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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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j8 DES SUPER

méthode la plus ordinaire & la plus usitée dont ils sefervent, selon le témoignage du P. Delrio (a).

Us ordonnent dabord à leurs Néophytes, s fautainsi parler , de faire une confession generale de tousleurs pechez, de Rapprocher souvent de sainte T able 4de se confesser le même jour quils ïont tombez en pé-ché, de garder exactement les jeûnes que lEglise com-mande, dy en ajouter dautres qui soient volontaires ,de jeûner tous les Vendredis au pain & à leau, & dedire tous les jours les íept Pseaumes Penitentiaux, &quelques autres Prières. Ils leur enjoignent dobservertoutes ces choses dans la derniere exactitude pendant septsemaines , & cependant de renoncer absolument à toutesles affaires du monde.

Ces sept semaines étant écoulées, ils leur prescriventcertaines autres prières, & leur font adorer certaines ima-ges , leur marquant certains jours & certain temps pourcela, sçavoir les sept premiers jours de la nouvelle Luneà Soleil Levant, ce quils les obligent de faire par troisfois durant trois nouvelles Lunes.

Us leur font choisir puis aprés un jour ils se sen-tent plus pieux quà lordinaire , & plus disposez à re-cevoir les inspirations divines; & ce jour- ils les fontinettre à genoux dans une Eglise , dans une ( happèlle,dans un Oratoire, ou dans le milieu dune Campagne ;ils leur font dire trois sois, les mains & les yeux élevezau Ciel , le premier Verset de lHymne s'eni CreatorSpiritus , Lee. & ils leur persuadent ensuite quils ne se-ront pas moins rempli'-' de toutes sortes de sciences queSalomon, que les Prophètes, que les Apôtres, & quilsseront autant surpris, eux-mêmes dun changement si su-bit & si extraordinaire, quesils étoient devenus des An-ges, ou quils, sussent tout autres quils n'étoient aupa-ravant.

Pour peu quon ait de connoissance de la bonne &faine Théologie , on na pas de peine à sappercevoir dela vanité de cet Art. S. Thomas lappelle illicite & inca-pable de produire les effets que lon en attend.

,, (£) ll est illicite ,-il, parce que pour acquérir7, de la science il se sert de certaines choses qui nont pas delles-mêmes la vertu den donner , comme par exemple de linspection de certaines figures , de la prononciation de certains mots inconnus , & dau-,4 tres semblables pratiques. Cependant il ne sen sert,, pas comme des causes, mais seulement comme des si- gnes de la science. Or ces signes ne font pas institués» de Dieu comme les Sacremens. Et ainsi ce font des signes superflus & qui concernent quelque pacte &

quelque société avec les Démons.

,, Il est aussi incapable de donner de la science. Car nen pouvant donner par une voye qui soit naturelle à lhomme , je veux dire par acquisition , il saut de nécessité quelle vienne ou de Dieu ou des Démons.

,, On ne peut pas nier que Dieu nait donné la sagesse,, & la science par infusion à quelques personnes, com->, me à Salomon & aux Apôtres, (c) Mais aussi est-il constant que cette grâce nest pas accordée à tout le,, monde, ni avec certaines cérémonies, mais selon quil plaît à lEsprit-Saint, ainsi que lenseigne lApostre.

(d) Pour ce qui regarde les Démons, comme il ne,, leur appartient pas déclairer lentendement , (e) sui- vant ce que nous avons dit dans la premiere partie de cet Ouvrage , & que pour avoir de la science & de,, la sagesse il faut que lentendement soit éclairé, il senfuit que jamais personne na eu ni science ni sagesse par leur moyen. ïls peuvent bien à la vérité en sen- tretenant avec les hommes, leur donner la connoissan- ce de certaines choses , mais cette connoissance nest,, pas ce que lon cherche par lArt notoire.

(/) s * Antonin Archevêque de Florence & Denis le

(a) Lib. 3. diíquisit. Magic. part. 2. q. 4. ièct. r.

(b) 2. 2. q 96. 1. in corp.

(c) z Reg. 3. 8c 2. Paralip. 1. Luc.

(d; 1. Cor, ir.

(e) q. ioy. a. 3.

(/) in Sum. 2. p. p. tit. i2. n. 10.

S T I T I O N S.

Chartreux employeur le même raisonnement que S. Tho-mas (g) contre cet Art, que lon peut avec justice ap-peller une curiosité criminelle par laquelle on tenteDieu (h).

