DES SUPER
CHAPITRE IV,
Dk la Magie. Ce que c’est ? Qusily en a detrois fortes. §fiie la Magie noire ou diabo-lique est une efpece de Superstition. Ost elleest condamnée par les Loix divines & hu-maines , aufst bien que ceux qui en font pro-fession, Paroles remarquables d'Agrippatouchant les Magiciens . Que les Magiciensfont coupables de quinze crimes énormes.
L E nom de Magie se prend en bonne & en mauvaisepart, selon les bons ou les mauvais effets qu’on luiattribue. Et comme on lui attribue ordinairement detrois sortes d’effets ; des effets naturels, des effets artifi-ciels , & des effets diaboliques : Elle se divise auífi or-dinairement en Magie naturelle , en Magie artificielle,
& en Magie diabolique.
La Magie naturelle produit des effets extraordinaires& merveilleux, par les feules forces de la nature ; com-me quand Tobie fut guéri de son aveuglement par lemoyen du coeur, du fiel & du foye de ce gros poisson »qui sortit du Tigre pour le devorer (a).
La Magie artificielle produit auffi des effets extraor-dinaires & merveilleux, mais c’est par Tindustrie humai-ne (b) comme la Sphère de verre d'Archimede , le mi-roir de la Colombe de bois volante d’Architas, les Oi-seaux d’or de l’Empereur Léon qui chantoient , les Oi-seaux d’airain de Boëce, qui chantoient & qui voioient, &les Serpens de même matière qui siffloient, la tête parlanted’Albert le Grand, la poudre d’or de Sennert, la lampe& le Chevalier invulnérable de Burgrave, l'or fulminantde Béguin , l’arbre Végétal des Chimistes, les Auto-mates de Dedale, les Trépieds de Vulcain, les Hydrau-liques de Boêce , l’industrieuse mouche de fer qui futprésentée à l'Empereur Charles V. par Jean de Mont-Royal, & qui comme parle du Bartas,
(c) Prit fins aide d'autruy fa gaillarde volée ,
Fit une entie^e ronde , est fuis d'un cerveau las ,Comme aj/u*t jugement fe percha Jur fin bras,
Les tours de paffe-passe & les prestiges de la plupart désCharlatans & des Joueurs de Gobelets & de Gibecière,& ce que l’on voit faire d’admirable à certains animaux,qui ont été dressez & instruits à cette fin.
La Magie diabolique, qui est aussi appellée Noire &Superstitieuse , produit des effets furprenans, & qui sou-passent les forces de la nature & celles de l’art, parl’aide& le ministère du Démon, avec lequel elle entre en unesociété particulière. Cela parut visiblement dans les Ma-giciens de Pharaon , qui imitèrent les véritables miraclesque Dieu operoit par le bras de Moïse, & dans le Ma-gicien qui promenoit où il vouloir le cadavre de la célé-bré Joueuse de Harpe de Boulogne, par le moyen d’uncharme qu’il avoit attaché sous une des aisselles de ce ca-davre, & le faisoit jouer de la Harpe, comme si c’eûtété un corps vivant & animé , ainsi que le témoigneGafpar Peucer Médecin Luthérien ( d ) & gendre de Phi-lippe Melancton, qui ajoûte qu’un autre Magicien ayantété averti de ce charme & l’ayant ôté, le cadavre tom-ba auffi-tôt par terre, & demeura fans mouvement.
De là vient que 8 Isidore Evêque de Seville (e),dit que les Magiciens ébranlent les élemens & troublentles esprits des hommes : qu’ils les tuent fans aucun poi-son, Lc par la feule violence de leurs charmes; qu’ilsfont venir les Démons, dont ils promettent Paffistanceà ceux qui leur ajoutent foi pour fe défaire de leurs en-nemis par de mauvais moyens: Qu’ils se servent de sang
(«) Tob. 6 .
(£) Que Câfíioíìore appelle une petite machine , qui portoit lemonde json Ciel portatif , l’abrégé de toutes choses. Epist. 45. L. 1.(c) VI. jour de la 7. Semaine.
(à) Lib. de Divinationum generib. pag. n.
(e) Lib. 8. Orig. cap. 9. .
