DES SUPERSTITIO N S.
qu’il le prononçoit en l’honneur de Dieu, & non pas àdessein de faire mouvoir banneau , fans que l’anncaubrahlast en aucune maniéré.
La même chose est arrivée à plusieurs personnes àl’é-gard du sas qu’ils n J ont jamais pû faire tourner, parcequ’avant que de l’entreprendre , ils avoient renoncé àtoutes forte, de pacte avec les Démons, quoiqu’ils eus-sent dit tous les mots, & observé toutes les cérémoniesneceslaires pour cela.
6. Qúánd les paroles que l’on prononce pour pro-duire certains effets extraordinaires, cohtiennent quel-que fausseté, (a) comme qui dìroit que Jésus-Christ a eu les fièvres , ou les gouttes, & qu’al-lant au Calvaire pour y être crucifié & y souffrir lamort, il chanta des charits d’allegreffe, ou qne la sainteVierge a été à Rome ou a Paris. Car on ne peut pasattendre de Dieii, qui est la vérité même, les effets d u-ne fausseté; & il y a lieu de leS attendre du Diable, quiest le père du mensonge. Ainsi il est vrai de dire quecette oraison est superstitieuse : „ La sainte Vierge pas-,, sant le Jourdain, S. Etienne la rencoíitra, &c.
7. Quand pour obtenir l’effet de ses prières, on yméfié des Histoires apocryphes òu incertaines, commeil y en a quantité dans la Légende dorc'e, & dans le Mi-roir des Exemples ; (b) parce qu’il seroit bien étrangeque ces sortes d’Histoires tirassent de Dieu la vertuqu’on leur attribue , &-que celles qui font véritables& constantes, ne l’en tirassent pas. (c) Cette remarqueest encore des deux Evêques de Genève, dont voiciies mots : „ Enfin il y a de la Superstition, lorsque„ l’on mefle dans les braisons certaines Histoires apocry-j, phes &c incertaines ”.
8. Quand les effets que l’on attend surpassent la ver-tu du moyen dont on se sert pour les produire, com-me quand on promet avec certitude, qu’en récitant cer-taines oraisons, ou ert prononçant certaines paroles , ehportant certains signes extérieurs, on ne moitra point enpéché mortel, oh tiè fera point blessé dans les combats,on obtiendra de Dieu tout ce qu’on lui demandera, ondélivrera une ame du Purgatoire, on verra la sainte Vier-ge avant que de mourir, on ne demeurera en Purgatoi-re qu’un certain temps, &c.
A cette marque il est facile de reconnoître la Sûpersti-
{tt) Cajetan & Navarre ibid.
\b) Cajetan ibid.
(r) Ibid.
tion de la Priere ridicule que l’on appelle la. Patenostrtblanche , dont les Zélateurs qui font en assez grand nom-bre , & surtout à la campagne, promettent infaillible-ment le Paradis à ceux qui la disent tous les jours. Voi-ci ce qu’elle porte : „ Petite Patenstre blanche que Dieu„ dit, que Dieu mit en Paradis. Au soir m’allant coti-,, cher , je trouvis trois Anges à mon lit couchez, un„ âux pieds, deux au chevet, la bonne Vierge Marie,, au milieu, qui me dit, que je m’y couchis, que„ rien ne doutis, le bon Dieu est mon Pere, la bonne„ Vierge est ma, mere, les trois Apôtres sont mes frë-„ res , les trois Vierges sont mes sœurs. La chemise,, ou Dieu fut né, mon corps en est enveloppé, la
Croix sainte Marguerite, à ma poitrine est éctitë ,„ Madame s’en va fur les champs à Dieu pleurant,,, rencontrât Monsieur S. Jean. Monsieur S.Jean d’oii„ venez ? Je viens à’Ave falús. Vous n’avçz point„ veu le bon Dieu ? Si Dame, fiez il est dans l’arbre,, de la Croix, les pieds pendants ,* les mains clouants.,, un petit chapeau d’espine blanche sur la tête. Qui„ la dira trois fois au soir , trois fois aù matin, ga-„ griera lé Paradis à la fin.
Oh en peut dire autant de cette autre priere qu’orihomme ordinairement la barbe k Dieu, & dont voiciles paroles : „ Pécheurs & pecheresses venez à moi„ parler , le cœur me deût bien trembler au ventre„ comme fait la feuille au tremble , comme fait la„ Loisonni quand elle voit qu’il faut venir fur une„ petite planche , qui n’est plus grosse ni plus mem-„ bre, que trois clieveux de femme grosse ensemble.
„ Ceux qui la Barbe à Dieu sçairont, pardessus là„ planche passeront , & ceux qui né la sçairont , au,, bout de la planche s’aíiseront , criront , brairont,
„ mon Dieu, helas malheureux état, comme petit en-,, fant est que la Barbe à Dieu n’apprend ”, Unseul Dieu tu adoreras, &c.
Ces, huit maniérés de faire un pacte tacite avec leáDémons étant ainsi expliquées, il ne faut qu’une lu-mière médiocre pour les appliquer en particulier à uneinfinité de pratiques superstitieuses ausquelles elles peu-vént convenir. Et dés lors qu’une chose se raporte-ra à quelqu’une de ces maniérés, on poura dire sess*rement qu'elle aura un caractère de Superstition.
Après avoir parlé des Réglés par lesquelles on peutdécouvrir la Superstition, il est nécessaire de traiter âèses différentes espèces.