T R A I T É
DES
SUPERSTITIONS.
LIVRE SECOND.
CHAPITRE PREMIER.
D» culte indeu , pernicieux ou faux . En quoi consiste ce culte ? jQu’il est superstitieux.Elue ceux qui proposent de faux Miracles , de fausses Révélations , de fausses Reliques ,de fausses Images & de faux Saints , tombent dans cette Superstition } précautions de l y E~glife , Réflexions de M. Godeau.
E’Il y a de la Superstition à rendreun culte divin à qui on ne le doitpas, ou de la maniéré qu’on ne ledoit pas, il est fans doute que leculte Indeu ou pernicieux• du vrayDieu, ce culte extérieur qui est op-posé à la vérité de la foi de T Egli-se , est superstitieux & qu’on ne le peut rendre sans pé-cher mortellement, (a) suivant la doctrine du CardinalCajetan, du Cardinal Tolet & de plusieurs autres Théo-logiens.
Le culte Indeu ou pernicieux du vrai Dieu , est celuiqui signifie une chose fausse , de quelque maniéré qu’ilL signifie, (b) D’où vient qu’il est aussi appellé fauxculte, par les Théologiens.
Tel est celui des Juifs d’aujourd’hui, qui après l’ac-complissement des mystères de la foi de J e s u s-Christ , represente ces mêmes mystères comme n’é-tant point encore accomplis, par les cérémonies de laLoi Mosaïque. Tel seroit aussi celui qu’un Chrétienrendroit au vrai Dieu , en observant les cérémonies desMahométans ou de quelqu’autre secte Infidèle. Tel se-jroit enfin la Messe d'une personne qui n’auroit pas lecaractère de Prêtre.
C’est de ce faux & pernicieux culte dont S. Augus-tin tâche de nous détourner , lorsqu’il dit, (c) Quenous ne devons pas faire consister nôtre pieté & nôtreReligion dans nos imaginations , parce que la moindreventé du monde est préférable aux fausset ez les plusspécieuses & les mieux concertées.
On se rend coupable de ce péché, loríqu’on invente,bu qu’on propose de faux miracles,, afin de les fairecroire & de leur donner cours. Aussi le Venerable Gui-hert , Abbé dé Nogent fous Coucy dans le Diocèse de■Laon , remarque fort bien que comme l’on doit avoirde l’estime * de la pieté, & de la Religion (d) pour les
miracles qui font évídens & indubitables, de rhême fortdoit témoigner beaucoup d'aversion pour ceux qui fontcontrouvez & faits à plaisir. Car , dit-il, celui quiattribue à Dieu des choses ausquelles il n’a jamais pen-sé, fait ses efforts pour obliger Dieu de mentir.
C’est pour cela que l’Eglife a apporté tant de précau-tions pour la publication des miracles ; Que le Conciled’Aix-la-Chapelle en 816. ( e ) blâme certains Evêquesqui faisoient servir les miracles à leur avarice ; Et quele Concile Provincial de Noyon en 1344. (f) défendaux Prêtres & aux autres Ecclésiastiques de publier dansleurs Paroisses & dans leurs Eglises aucuns nouveauxmiracles fans la participation des Évêques.
Le Concile de Trente (g) , le Concile Provincial deCambray (^) en 156;. le 4 Concile Provincial de Mi-lan (i) en 1576. le Concile Provincial d’Aix ( 4 ) en1585. & celui d’Aquilée (/) en 1596. ont défendu lamême chose. C’est auífi ce qu’ont sait de nôtre tempsplusieurs Evêques dans les Statuts Synodaux de leursDiocèses. ,, Sur l’avis qui Nous a été donne (dit Mon-„ sieur le Gouverneur Evêque de S. Adalo ) (m) Que„ certains Recteurs & Curez ignorans fe font trouvez„ si téméraires, que d’aller par Superstition ridicule„ exaucer , comme ils disent, pour miracles, des éve-„ nemens ordinaires & naturels: Nous défendons à tou-„ tes personnes d’admettre ni publier aucuns nouveaux„ miracles , ni recevoir ou exposer en public aucunes,, nouvelles Reliques, fans l’approbation, licence & per-„ mission expresse de nôtre Saint Pere le Pape , ou de„ Nous, après que nous aurions Reconnu 8 c remarqué„ par effets manifestes & témoins irréprochables la ve-,, rité de la chose : fur peine d’excommunication & d’a-,, mende arbitraire.
Monsieur Godeau , Evêque de Vence ne parle pasavec moins de force fur cette matière dans ses Ordon-nances & Instructions Synodales. . ,, (») Sous griefves
(a) In. 2. 2. q. 93- a. 1. L. 4. Instr. Sacer. c. 14. n. 1.
{b) Loc. cit. Si per cultum exteriorem (dit S. Thomas) aliquidfalíiim significctur, erit cultus pernicioíùs,
(c) Lib. de vera Relig. c. 55. Non fit nobis Religio in phan-tasmatibus nostris. Menus est enìm qualecumque verum , quàm°Œne quidquid pro arbitrio fingi potest.
(f Lib; 1, de Sandfis 8c eor. pignerìb. c. z . n. 5*. Sicut evi-dentia 8c indubia sunt prsecordialiter affectanda, ita fucis aliquibusnon fàcta se d fifta , diris íùnt animadversionibus punienda. Quienim Deo quod ne quidem dubitavit , adfcribit , quantum ia seest Deum mentiri cogit.
,, per-se) L. 1. n. ;8.
(/) C. 12. Ne miracula qu* de novo dicunt evenire in fuis la-cis vel Ecciesiis, solemniìent in publico, Ordinaiio íùo super hocinconsulto.
(g) SeíT. ■>.<;. Decret de Invocat. 88. 8cc.
{h) Tit. 20. c. f.
(i) Constit. p. 1. tit. 2.
(k) Tit. de Reliq.
(i) Rubr. 15. de Reliq. 88.
(m) Stat. Synod. de S. Malo, art. 14.
(») Tit. n. 6.
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