DES SUPER
M Comme saint Charles faisoit la visite de l’Eglise de„ Liano sur la riviere de Garde , il aprit qu’il y avoitS , proche de cette Eglise un tombeau de pierre qui ren-„ fèrmoit des Reliques qu’on honoroit comme de ve-,, ritables Reliques des Saints. Car le bruit étoit qu’u-,» ne nuit, la veille de S. Pierre aux liens, il étoit sorti„ de ces Reliques une si grande abondance d’eau , que„ tout le cercueil en avoir été rempli ; Et quoi qu’une„ grande multitude de personnes des lieux circonvoisins„ y fussent accourus pour prendre de cette eau , la li-„ queur néanmoins n’étoit aucunement diminuée, mais„ la tombe en étoit toujours aussi pleine.... Ce Car-„ dinal donc, qui avoit un fort grand respect pour tou-„ tes les Reliques qu'il rencontroit, voulut voir celles-,) ci & les examiner, afin de pouvoir ensuite en recom-„ mander plus particulièrement la vénération au peuple.
„ Ce qui fut cause que l’on commença à dire en Pro-,, verbe , que ” le Cardinal Borromée ne laijsoit en repos„ ni les vivaris ni les morts. Enfin il résolut de visiter,, ces Reliques, & s’informa d’où elles venoient. Mais„ n’en pouvant rien découvrir de certain, cela le fit„ entrer en soupçon de quelque tromperie du Démon.
„ Pour s’en éclaircir il commença à vuider l'eau du„ cercueil , & a mettre toutes les Reliques à sec ; puis,, il les donna en garde à trois Prêtres fideles la nuitmême que l’eau avoit accoutumé d’en couler. Ce-„ pendant il ne parut aucune liqueur , & il reconnut,, aussi-tôt la fourberie. Si bien que pour remedier à,, ce mal, il fit faire une fosse dans laquelle il enterra,-, tant les Reliques que le cercueil, afin qu’après celapersonne n’eût occasion de rendre honneur ni à l’un,
„ ni à l’autre. Cette action donna beaucoup d’admi-„ ration à tous les Habitans du lieu , & ils commence-„ rent à regarder le Cardinal comme un Saint-Homme,
„ qui étoit rempli de l’Esprit de Dieu.
Toutes ces précautions des Conciles & des Evêquesú’émpêchent pas qu’il n’y ait encore aujourd’hui desMoines, & même des Moines riches & rentes, qui fontta honteux trafic de Reliques incertaines , supposées,ou absolument fausses.
Les Moines de S. Germ. D. Pr. ceignent les femmesgrosses d’une ceinture de Sainte Marguerite , dont ilsne sauraient dire l’Histoire fans s’expofer à la risée duinonde sçavant. Ils assurent néanmoins ces femmes,qu’elles feront heureusement delivrées de leur grossessepar la vertu miraculeuse de cette ceinture. Dans cetteassurance elles font des oblations & des présents à lachapelle dé Sainte Marguerite , elfes sc font dire des E-vangiles & des Messes, dont les rétributions tournentau profit du Monastère , qui est un des plus aisés duRoyaume*
Les Moines-de C. dans le Diocèse de C. se vantentd’avoir le Prépuce de Notre Seigneur , que les bonnesgens de ce Païs-là appellent le S* Precipuce , & ils lemontrent aux femmes grosses enchâssé dans un Reliquai-re d’argent, afin qu’elles puissent accoucher fans peine ;ce qui leur attire aussi des Oblations, des Euangiles &des Messes en grande quantité.
On peut cependant juger de la certitude de cette Re-fsoue par ce que rapporte le Jésuite Santarel dans sonTraite du Jubile (a) , que le Prépuce de Notre Sei-gneur étoit à Rome , parmi les Reliques de S. Jean deLatran -, lorsque cette Capitale du Monde fut assiégéepar Charles V. en iZrs. Calvin dit aussi dans soniTraité des Reliques,, (b) que le Prépuce de Notre Sei-gneur se montre à Rome & à S. Jean de Latran , quel’Abbaye de Chauroux au Diocèse de Poitiers se vantede l’avoir , & qu'on en voit encore un autre à Hildes-heim en Allemagne. II ne peut néanmoins y en avoirqu’un, puisque Notre Seigneur n'a été circoncis qu’u-ne fois.
