lesquelles | e s u s-C h r i s t a consacré, soient auffiles mêmes par lesquelles les Prêtres consacrent.
Le sentiment de ceux qui soutiennent que l’Invocationou la Prière doit être nécessairement jointe aux parolesdu Seigneur , soit qu’elle précède , soit qu’elle suive,est encore appuyé de la définition d’un Concile Romaintenu sous Grégoire VII., dont l’autorité est supérieureà celle des Scholastiques. Cependant l’opinion qui faitconsister la forme de la Consécration dans les seules pa-roles de J e s u s-C n RiST, régné depuis longtems dansles Ecoles Catholiques. L’Eglise n’a rien décidé expres-sément sur cet article : ainsi on ne sauroit blâmer lesThéologiens qui Rappliquent à éclaircir un point si dé-licat.
De tous ces faits qui paroissent incontestables, il estaisé de conclure qu’il est permis de soutenir l’une oul’autre opinion, pourvu qu’on ne s’ingére pas de déci-der la question , & qu’on se borne à des réflexions &à des recherches. Il me paroit que le P. le Brun nes’estpoint écarté de ces régies ; puisque trente neuf Docteursen Théologie ont approuvé son opinion, qui certaine-ment avoit déja été soutenue par plusieurs Théologiens.
Cependant le P. le Brun a été auffi vivement atta-qué , que s’il avoit combattu un Dogme de foi » ou en-fanté une opinion nouvelle. Le P. Bougeant Jésuite,un de ses Critiques , lui a reproché d'attaquer ouverte-ment un fintiment que l’Eglise , Gréque s Latine , a tou-jours confiamment enfiigné. Peu s’en faut que le sentimentqui établit la forme de la Consécration dans les feulesparoles de J. C. ne soit de foi, quoiqu’il ne se trouveni dans l’Ecriture, ni dans la Tradition, ni dans les dé-finitions des Conciles.
Si le P. Bougeant s’étoit contenté d’appuyer son opi-nion , & d’énerver la force des raisonnemens de son ad-versaire , le P. le Brun n’auroit pas eu lieu de se plain-dre de l’écrit publié, sous ce titre , Réfutation de laDissertation du Père le Brun , fur la forme de la Consé-cration de /’ Eucharistie, adressé k l’Auteur par le P. Bou-geant de la Compagnie de Jésus. Paris, 2727- m 12.,
par-
(*) Tome 2, pag, rrp.
^ % £