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qui est tiré de S. Augustin (a).
Cb ) On peut seulement dite qu’en cette occasion il estpermis d’ôter & de détruire les signes magiques & su-perstitieux des maléfices, pour empêcher le pacte quipouroit avoir été fait avec le Démon, pour mépriser cetesprit malin, pour l’obliger de cesler de nuire , pour em-pêcher que Dieu ne soit plus long-tems offensé, & mê-me pour obtenir la santé du corps ou celle de l’ame. LeCardinal Bellarmin raporte une histoire qui vient à pro-pos : (c) un Jacobin (dit-il) ayant été choisi pour prêcherle Careme à Mont-Pulcien monta en chaire par trois di-verses fois fans jamais pouvoir proférer une feule parole.Cela fit croire qu’il y avoit dans cette chaire quelquemaléfice qui Pempêchoit de parler. Pour le rompre ilfit vœu à sainte Agnès Patrone du lieu, & aprés avoiraccompli son vœu, il trouva dans cette chaire des cherveux entrelaffés les uns dans les autres, & d’autres sem-blables signes de maléfice. Il les jettaaufeu, remonta enchaire, & prêcha fans aucune difficulté. C 'est auffi pour celaque les Rituels que je viens de citer, ordonnent auxiExor-cistes de commander au Démon (d) qu’il ait à déclarer s’ilest détenu dans le corps du poffedé par art magique, parquelques signes, ou par quelques instrumens de maléfi-ces, & où ils font, asin que le malade les jette , s’il lesa dans íà bouche, & qu’on les brûle :
Je sçai qu’il ne nous est pas permis d’artendre aucuneffet du Démon par pacte que nous ayons fait avec lui ;mais il n’a jamais été défendu de détruire les pactes qued’autres peuvent avoir fait, ni d’attendre les effets decette destruction ou de Dieu, ou des causes naturelles,ou du Démon même, contraint par la puissance de Dieude les produire. Si bien qu’on peut legitimement obli-ger un Sorcier, un Enchanteur, ou un Empoisonneur,d’ôter le sortilège, le charme, ou le malisice qu’il auradonné , par exemple de dénouer l’aiguillette qu’il auranouée, pourvû que cela se fasse lans aucun pacte avecle Démon, fans aucun sortilège, sansaucuiyfftarme, &fans aucun maléfice, (c) Car autrement, selon la penséede S. Jean Chrysostome & de S. Augustin (/), ilvau-droit mieux souffrir tous les maux du monde & la mortmême, que de racheter fa santé & sa vie à une conditionsi injurieuse à Dieu » & si préjudiciable au salut de Pâ-me.
Mais tout le monde n’entre pas dans de si justes sen-timens. Car il y a bien des gens qui ne se soucient gue-res de quelle façon ils soient délivrez des maux qui lestravaillent, pourveû qu’ils le soient, & qui ne fontnulle difficulté, lorsqu’ ils ont des chevaux, des vaches,des bœufs, des moutons, ou d’autres animaux malades,de faire venir chez eux des Sorciers & des Empoison-neurs qu’ils connoissent pour tels, ou du moins qu’ilssçavent passer pour tels, de leur donner de l’argent &de leur faire bonne-chere , asin qu’ils ôtent le maléficequ’ils croyent que l’on a jetté fur ces animaux. Ilsne considèrent pas que le Démon ne perd jamais rien,& que si le Sorcier ou P Empoisonneur, qui est le fu-neste exécuteur de ses ordres, ôte le maléfice à un hom-me , il le donne à un autre homme ou à une femme ;que s’il l’ôte à un vieillard , il le donne à un jeune
(a) L. r. de Doct. Christ. Et selon ces paroles de Jean FrançoisBonhomme EVêque de Verceil: „ Qu’on n’ôte pas les maléfices ,
„ les charmes, ni les ligatures avec certaines pratiques, óc avec cer-„ tains remedes inconnus, ou étrangers.
(b) io. Decret. Visit. Tit de Superstition.
(c) Concionator quidam Praedicatorum , quod me puerum vi-disse memini in Monte Politiano , in Quadragesima, cum velletconcionari loqui non potuit. Accidit id secundo 8c tertio. Viderasid non esse rem naturalem , in Concione tantùm sibi vocem prse-cludi, votuna vovit Sanctae Agneti , quse est loci Patrona: inve-nitque signa in seuggestu, capillos inter se ligatos 8c similia. Com-burit illa 8c vox ìlu restituitur. Concionem posteahabuit. II est fortpermis au lecteur da juger comme il lui plaira de cette Histoire 8cde celles qui lui ressemblent.
(d) Ibid. Jubeat dsemonem dicere an detineatur in illo corporeob aliquam qperam magicam, aut malefica signa, vel instrumen-ta, quss si obsessus ore sumpserit, evomat; vel si alibi extra cor-pus fuerint, ea revelet, 8c inventa comburantur.
(e) Homil. 6. adverse Judseos 8c Homil. 8. in Epist. ad Coloss.(/) Tract, sei - m J «à.
