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méthode la plus ordinaire & la plus usitée dont ils sefervent, selon le témoignage du P. Delrio (a).
Us ordonnent d’abord à leurs Néophytes, s’iî fautainsi parler , de faire une confession generale de tousleurs pechez, de Rapprocher souvent de là sainte T able 4de se confesser le même jour qu’ils ïont tombez en pé-ché, de garder exactement les jeûnes que l’Eglise com-mande, d’y en ajouter d’autres qui soient volontaires ,de jeûner tous les Vendredis au pain & à l’eau, & dedire tous les jours les íept Pseaumes Penitentiaux, &quelques autres Prières. Ils leur enjoignent d’observertoutes ces choses dans la derniere exactitude pendant septsemaines , & cependant de renoncer absolument à toutesles affaires du monde.
Ces sept semaines étant écoulées, ils leur prescriventcertaines autres prières, & leur font adorer certaines ima-ges , leur marquant certains jours & certain temps pourcela, sçavoir les sept premiers jours de la nouvelle Luneà Soleil Levant, ce qu’ils les obligent de faire par troisfois durant trois nouvelles Lunes.
Us leur font choisir puis aprés un jour où ils se sen-tent plus pieux qu’à l’ordinaire , & plus disposez à re-cevoir les inspirations divines; & ce jour-là ils les fontinettre à genoux dans une Eglise , dans une ( happèlle,dans un Oratoire, ou dans le milieu d’une Campagne ;ils leur font dire trois sois, les mains & les yeux élevezau Ciel , le premier Verset de l’Hymne s'eni CreatorSpiritus , Lee. & ils leur persuadent ensuite qu’ils ne se-ront pas moins rempli'-' de toutes sortes de sciences queSalomon, que les Prophètes, que les Apôtres, & qu’ilsseront autant surpris, eux-mêmes d’un changement si su-bit & si extraordinaire, ques’ils étoient devenus des An-ges, ou qu’ils, sussent tout autres qu’ils n'étoient aupa-ravant.
Pour peu qu’on ait de connoissance de la bonne &faine Théologie , on n’a pas de peine à s’appercevoir dela vanité de cet Art. S. Thomas l’appelle illicite & inca-pable de produire les effets que l’on en attend.
,, (£) ll est illicite , dù-il, parce que pour acquérir7, de la science il se sert de certaines choses qui n’ont„ pas d’elles-mêmes la vertu d’en donner , comme par„ exemple de l’inspection de certaines figures , de la„ prononciation de certains mots inconnus , & d’au-,4 tres semblables pratiques. Cependant il ne s’en sert,, pas comme des causes, mais seulement comme des si-„ gnes de la science. Or ces signes ne font pas institués» de Dieu comme les Sacremens. Et ainsi ce font des„ signes superflus & qui concernent quelque pacte &
„ quelque société avec les Démons.
,, Il est aussi incapable de donner de la science. Car„ n’en pouvant donner par une voye qui soit naturelle„ à l’homme , je veux dire par acquisition , il saut de„ nécessité qu’elle vienne ou de Dieu ou des Démons.
,, On ne peut pas nier que Dieu n’ait donné la sagesse,, & la science par infusion à quelques personnes, com->, me à Salomon & aux Apôtres, (c) Mais aussi est-il„ constant que cette grâce n’est pas accordée à tout le,, monde, ni avec certaines cérémonies, mais selon qu’il„ plaît à l’Esprit-Saint, ainsi que l’enseigne l’Apostre.
„ (d) Pour ce qui regarde les Démons, comme il ne,, leur appartient pas d’éclairer l’entendement , (e) sui-„ vant ce que nous avons dit dans la premiere partie de„ cet Ouvrage , & que pour avoir de la science & de,, la sagesse il faut que l’entendement soit éclairé, il„ s’enfuit que jamais personne n’a eu ni science ni sagesse„ par leur moyen. ïls peuvent bien à la vérité en s’en-„ tretenant avec les hommes, leur donner la connoissan-„ ce de certaines choses , mais cette connoissance n’est,, pas ce que l’on cherche par l’Art notoire.
(/) s * Antonin Archevêque de Florence & Denis le
(a) Lib. 3. diíquisit. Magic. part. 2. q. 4. ièct. r.
(b) 2. 2. q 96. 1. in corp.
(c) z Reg. 3. 8c 2. Paralip. 1. Luc.
(d; 1. Cor, ir.
(e) q. ioy. a. 3.
(/) in Sum. 2. p. p. tit. i2. n. 10.
S T I T I O N S.
Chartreux employeur le même raisonnement que S. Tho-mas (g) contre cet Art, que l’on peut avec justice ap-peller une curiosité criminelle par laquelle on tenteDieu (h).
