DES SUPER
& fidélité , soit qu’on les voye d’une maniéré sensible,ou qu’on s’imagine les voir.
2. Quand on les invoque expressément par le ministè-re d’autrui, soit qu’on appréhende de les voir & de trai-ter visiblement avec eux ; soit qu’on croye obtenir plusfacilement d’eux ce qu’on souhaite par l’entrëmise despersonnes qui leur font affidées & qui ont beaucoup deliaison avec eux.
3. Quand on fait quelque chose qu’on leur attribue,ou dont on attend V effet d’eux, ainsi qu’enseignent (á)S. Themas, le Cardinal Cajetan & le Docteur Navarre.
De quelqu’une de ces trois maniérés qu’on les invo-que , on ne le peut faire fans Superstition, parce qu’onleur rend un culte qui n’est deu qu’à Dieu, qui veut
S T I T I O N S. 19
,, toute l’efficacité des paroles, pour saintes qu’elleí„ soient, en quelque circonstance vaine & inutile»
„ comme si on croyoit que pour guérir un malade,, il faut dire trois Pater avant le Soleil levé.
„ Le Cardinal le Camus Evêque de Grenoble dit la mê-„ me chose en! cette matière ; (g) E es Curez auront foin,, en général de faire connoître aux peuples, que c’est,, une Superstition damnable dans la practique, lorsqu’on,, sait consister toute I’efficacité des paroles, pour saintes„ qu’elles soient, en quelque circonstance vaine &inu-j, tile, comme si l’ón croyoit qu’il faut dire cinq Pater,, avant le soleil levé pour guérir un malade
2. Quand aux causes naturelles, & qui peuvent pro-duire naturellement certains effets, on ajoute des carac-
que nous n’adorions & que nous ne servions que lui teres óu des figures qui signifient quelque chose, (h) &seul (ê). qui se raportent aux Démons qui en connoissent l’adreffe
On fait un pacte tacite avec les Démons, lorsque fans & le secret : comme si pour se purger on ne vouloirconvenir expressément avec eux de quoique ce soit, sans prendre une infusion de Séné, que dans un vase de fi-les invoquer visiblement, ni par soi-même, ni par au- gure oblongue, ovale ou quarrée, & fur lequel les deuxtrui, fans leur attribuer ce que l’on fait & sans'en atten- pretnieres lettres de l’Alphabet fussent écrites,dre l’effet d’eux , l’on fe sert de certaines choses qui z. Quand on se sert des causes naturelles pour produi-n’ont nulle vertu, ni naturelle, ni surnaturelle pour pro- re des effets surnaturels, comme font ceux qui pour dé-duire ce qu’on en espere, & qui ne sont ni d’institution couvrir les pensées les plus sécrétés des hommes, ou pourdivine, ni destitution Ecclésiastique. guérir en un moment certaines maladies des hommes ou
Or cela peut arriver en huit maniérés, selon le senti- des bêtes, («) employeur des Plantes où des Arbres L
ment des Théologiens (c).
i. Quand on fait les choses avec certaines conditionsvaines & inutiles, que l’on croit néanmoins neceíïàires,comme quand on fait fort fur des paroles de l’Ecriture-Sainte ou des offices divins, pourveu qu’elles soient écri-tes d’une certaine façon, fur certaine matière, à certain
qui la nature n’a point donné cette vertu.
4. Quand pour produire certains effets on use demots inconnus, & dont on ne fçait pas la force, com-me quand on prononce trois fois Onasages , pour guérirle mal de dents , ou que l'on dit, (kj Sista , Pista ,Pista , Xista , pour n’avoir plus mal à la cuisse. C’est
temps & à certaine heure ; ou quand on porte fur foi ce que nous apprennent les Evêques de Genève, que
certaines herbes, ou certaines feuilles cueillies â certains .. J 1 ' '.““ '
jours & à certains momens : ce qui ne peut être confor-me ni au culte de Dieu, ni à la droite raison. C’est ceque nous marque Martin de Arles dans son Traité desSuperstitions (d).
