Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
34
JPEG-Download
 

3 4 DES SUPER

qui est tiré de S. Augustin (a).

Cb ) On peut seulement dite quen cette occasion il estpermis dôter & de détruire les signes magiques & su-perstitieux des maléfices, pour empêcher le pacte quipouroit avoir été fait avec le Démon, pour mépriser cetesprit malin, pour lobliger de cesler de nuire , pour em-pêcher que Dieu ne soit plus long-tems offensé, & mê-me pour obtenir la santé du corps ou celle de lame. LeCardinal Bellarmin raporte une histoire qui vient à pro-pos : (c) un Jacobin (dit-il) ayant été choisi pour prêcherle Careme à Mont-Pulcien monta en chaire par trois di-verses fois fans jamais pouvoir proférer une feule parole.Cela fit croire quil y avoit dans cette chaire quelquemaléfice qui Pempêchoit de parler. Pour le rompre ilfit vœu à sainte Agnès Patrone du lieu, & aprés avoiraccompli son vœu, il trouva dans cette chaire des cherveux entrelaffés les uns dans les autres, & dautres sem-blables signes de maléfice. Il les jettaaufeu, remonta enchaire, & prêcha fans aucune difficulté. C 'est auffi pour celaque les Rituels que je viens de citer, ordonnent auxiExor-cistes de commander au Démon (d) quil ait à déclarer silest détenu dans le corps du poffedé par art magique, parquelques signes, ou par quelques instrumens de maléfi-ces, & ils font, asin que le malade les jette , sil lesa dans íà bouche, & quon les brûle :

Je sçai quil ne nous est pas permis dartendre aucuneffet du Démon par pacte que nous ayons fait avec lui ;mais il na jamais été défendu de détruire les pactes quedautres peuvent avoir fait, ni dattendre les effets decette destruction ou de Dieu, ou des causes naturelles,ou du Démon même, contraint par la puissance de Dieude les produire. Si bien quon peut legitimement obli-ger un Sorcier, un Enchanteur, ou un Empoisonneur,dôter le sortilège, le charme, ou le malisice quil auradonné , par exemple de dénouer laiguillette quil auranouée, pourvû que cela se fasse lans aucun pacte avecle Démon, fans aucun sortilège, sansaucuiyfftarme, &fans aucun maléfice, (c) Car autrement, selon la penséede S. Jean Chrysostome & de S. Augustin (/), ilvau-droit mieux souffrir tous les maux du monde & la mortmême, que de racheter fa santé & sa vie à une conditionsi injurieuse à Dieu » & si préjudiciable au salut de Pâ-me.

Mais tout le monde nentre pas dans de si justes sen-timens. Car il y a bien des gens qui ne se soucient gue-res de quelle façon ils soient délivrez des maux qui lestravaillent, pourveû quils le soient, & qui ne fontnulle difficulté, lorsqu ils ont des chevaux, des vaches,des bœufs, des moutons, ou dautres animaux malades,de faire venir chez eux des Sorciers & des Empoison-neurs quils connoissent pour tels, ou du moins quilssçavent passer pour tels, de leur donner de largent &de leur faire bonne-chere , asin quils ôtent le maléficequils croyent que lon a jetté fur ces animaux. Ilsne considèrent pas que le Démon ne perd jamais rien,& que si le Sorcier ou P Empoisonneur, qui est le fu-neste exécuteur de ses ordres, ôte le maléfice à un hom-me , il le donne à un autre homme ou à une femme ;que sil lôte à un vieillard , il le donne à un jeune

(a) L. r. de Doct. Christ. Et selon ces paroles de Jean FrançoisBonhomme EVêque de Verceil: Quon nôte pas les maléfices ,

les charmes, ni les ligatures avec certaines pratiques, óc avec cer- tains remedes inconnus, ou étrangers.

(b) io. Decret. Visit. Tit de Superstition.

(c) Concionator quidam Praedicatorum , quod me puerum vi-disse memini in Monte Politiano , in Quadragesima, cum velletconcionari loqui non potuit. Accidit id secundo 8c tertio. Viderasid non esse rem naturalem , in Concione tantùm sibi vocem prse-cludi, votuna vovit Sanctae Agneti , quse est loci Patrona: inve-nitque signa in seuggestu, capillos inter se ligatos 8c similia. Com-burit illa 8c vox ìlu restituitur. Concionem posteahabuit. II est fortpermis au lecteur da juger comme il lui plaira de cette Histoire 8cde celles qui lui ressemblent.

(d) Ibid. Jubeat dsemonem dicere an detineatur in illo corporeob aliquam qperam magicam, aut malefica signa, vel instrumen-ta, quss si obsessus ore sumpserit, evomat; vel si alibi extra cor-pus fuerint, ea revelet, 8c inventa comburantur.

