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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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T R A I T É

DES

SUPERSTITIONS.

LIVRE SECOND.

CHAPITRE PREMIER.

D» culte indeu , pernicieux ou faux . En quoi consiste ce culte ? jQuil est superstitieux.Elue ceux qui proposent de faux Miracles , de fausses Révélations , de fausses Reliques ,de fausses Images & de faux Saints , tombent dans cette Superstition } précautions de l y E~glife , Réflexions de M. Godeau.

EIl y a de la Superstition à rendreun culte divin à qui on ne le doitpas, ou de la maniéré quon ne ledoit pas, il est fans doute que leculte Indeu ou pernicieux du vrayDieu, ce culte extérieur qui est op-posé à la vérité de la foi de T Egli-se , est superstitieux & quon ne le peut rendre sans pé-cher mortellement, (a) suivant la doctrine du CardinalCajetan, du Cardinal Tolet & de plusieurs autres Théo-logiens.

Le culte Indeu ou pernicieux du vrai Dieu , est celuiqui signifie une chose fausse , de quelque maniéré quilL signifie, (b) D vient quil est aussi appellé fauxculte, par les Théologiens.

Tel est celui des Juifs daujourdhui, qui après lac-complissement des mystères de la foi de J e s u s-Christ , represente ces mêmes mystères comme né-tant point encore accomplis, par les cérémonies de laLoi Mosaïque. Tel seroit aussi celui quun Chrétienrendroit au vrai Dieu , en observant les cérémonies desMahométans ou de quelquautre secte Infidèle. Tel se-jroit enfin la Messe d'une personne qui nauroit pas lecaractère de Prêtre.

Cest de ce faux & pernicieux culte dont S. Augus-tin tâche de nous détourner , lorsquil dit, (c) Quenous ne devons pas faire consister nôtre pieté & nôtreReligion dans nos imaginations , parce que la moindreventé du monde est préférable aux fausset ez les plusspécieuses & les mieux concertées.

On se rend coupable de ce péché, loríquon invente,bu quon propose de faux miracles,, afin de les fairecroire & de leur donner cours. Aussi le Venerable Gui-hert , Abbé Nogent fous Coucy dans le Diocèse deLaon , remarque fort bien que comme lon doit avoirde lestime * de la pieté, & de la Religion (d) pour les

miracles qui font évídens & indubitables, de rhême fortdoit témoigner beaucoup d'aversion pour ceux qui fontcontrouvez & faits à plaisir. Car , dit-il, celui quiattribue à Dieu des choses ausquelles il na jamais pen-, fait ses efforts pour obliger Dieu de mentir.

Cest pour cela que lEglife a apporté tant de précau-tions pour la publication des miracles ; Que le ConciledAix-la-Chapelle en 816. ( e ) blâme certains Evêquesqui faisoient servir les miracles à leur avarice ; Et quele Concile Provincial de Noyon en 1344. (f) défendaux Prêtres & aux autres Ecclésiastiques de publier dansleurs Paroisses & dans leurs Eglises aucuns nouveauxmiracles fans la participation des Évêques.

Le Concile de Trente (g) , le Concile Provincial deCambray (^) en 156;. le 4 Concile Provincial de Mi-lan (i) en 1576. le Concile Provincial dAix ( 4 ) en1585. & celui dAquilée (/) en 1596. ont défendu lamême chose. Cest auífi ce quont sait de nôtre tempsplusieurs Evêques dans les Statuts Synodaux de leursDiocèses. ,, Sur lavis qui Nous a été donne (dit Mon- sieur le Gouverneur Evêque de S. Adalo ) (m) Que certains Recteurs & Curez ignorans fe font trouvez si téméraires, que daller par Superstition ridicule exaucer , comme ils disent, pour miracles, des éve- nemens ordinaires & naturels: Nous défendons à tou- tes personnes dadmettre ni publier aucuns nouveaux miracles , ni recevoir ou exposer en public aucunes,, nouvelles Reliques, fans lapprobation, licence & per- mission expresse de nôtre Saint Pere le Pape , ou de Nous, après que nous aurions Reconnu 8 c remarqué par effets manifestes & témoins irréprochables la ve-,, rité de la chose : fur peine dexcommunication & da-,, mende arbitraire.

Monsieur Godeau , Evêque de Vence ne parle pasavec moins de force fur cette matière dans ses Ordon-nances & Instructions Synodales. . ,, (») Sous griefves

(a) In. 2. 2. q. 93- a. 1. L. 4. Instr. Sacer. c. 14. n. 1.

{b) Loc. cit. Si per cultum exteriorem (dit S. Thomas) aliquidfalíiim significctur, erit cultus pernicioíùs,

(c) Lib. de vera Relig. c. 55. Non fit nobis Religio in phan-tasmatibus nostris. Menus est enìm qualecumque verum , quàm°Œne quidquid pro arbitrio fingi potest.

(f Lib; 1, de Sandfis 8c eor. pignerìb. c. z . n. 5*. Sicut evi-dentia 8c indubia sunt prsecordialiter affectanda, ita fucis aliquibusnon fàcta se d fifta , diris íùnt animadversionibus punienda. Quienim Deo quod ne quidem dubitavit , adfcribit , quantum ia seest Deum mentiri cogit.

,, per-se) L. 1. n. ;8.

(/) C. 12. Ne miracula qu* de novo dicunt evenire in fuis la-cis vel Ecciesiis, solemniìent in publico, Ordinaiio íùo super hocinconsulto.

(g) SeíT.>.<;. Decret de Invocat. 88. 8cc.

{h) Tit. 20. c. f.

(i) Constit. p. 1. tit. 2.

(k) Tit. de Reliq.

(i) Rubr. 15. de Reliq. 88.

(m) Stat. Synod. de S. Malo, art. 14.

(») Tit. n. 6.

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