( Les Moines de Vendôme, sous le spécieux pretexted’une Tradition populaire , ^imaginent avoir dans leur
(/») C. 17, dubio. 3’
(£) Ante med. 8i in fia»
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Eglise une des larmes que le fils de Dieu versa sur lamort de Lazare ; & ils Vont fi bien persuadé aux peu-ples voisins, que dans le temps malheureux où noussommes cette fabuleuse Relique leur produit encore troisà quatre-mille livres de rente , en Euangiles, en Mes-ses , en Neuvaines, en Présents, en Oblations & enautres suffrages.
Pour la justifier , ils ont fait imprimer un Livre quia pour Tìtre : íïijloirc véritable de la Sainte Larme queNotre Seigneur pleura fur le Lazare , comment & p ar q***elle fut apporte'e au Adonaftere de la Sainte .Trinité deVendôme , ensemble plufeurs beaux & insignes miracles ar-rivés depuis <îjo ans , quelle a été miraculeusement con-servée en ce S. Lieu. A Vendôme chez Sebastien Hip,Imprimeur du Roi & de son Altesse. Avec Approbationdes Supérieurs. Ce qu’ils disent dans ce Livre est son-dé sur des faits si peu certains, si apocryphes, & sifaux , qu’il- suffit de les exposer pour en faire voir lavanité & Villusion.
Le 1. Fait est que cette Larme est une de celles queNotre Seigneur J e s u s-C h r i s t versa sur la mortde Lazare.
Le z. Qu’un Ange la recueillit, la mit dans un pe-tit Vase qu’il enferma dans un plus grand , où. elle estencore aujourd’hui, & la donna à la Magdelaine.
Le 3. Que la Magdelaine l’aporta en France , lors-qu’elle y vint avec son frere Lazare , fa Sœur Marthe,
S. Maximin, & S. Celidoine.
Le 4. Que la Magdelaine étant prête de mourir ladonna à S. Maximin, Evêque d’Aix, qui la garda tantqu’il vécut.
Le 5. Qu’après la mort de S. Maximin elle demeuraà Aix jusqu’à la persécution de VEglise , qui finit parla mort de Dioctétien & de Maximien.
Le 6. Qu’elle fut ensuite portée à Constantinople oùelles demeura environ jusqu’à Van 1040. qui est le tempsde la fondation du Monastère de la Trinité de Vendô-me.
Le 7. Qu’ëst 1040* les Saraíîns ayant fait une nou-velle irruption en Sicile , l’Empereur de ConstantinopleMichel Paphlagon , à qui ce Royaume appartenois,demanda du secours à Henry premier , Roi de France,
6 «que ce Prince lui en envoya sous la conduite deGeoffroy Martel, Comte d’Anjou & de Vendôme,qui s’étant joint aux troupes de l’Empereur defit entie-rement les Sarasins & les chassa de la Sicile.
Le 8. Qu’enfuite de cette Victoire Geoffroy Martelfut invité par l’Empereur à faire le Voyage de Constan-tinople, & qu’il le fit effectivement.
Le dernier que Geoffroy Martel étant à Constanti-nople fur la fin de Vannée 1042. l’Empereur lui donnala Sainte Larme , qu’il fit apporter en France par un deses Gentilshommes 8 c qu’il la donna au Monastère deVendôme.
Mais l’interest & la passion ont beaucoup plus de partà ces evenemens que la vérité ; & nous avons fait voirdans une Dissertation particulière que nous avons écritefur ce sujet, & qui paraîtra quand il plaira à Dieu,que toute cette Histoire est suspecte , apocryphe, éloi-gnée de la vérité ou fabuleuse , & qu’on ne doit passouffrir des faussetés, comme le dit le Pape Innocent III.sous le manteau de la dévotion (c).
Les Religieuses de VAbbaye de 8. Pierre, les S ....de V Ordre de .... au Diocèse d’Amiens se glorifientaussi d’avoir une semblable Larme de Notre Seigneur,qu’ils exposent à Vadoration publique. Et pour en fai-re voir la vérité , ils ont fait imprimer à Amiens chezG. le Bel, Imprimeur du Roi, vis-a-vis le College en1681. avec permission , un Livret qui z pour Titre:Injlruction en faveur des Pèlerins de la Sainte Larme deNotre Seigneur J e s u s-C h r i s t adorée dans í Eglisede S. Pierre lés S. Ordre de .... Dioceje d’Amiens avecles Litanies & quelques Oraisons que chaque Pelerin peut
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(c) Falfitas tolerari non débet sub velamine pietatis, 1. 3.gest. ij. Ep, ad Abb. 8í Prior. S. Victoris.
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