Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
67
JPEG-Download
 

des superstitions.

67

pour procurer la santé aux hommes & aux bêtes , oupour éloigner des uns & des autres certains maux & cer-tains dangers, sont superstitieux & illicites. La raisonquen apporte S. Thomas (a) , est quils nont nullevertu naturelle pour produire aucun de ces effets.

Or puisque ces moyens font superstitieux & illici-tes , de quelque maniéré quon sen serve , il y a dupsché à 5'en aider pour obtenir la santé. Le péchénest que veniel, selon le Cardinal Tolet (b) , lorsqueceux qui sen aident, le font par ignorance ; mais il estmortel, lorsquaprès avoir été avertis du mal qu'il y aà sen aider , ils ne laissent pas de le faire , car alors ilsinvoquent le Démon sciemment 5 c avec connoissance.

Quoique le Prophète Roi affeure (c) , OuU vautmaux je confier au Seigneur que de fonder son esperancefur l'homme ; & que le Seigneur dise lui-même par labouche de Jeremie (d) , Que celui- efi maudit , quimet fa confiance dans íhomme , & qui s'appuyant furun bras de chair détourne son coeur de Dieu : Quoi-que lApôtre S. Paul desende absolument aux Chré-tiens (c j , d'avoir aucune part ni aucune société avec lesDémons : Il sen trouve néanmoins de fi aveugles, & defi mal persuadez de la vérité des saintes Ecritures, &des Maximes de leur Religion toute pure & toute sain-te , quils ont plutôt recours aux hommes & aux Dé-mons mêmes, quà Dieu dans les maladies & les autresaccidens qui leur arrivent, & quils se confient davan-tage à certains remedes superstitieux & diaboliques queP Eglise à toujours condamnez , quaux moyens quellea saintement établis pour implorer le secours du Cieldans le besoin.

On ne voit que trop de ces gens- dans le monde.Quils gémissent fous le poids de leurs pechez , quilssoient accablez de la multitude presque innombrable deleurs crimes, ils font peu sensibles à ces maux. Parceque ce font des maux spirituel, ils ne se mettent pasbeaucoup en peine den être delivrez. Mais ils sontextremement tendres à légard des incommoditez cor-porelles , Sc ils nen font pas plutôt travaillez » quilscherchent des remedes pour en être guéris. Si bienquon leur peut appliquer dans un bon sens ces excel-lentes paroles de S. Bernard (/) , si une aheffe vientà tomber * on ne manque pas de gens qùi la rele-,, vent ; mais quand une ame fe perd , il ne se trouve,, personne qui y fasse la moindre réflexion ; nous sommes plus vilement touchez de la perte des choses périssables , que de la damnation de nos âmes, qui font immortelles & incorruptibles.

Louis XI. étoit un Prince fort superstitieux , sinous en croyons les Historiens de fa vie ; Sc à bien con-sidérer ses pèlerinages, ses fondations, & ses dévotions,il semble quil ne les faisoit à autre intention quafindobtenir de Dieu des biens temporels, 8 c fur tout lasanté du corps, & une longue Sc heureuse vie. Clau-de de Seyssel, Archevêque de T urin C g) , raporte dece Roi, quun jour un Prêtre disant pour lui une Orai-son à S. Eutrope , dans laquelle il étoit parlé de la san- du corps & de celle de lame , il lui commanda dô-ter le mot d 'ame , ajoutant que cétoit assez de deman-der à Dieu b santé du corps , fans quil fût nécessairede limportuner de tant de choses tout à la fois.

La Religion Chrétienne nest pas si fort ennemie dela. nature , quelle .empêche que nous ne nous servions

U) 2. 2. q. 96. a . ». ad I. Si simplicitér adhibeantur res statu-rales , dìt-il , ad aliquos effectus producendos ad quos putanturnaturalem habere virtutem, non est superstioíiim vel illicitum. Siverò adjungantur vel characteres aliqui , vel aliqua nomina , velalise quîecumquc varia; observatìones , quse manifestum est natu-raliter estkaciara non habere, erit superstitiosum St illicitum.

(é) Sup.

(c) Ps. 117.

C. 17.

(e) 1. Cor. 10. .

(f) Lib. 4. de Considérât, c. 6. Càdit asina , & est qui siible-vet eam ; périt anima Sc nemo est qui reputet. Quàm intolera-biliùs rerum corruptibilium , quàm mentium sustineremus jactu-ram.