Celui-là tomberoit dans cette Superstition qui croi-roit qu’en portant fur soi l’Evangile In trincmo eral
nous venons de citer, lorfqu’ils affeurent : (/) ,, Qu’il» y a de la Superstition si les noms ou caractères dont„ on se sert, sont inconnus ou obscurs, tels que sont„ ceux que l’on trouve dans les brevets, dont on se sert„ pour guérir la fièvre, ou autre maladie ". Sur quoiMartin de Arles fait cette remarque :
(m) Qttodstdtcas , fmt nompui Graca & sacra , dicotìbì
Ferbum , &c. escrit sur du parchemin vierge, & renier- tjstod ms Latini ignorantes lìnguam Gracam, non e e-
mé dans un tuyau de plume d’oye, le premier Diman* mus utì eis propter fufpicionem , non enim défunt no tster -
che de Vannée, une heure avant le Soleil-levé , ilseroit mini Latini Serments f ne qmramus noms termtnoî
invulnérable, & fe garentiroit de quantité de maux. iòracos & fajjettos in tait materia. Amsi nous e-
C’est la pensée dé Jean Ftançois Bon homme Évêque vons tenir au moins pour suspects tous les mots au que s
de Verceil, dans les Décréts de fa visite Apostolique, on attribue des effets extraordinaires, lors qu on nous
(e) ou après avoir condamné en particulier certaines pràt-tiques Superstitieuses, ne pouvant les spécifier toutes parle menu & en détail j il donne cette marque pour les re-connoître : „ Et parce que Nous ne pouvons pas aisé-„ ment comprendre dans ce Decret toutes les differen-„ tes espèces de Superstitions, Nous déclarons super-,, stitieuses en général toutes les choses qui se font, én,, y observant indéfiniment, certain temps , cértain„ nombre & certain lieii, comme étant contraires au,, vrai culte de Dieu Sc à Vusagê de la; sainte Eglise Ca-,, tholique. ; , ■
C’est ausii la pensée dé 8. François de Sales & de Mon-sieur d’Aranton d’Alex , Evêques de Genève dans lèurs„ Constitutions & Instructions Synodales , où Us disent ,
„ if) Qffil y a Superstition autant de fois que l’on met
(*) r. 2. q. a. z. 8. Th. in fiunc locum S. 'Thom. Caj tMv. In Manuaí. e. u. n. 22» ^,
(í) Dominum Deum tuum adorabis 8c ilíi íoli ieryies. Mafth. 4.(c) Narrait, in Manual- c. n.'n. 22. Tolet. IxEià Sacèr. \,4. e. 14, n. 6. Estius in 2. Sent. dist. t. n. 2t. s
{d) Supçrstitìoíœ s un t qu*dam vetube aisigentes quasdam Char-tulas sive nomina vulgariter appellata , etiam cum vérbïs Çathcji-cis, sed dicentes has nihil proficere nisi scribantur irí chárta virgi-nea, & seipendantur yeríûs íolem cum tribus filis tortis manibusalicujus puelte Virginis nomine Mariae gc quod illi ligatur, velcuialiquam herbam pro sanandis febribus comedere dederint, nihilhoc valere dicunt nisi verses folem in íuo ortu genibus flexis accí-P'at, ut mihi febricitanti nonnunquanv quandam vetulam dixiflbmemini-, Hoc inqUam superstitiosiutt est Btvanum St omni ratio-ne caréns. •
(e) Tit. de Superstition.
(/) 1. Part. Tit. 3. c. u; n. 3. Caj«t. ia Sum. V. mcmtarioNavarre & Tolet. sepr.
les propose en une langue qui nous est inconnue.
5. Quand on employé quelques paroles de l’Ecriture-sainte pour produire de vains effets, comme pour fairemouvoir un anneau fur un fil, ou pour tourner un cri-ble |ou un sas (n). C’est ce que nous enseignent austìles mêmes Evêques par ces paroles : ,, II y a encore de,, la Superstition , quand ce que l’on fait, est vain &„ frivole, comme lorsque disant certaines paroles on fait„ remuer un anneau fans le toucher.
En effet, ce ne font pas les paroles de l’Ecriture Sain-te qui font mouvoir Vanneau ou tourner lésas; maisc’est le Diable lui même qui produit ces deux effets,afin de se faire honorer par ceux qui prononcent les pa-roles sacrées dont on use en ces occasions.
(0) A ce propos le Cardinal Cajetan témoigne qu’unjòur ayant pris un fil & un anneau, il prononça le Ver-set du Pfeauthe, qui fait remuer Vanneau, en protestant
qu’il
(£) Orâonni Synod. Tit. 1. Art. 3. n. 11^
(h) Cajetan, Navarre 8t Tolet. ibid.fi) Cajetan] gé Navarre ibid.
(fe) Cajetan Navarre 8c Tolet. ibid.
(i) Ibid.
(w) Tract, de Superstitionib.
(») Ibid.
(o) In Sum. V. incantatio. Sciant lectores ", dit-il, quòd volainoix experiii, scà convincere hujusinodi diabolicam Institutionemad effectus vanos, propter utilitatem Fidelium. Accepto nanaquesilo gc annulo , protestatus sem quòd versem illum sacrum Deo.vero, cui à Psalmista dirigitur , dicebam, gc non tanquam insti-tutum ad movendum annulum , gc sic dixi versiculum illum , ocannulas non est motus, ut hinc cognoscant omnes quod tune Dw~tolus movet annulum. quando verses ilìc dicitur ei, utipíe ìníti»tuit.
E L