(i) C’est asseurément ce qui fait dire au Cardinal Cà-jetán, que cette maniéré d’acquerir les sciences est unpéché mortel , parce qu’elle suppose necessairement unpacte avec le Démon, qui conseille les jeûnes, les priè-res , & les autres observances de cet Art , bien qu’ille fasse inutilement, parce qu’il n’est pas en son pou-voir de verser des sciences dans nos âmes,
Puis donc que cet Art suppose necessairement unpacte avec le Démon, & qu’il est illicite & incapablede produire les esters qu’il promet, il s’ensuitpar uneconséquence infaillible qu’il est superstitieux. Aussifut-il condamné comme tel par la Faculté de Théo-logie de Paris l’an 1520. (k) suivant le rapport du P.Delrio.
Mais au reste on ne fçait ce qu’on doit blâmer da-vantage dans les secrets qu’il renferme, dans les maxi-ínes fur lesquelles il est appuyé & dans les circonstan-ces qui I’accompagnent. Car n’y a t-il pas de la folieà dire que Salomon en est l’Auteur? Ce sage Roi a-t’il connu nôtre vendredy , nôtre Confession Sacra-mentelle, nôtre Communion, nôtre Hymne Vtni Crea-tor Spiritus ? N’est-ce pas démentir l’Ecriture sainteque de soûtenir qu’il a acquis la Sagesse en une nuitpar le moyen de cet Art , puisque l’Ecriture saintedit positivement qu’il la receut de Dieu qui s’apparueà lui en songe pendant la nuit , aprés qu’il la lui eutdemandée, ainsi qu’il est porté au ( 7 ) troisième Livredes Rois ? Peut-on fans blasphémé mettre les Profes-seurs de cet art en paralelle avec Salomon , avec lesProphètes Le avec les Apôtres? Si ces Professeurs n’ontqu’un Livre qui ait été composé par Salomon , d’oètvient qu’ils ne s’accordent pas tous dans leurs princi-pes , dans leurs pratiques & dans leur méthode ? N’est-ce pas une témérité sacrilege à eux d’abuser des cho-ses les plus saintes & les plus sacrées de nôtre Reli-gion? Car enfin à qui rendent-ils hommage ? A quioffrent-ils leurs jeûnes, leurs prières Le les autres cho-ses qu’ils observent, sinon au Démon dans les mystè-res duquel ils font initiez , & dont ils sont les escla-ves ?
Ce qui découvre encore la Superstition de cet art,'est qu’il so sert de cérémonies , qui n’ont été établiesni de Dieu , ni de l’Eglise pour la fin qu’il se propose;Qu’il observe les heures, les jours & les temps , quoi-qu e l’Pcriture , les Conciles Se les Peres le défendentexpressément , ainsi que nous le serons voir dans leChapitre suivant ; Le qu’il oblige d’adorer des figuresqui ne font ni de Dieu , ni de la sainte Vierge, ni desSaints, mais qui font asseurement des figures magiques& diaboliques.
Lorsque Dieu veut communiquer sa science & sa sagesseaux hommes, il n’observe pas tant de cérémonies que P Artnotoire en prescrit. Autrefois il a communique cette science& cette sagesse à Adam, à Salomon, à ses Apôtres, &jàquelques autres ; mais peut-être ne les communique-t-il au-
jour-
(g) Lib. contra Vit. Superstit. art. ip.
(h) Selon ces paroles de Gerson : Tract, de direction. Cord. con-sider. 24. Contingit Deum tentari dupliciter. Uno modo sine ne-ceíiìtate 8t ablque magna utilitate , qu* tentatio dicitur curioll-
tas, .A d eam ipectat cum homo vult per aliquas orationes ,
vel jejunia acquirere ícientiam aliquorum occultorum , vel eorumquae non sunt fibi, vel statu! suo competentia , vel ut habeat gra-ttas aliquas gratis datas > qu* non sunt utiles ipsi petenti, íèd ma-gis inutiles 8c noxise.
(i) In Sum. V. Superstitio. H sec Superstitio est peccatum mor-tale propter initam íoeietatemf cum Daemone, de cujus institutionshsec fervantut , 8c inutiliter , quia Dsemonum non est infunderescientiam animabus nostris.
(h) L 3. Disquîs. Magic. Part. 2. q. 4. Sect. 2.
(I) C. 3. Dixit Dominus Salomoni : Quia postulasti verbursthoc, 8c non petisti tibi dies multos, nec divitias, aut animas ini-mieorum tuorunt, sed postulasti tibi íàpientiam ad discernendumjudicium: ecce feci secundum sermones tuos, 8c dedi tibi cor lâ-piens 8c intelligens , in tantum ut nullus ante te similis tui fuerit,nec post te surrecturus sit.
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