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6 de victimes, & que souvent ils approchent des corpsmorts : Magi funt qui vulgò malefici ob facinorum mágni-tudinem nuncupantur, bi est element a concutiunt » turbantmentes hominum , ac stne ttllo veneni haustu , violentiatantìtm car mini s ìnterimmt. Damonibus mim acciiis au-dent vent tiare nt qui fine fms perimat malts artibus initnt -cos. Hi etiam sanguine utuntur est vidímis » est Jape cón-tìngunt corpora mortuorum.
La Magie naturelle, & la Magie artificielle sont bon-nes en elles-mêmes. Mais elles peuvent être mauvaisespar accident en trois maniérés, 1. Quand On s 5 en sertà mauvais dessein, &pour une mauvaise fin, 2. Quandil en arrive du scandale, & que Ton donne lieu de croi-re que les effets qu’elles produisent, viennent du Dé-mon. 3. Quand elles causent quelque dommage tem-porel au corps ou à Tarne*.
Néanmoins comme il est difficile qu’elles ne s’exer-cent de quelques-unes de ces trois manières. EllëSsont toujours dangereuses, à cause qu’dles portent leshommes à une trop grande curiosité, & qu dlés lesfont aisément tomber dans la Superstition.
Mais si on les considéré en elles-mêmes & dépouil-lées de toutes les mauvaises circonstances dont ellespeuvent être revêtues, elles ne sont nullement super-stitieuses.
II n’en est pas de même de la Magie noire où dia-bolique ; car elle est toujours superstitieuse , parcèqu’elle suppose necessairemertt un pâcte avec les Dé-mons. Sans cela comment pouvoit-on , par exemple, encrachant publiquement au visage des gens, les faire mou-rir le jour» & la nuit leur donner la Vie, ainsi quefâi-soìt Paapis dans l’ifle deThule ou Tilemark, si nous encroyons Antoine Diogene cité par Photius dans fa Bi-bliothèque ( f). t
Ce feroit vouloir éclairer le Soleil, que de s’árrêtér Iprouver l'existence de cette derniere efpece de Magie.En effet l’Ecriture Sainte defend en plusieurs endroitsde consulter les Magiciens , & fait mention des Magi-ciens de Pharaon & de Manaffés, de la Pythoniffe òiìDevineresse que consulta Saisi, de Simon le Magicief),de Bar-jeso le Magicien , & d’uhe áutre Pythoniffedu corps de laquelle l’Apôtre 8. Paul chassa le Dé-mon. Les Conciles fulminent des Anathèmes contreles Magiciens. Les saints Peres & les Historiens éâparlent, lorfqu’ils ont occasion de le faire, Enfin lèDroit Civil decerne diverses peines còntr’eux.
De sorte qu’on ne sçauroit nier qu’il y ait dés Magi-ciens ou des Sorciers, (cat ces deux mots se prennentordinairement dans la même signification) sans contre-dite visiblement les Saintes Lettres, la Tradition sacrée& profane , les Loix Canoniques & Civiles, & l’ex-perience de tous les siécles, & fans rejefter avec im-prudence l’autorité irréfragable & infaillible de l’Egli-fe , qui lance si souvent les foudres de l’excomffiurii-cation contr’eux dans ses Prosoes.
En un mot, il est constant qu’il y a des sorciers, maisde dire que lui ci-soit sorcier , que celle-là soit sorcière »c’est sur quoi on doit être éxtremement réservé, & ne pasdecider legerement fans avoir bien examiné la vérité dela chose. Souvent on soupçonne &r on accuse de Ma-gie & de sortilège des personnes qui n’en font nullementcoupables : il n’y a que trop souvent beaucoup de calom-nie dans ces sortes de soupçons & dans les accusationsde cette nature. Les Payens n’ont pas épargné en celaJesus-Christ même. Ils l’ont traité de Magicien , ilsont attribué à la force de la Magie, & non à la ver-tu divine dont il etoit rempli, les miracles qu’il z opé-rés, au rapport (g) d’Arnobe.
Cel-
(/) Ad hxc etiam ut Paapis, Dercyilìdis vèstígía infecutus, tïíea insula ipsis íùpervenerit, & arte sua magtca hoc effecerit ut iiUterdiu morerentur, nocte verò accedente reviviícerent-, hoc tar.tùmritu ad illud efficiendum- uíus quòd publicé iri eorum faciem con-spueret. C. 166.
• ^ fuit (difoient-ils) clandestines artibus omUîa illa perse-'
eit, dEgyptiorum ex adytis Arigelorum- pòtentiiim- nomida K- W-piotas furatus' est disciplinas. I* iV co'ntiá gent, 27-
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