(^LDjirs ÏHistoire de Louis XII, p. 91 St 91.

des remedes que la Medecine nous présenté dâns nos ma-ladies. Elle fçait au contraire , ce que dit lEcclesiasti-que (h) , que cest le Très-haut. qui les a creées de laterre , & que ! homme-sage ne les rebutera pas : Et el-le nous exhorte même à en prendre quelquefois par pré-caution (f) : Mais elle ne fçauroit souffrir quon enemployé daucres que ceux qui font dans 1 approba-tion des Médecins, ou qui sont autorisez de Dieu oude l'Eglise.

Voilà pourquoi elle rejette les Phylactères ou préser-vatifs , les ligatures, les brevets ou billets , les ceintu-res dherbes , les figures , les caractères, les paroles &les oraisons ». les pratiques & les cérémonies , par les-quelles certaines personnes superstitieuses entreprennentde guérir les maladies ; & elle regarde toutes ces chosescomme des ouvrages de tenebres , des restes de lIdo-latrie, & dés inventions du Démon.

S. Eloy , Evêque de Noyon dit áux Fideîes Çkj ;

Avant toutes choses, mes Freres, je vous avertis &

,, vous conjure de najouter foy ni aux Magiciens, ni,, aux Devins , ni aux Sorciers , ni aux Enchanteurs,

& de ne les point consulter pour quelque sujet, ou pour quelque maladie que ce soit , parce que celuij, qui commet ce crime perd aussi-tôt la grâce du Bap- terne.

Estienne Poncher , Evêque de Paris dans ses StatutsSynodaux (l) de k; 15. enjoint aux Curez de sonDiocèse de s'informer soigneusement de la foy &

de lesperance de leurs Paroissiens , & des Supersti- rions contraires à ces deux vertus, pour la guérison dés maladies.

Le premier Concile Provincial de Milan (w) en 1565.donne pouvoir âux Evêques ,, de punir severement & dexcommunier les Magiciens qui se persuadent, ou qui promettent aux autres quils pourront par le mo- yen des ligatures , des nœuds, des caractères & des paroles secrettes, troubler les esprits des hommes » donner des maladies ou en guérir , & ' changer la fi-,, gure & la constitution des corps.

Jean François Bonhomme (n) , Evêque de Verceil defend de se servir de tableaux, dimages, danneaux, doraisons écrites , ou de brevets fur lesquels il y ait des caractères ou des mots inconnus, pour guérir les maladies des homrri.es ou des bêtes.

Le Concile Provincial de Toulouse (0) en 1590.'

ordonne aux Confesseurs & aux Prédicateurs de de- raciner des esprits des Fidèles , les vaines observances quils pratiquent pour la guérison superstitieuse des,, maladies. .

Les Constitutions Synodales de S. François de Sales i& dAranton dAlex , Evêques de Geneve (p ), enjoignent à tous Curez & Vicaires den j oindre sous,, peine dexcommunication à leurs Paroissiens , quils nayent auCun recours aux Sorciers & Devins, pour,, guérir ou eux, ou leur bétail.

Enfin les Statuts Synodaux dAgen (q) en 1673.assurent que cést un reste du Paganisme & de ÌI- dolatrie, que de procurer la guérison des hommes &,» des animaux, en prononçant certaines paroles, oufai- fant certaines figures.

Cest ce qui paroîtra encore davantage dans les Cha-pitres fuivans, nous traiterons de ces paroles, deces figures, & des âtres remedes superstitieux en gé-néral & en particulier,, & nous tâcherons den don-ner des idées assez justes pour les connoître , pour leséviter , & pour en faire comprendre la vanité & lillu-sion. Cependant il ne faut pas oublier ici que le Dia-ble,

{h) C. 38. Altiffimus creavit de terra medicamenta, &. vir pru-dens non sbhorrebit illa.

(r) Ibìd. c. 18. Ante languorem adhibe Medicinam,

(h) L. 2. Vit. c. if.

(L) Tit. de Sacrament. peenit.

(m) Constit. p. 1. tit. 10.

(w) In Decret. Visitât, tit. de Superstition.

(0) Part. 4. ç. 12. n. j.

(p) Part. 1. c. 11.

(?) Tit. 39.

R z