S T I T I O N S.
homme, ou à un jeune enfant ; que s’il P ôte âu maîtreou a la maîtresse du logis, il le donne au serviteur ouà la servante , ou bien il est lui-même en danger de savie ; que s’il l’ôte à un animal, il le donne à un autreanimal, enfin que s’il guérit le corps, il tue l’ame.
Bodin rapporte les preuves de cette vérité dans fa De-mommanie , lorsqu’il dit (g) : ,, On tient que si les„ Sorciers guérissent un homme maleficié, il faut qu’ils,, donnent le soit à un autre. Cela est vulgaire par la„ confession de plusieurs Sorciers. Et de fait j’ai veu„ un Sorcier d’Auvergne prisonnier à Paris l’an 1569.„ qui gueriffoit les chevaux & les hommes quelquefois î,, Et fut trouvé saisi d’un grand Livre plein de poils„ de chevaux , vaches & autres bêtes de toutes cou-„ leurs : Et quand-il avoit jetté le sort pour faire mou-,, rir quelque cheval, on venoit à lui & le gueriffoit,, en lui apportant du poil, & donnoit le fort à un au-„ tre , & ne prenoit point d’argent ; car autrement,,, comme il difoit, il n’eût pas guéri: Auffi étoít-il ha-„ bille d’un vieil saye de mille pieces. Un jour ayant„ donné le fort au cheval d’un Gentilhomme , on vint,, à lui, il le guérît & donna le sort à son homme. On„ vint à lui pour guérir auffi l’homme ; il fit réponse„ qu’on demandât au Gentilhomme lequel il aimoit„ mieux perdre, son homme ou son cheval ? Le Gen-„ tilhomme se trouva bien empesché : Et cependant„ qu’il délibérois, son homme mourut & le Sorcier fut„ pris. Et faut noter que le Diable veut toujours ga-„ gner au change , tellement que si le Sorcier ôte le„ sort à un cheval, il le donnera à un autre cheval qui„ vaudra mieux : Et s’il guérit une femme , la maladie„ tombera fur un homme : S’il guérit un vieillard, la„ ma ladie tombera fur un jeune garçon : Et si le Sor-,, cier ne donne le fort à un autre, il est en danger de„ fa vie : Bref si le Diable guérit le corps , il tuë l’a-me. J’en réciterai deux exemples. L’un que j’ai en-„ tendu dé Monsieur Fournier Conseiller d’Orléans»„ d’un nommé Hulin Petit, Marchand de Bois d’Or-„ leans, lequel étant ensorcelé à la mort envoya que-„ rir un qui se difoit guérir de toutes maladies, suspect:,, toutefois d’être grand Sorcier, pour le guérir ; lequel„ fit réponse qu’il ne pouvoir le guérir, s’il ne don-„ noit la maladie à son fils, qui étoit encore à la ma-„ melle. Le pere consentit le parricide de son fils, qui„ fait bien â noter pour connoître la malice de Sathan.,, La nourice ayant entendu cela, s’enfuit avec son fils,„ pendant que le Sorcier touchoit le pere pour le gue-„ rir. Aprés P avoir touché , le pere sc trouva guéri.„ Mais ce Sorcier demanda où étoit le fils, & ne le„ trouvant point, il commença à s’écrier : "Je fuis mort,„ OU est Pensant ! Ne Payant point trouvé, il s’en va;„ mais il n’eut pas mis les pieds hors la porte ; que le„ Diable le tua soudain. II devint aussi noir que si on„ Peût noirci de propos délibéré. J’ai fçû auffi qu’au„ jugement d’une Sorcière , qui étoit accusée d’avoir„ ensorcelé sa voisine en la ville de Nantes, les Juges„ lui commandèrent de toucher celle qui étoit ensorce-„ lée, chose qui est ordinaire aux Juges d’Allemagne,„ & même en la Chambre Impériale cela se sait sou-„ vent: Elle n’en voulut rien faire, on la contraignit,„ elle s’écria, Je fuis morte. Elle fut condamnée d’ê-,, tre brûlée morte. Je tiens l’histoire d’un des Juges„ qui assista au jugement. J’ai encore appris à Toloze„ qu’un Echoîier du Parlement de Bourdeaux, voyant„ son ami travaillé d’une fièvre quarte à l’extremité,,, lui dit, Qu’il donnast fa fievre a un de fes ennemis .*„ U fit réponse qu'il n' avoit f oint d’ennemis. Domez>-la„ donc , dit-il , a vôtre Serviteur. Le malade en fit„ conscience. Enfin le Sorcier lui dit, donne^-la moi.,, Le malade respondit: Je le veux bien, La fièvre prend„ le Sorcier, qui en mourut, & le malade réchappa.
Lors donc qu’un Chrétien est affligé de quelque ma-léfice, soit en fa personne , soit en ses proches, soit enfes biens, il faut qu’il ait particulièrement recours aux
re-
(*) L. 3. c.