(e) Homil. 6. adverse Judseos 8c Homil. 8. in Epist. ad Coloss.(/) Tract, sei - m J «à.

S T I T I O N S.

homme, ou à un jeune enfant ; que sil P ôte âu maîtreou a la maîtresse du logis, il le donne au serviteur ouà la servante , ou bien il est lui-même en danger de savie ; que sil lôte à un animal, il le donne à un autreanimal, enfin que sil guérit le corps, il tue lame.

Bodin rapporte les preuves de cette vérité dans fa De-mommanie , lorsquil dit (g) : ,, On tient que si les Sorciers guérissent un homme maleficié, il faut quils,, donnent le soit à un autre. Cela est vulgaire par la confession de plusieurs Sorciers. Et de fait jai veu un Sorcier dAuvergne prisonnier à Paris lan 1569. qui gueriffoit les chevaux & les hommes quelquefois î,, Et fut trouvé saisi dun grand Livre plein de poils de chevaux , vaches & autres bêtes de toutes cou- leurs : Et quand-il avoit jetté le sort pour faire mou-,, rir quelque cheval, on venoit à lui & le gueriffoit,, en lui apportant du poil, & donnoit le fort à un au- tre , & ne prenoit point dargent ; car autrement,,, comme il difoit, il neût pas guéri: Auffi étoít-il ha- bille dun vieil saye de mille pieces. Un jour ayant donné le fort au cheval dun Gentilhomme , on vint,, à lui, il le guérît & donna le sort à son homme. On vint à lui pour guérir auffi lhomme ; il fit réponse quon demandât au Gentilhomme lequel il aimoit mieux perdre, son homme ou son cheval ? Le Gen- tilhomme se trouva bien empesché : Et cependant quil délibérois, son homme mourut & le Sorcier fut pris. Et faut noter que le Diable veut toujours ga- gner au change , tellement que si le Sorcier ôte le sort à un cheval, il le donnera à un autre cheval qui vaudra mieux : Et sil guérit une femme , la maladie tombera fur un homme : Sil guérit un vieillard, la ma ladie tombera fur un jeune garçon : Et si le Sor-,, cier ne donne le fort à un autre, il est en danger de fa vie : Bref si le Diable guérit le corps , il tuë la-me. Jen réciterai deux exemples. Lun que jai en- tendu Monsieur Fournier Conseiller dOrléans» dun nommé Hulin Petit, Marchand de Bois dOr- leans, lequel étant ensorcelé à la mort envoya que- rir un qui se difoit guérir de toutes maladies, suspect:,, toutefois dêtre grand Sorcier, pour le guérir ; lequel fit réponse quil ne pouvoir le guérir, sil ne don- noit la maladie à son fils, qui étoit encore à la ma- melle. Le pere consentit le parricide de son fils, qui fait bien â noter pour connoître la malice de Sathan.,, La nourice ayant entendu cela, senfuit avec son fils, pendant que le Sorcier touchoit le pere pour le gue- rir. Aprés P avoir touché , le pere sc trouva guéri. Mais ce Sorcier demanda étoit le fils, & ne le trouvant point, il commença à sécrier : "Je fuis mort, OU est Pensant ! Ne Payant point trouvé, il sen va; mais il neut pas mis les pieds hors la porte ; que le Diable le tua soudain. II devint aussi noir que si on Peût noirci de propos délibéré. Jai fçû auffi quau jugement dune Sorcière , qui étoit accusée davoir ensorcelé sa voisine en la ville de Nantes, les Juges lui commandèrent de toucher celle qui étoit ensorce- lée, chose qui est ordinaire aux Juges dAllemagne, & même en la Chambre Impériale cela se sait sou- vent: Elle nen voulut rien faire, on la contraignit, elle sécria, Je fuis morte. Elle fut condamnée dê-,, tre brûlée morte. Je tiens lhistoire dun des Juges qui assista au jugement. Jai encore appris à Toloze quun Echoîier du Parlement de Bourdeaux, voyant son ami travaillé dune fièvre quarte à lextremité,,, lui dit, Quil donnast fa fievre a un de fes ennemis .* U fit réponse qu'il n' avoit f oint dennemis. Domez>-la donc , dit-il , a vôtre Serviteur. Le malade en fit conscience. Enfin le Sorcier lui dit, donne^-la moi.,, Le malade respondit: Je le veux bien, La fièvre prend le Sorcier, qui en mourut, & le malade réchappa.

Lors donc quun Chrétien est affligé de quelque ma-léfice, soit en fa personne , soit en ses proches, soit enfes biens, il faut quil ait particulièrement recours aux

re-

(*) L. 3. c.