(i) Cest asseurément ce qui fait dire au Cardinal-jetán, que cette maniéré dacquerir les sciences est unpéché mortel , parce quelle suppose necessairement unpacte avec le Démon, qui conseille les jeûnes, les priè-res , & les autres observances de cet Art , bien quille fasse inutilement, parce quil nest pas en son pou-voir de verser des sciences dans nos âmes,

Puis donc que cet Art suppose necessairement unpacte avec le Démon, & quil est illicite & incapablede produire les esters quil promet, il sensuitpar uneconséquence infaillible quil est superstitieux. Aussifut-il condamné comme tel par la Faculté de Théo-logie de Paris lan 1520. (k) suivant le rapport du P.Delrio.

Mais au reste on ne fçait ce quon doit blâmer da-vantage dans les secrets quil renferme, dans les maxi-ínes fur lesquelles il est appuyé & dans les circonstan-ces qui Iaccompagnent. Car ny a t-il pas de la folieà dire que Salomon en est lAuteur? Ce sage Roi a-til connu nôtre vendredy , nôtre Confession Sacra-mentelle, nôtre Communion, nôtre Hymne Vtni Crea-tor Spiritus ? Nest-ce pas démentir lEcriture sainteque de soûtenir quil a acquis la Sagesse en une nuitpar le moyen de cet Art , puisque lEcriture saintedit positivement quil la receut de Dieu qui sapparueà lui en songe pendant la nuit , aprés quil la lui eutdemandée, ainsi quil est porté au ( 7 ) troisième Livredes Rois ? Peut-on fans blasphémé mettre les Profes-seurs de cet art en paralelle avec Salomon , avec lesProphètes Le avec les Apôtres? Si ces Professeurs nontquun Livre qui ait été composé par Salomon , doètvient quils ne saccordent pas tous dans leurs princi-pes , dans leurs pratiques & dans leur méthode ? Nest-ce pas une témérité sacrilege à eux dabuser des cho-ses les plus saintes & les plus sacrées de nôtre Reli-gion? Car enfin à qui rendent-ils hommage ? A quioffrent-ils leurs jeûnes, leurs prières Le les autres cho-ses quils observent, sinon au Démon dans les mystè-res duquel ils font initiez , & dont ils sont les escla-ves ?

Ce qui découvre encore la Superstition de cet art,'est quil so sert de cérémonies , qui nont été établiesni de Dieu , ni de lEglise pour la fin quil se propose;Quil observe les heures, les jours & les temps , quoi-qu e lPcriture , les Conciles Se les Peres le défendentexpressément , ainsi que nous le serons voir dans leChapitre suivant ; Le quil oblige dadorer des figuresqui ne font ni de Dieu , ni de la sainte Vierge, ni desSaints, mais qui font asseurement des figures magiques& diaboliques.

Lorsque Dieu veut communiquer sa science & sa sagesseaux hommes, il nobserve pas tant de cérémonies que P Artnotoire en prescrit. Autrefois il a communique cette science& cette sagesse à Adam, à Salomon, à ses Apôtres, &quelques autres ; mais peut-être ne les communique-t-il au-

jour-

(g) Lib. contra Vit. Superstit. art. ip.

(h) Selon ces paroles de Gerson : Tract, de direction. Cord. con-sider. 24. Contingit Deum tentari dupliciter. Uno modo sine ne-ceíiìtate 8t ablque magna utilitate , qu* tentatio dicitur curioll-

tas, .A d eam ipectat cum homo vult per aliquas orationes ,

vel jejunia acquirere ícientiam aliquorum occultorum , vel eorumquae non sunt fibi, vel statu! suo competentia , vel ut habeat gra-ttas aliquas gratis datas > qu* non sunt utiles ipsi petenti, íèd ma-gis inutiles 8c noxise.

(i) In Sum. V. Superstitio. H sec Superstitio est peccatum mor-tale propter initam íoeietatemf cum Daemone, de cujus institutionshsec fervantut , 8c inutiliter , quia Dsemonum non est infunderescientiam animabus nostris.

(h) L 3. Disquîs. Magic. Part. 2. q. 4. Sect. 2.

(I) C. 3. Dixit Dominus Salomoni : Quia postulasti verbursthoc, 8c non petisti tibi dies multos, nec divitias, aut animas ini-mieorum tuorunt, sed postulasti tibi íàpientiam ad discernendumjudicium: ecce feci secundum sermones tuos, 8c dedi tibi cor-piens 8c intelligens , in tantum ut nullus ante te similis tui fuerit,nec post te surrecturus sit.

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