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DES SUPER
„ renferme , c’est encore mieux fait que de le mettreà votre cœur , & il vous y fera plus de bien que fí,, vous Rattachiez autour de vôtre coû.
Du temps de, 8- Augustin il y avoìt des gens quise faifoient mettre l’Evangile de S. Jean à la tête, lors-qu’elle leur faifoit mal , ou qu'ils ressentoient quel-qu’autre douleur. Cette pratique étoit devote en ap-parence. Et néanmoins voici comme ce saint Docteuren parle: „ (a) Quoi donc? Lorsque la tête vous fait,, mal , nous vous louons de ce que vous y appliquez„ l’Evangile de S. Jean , plutôt que d’avoir recours„ aux ligatures. Car la foiblesse de ceux qui y ont re-„ cours , est réduite à un tel point, & nous fait si,, grande pitié, que nous nous réjouissons quand nous,, voyons qu’une personne qui est dans son lit travaillée„ de fièvres & de douleurs, ne met son espcrance qu’en„ l’Evangile de S. Jean qu’elle met à fa té&. Le fu-„ jet de nôtre joyé ne vient pas de ce que cet Evan-,, gile a été fait pour cela , mais de ce qu’on le préféré„ aux ligatures. Si donc vous le mettez à vôtre tête,„ afin de faire cesser vôtre migraine , pourquoi ne le„ mettez-vous pas à vôtre cœur afin de le guérir du„ péché ? Faites-donc. Mais que ferez-vous ? Met-„ tez-le à vôtre cœur ; que vôtre cœur soit guéri, ce-1, la est bon. Il est bon aussi de ne vous point mettre„ en peine de la santé de vôtre corps, sinon de la de-„ mander à Dieu. S’il voit qu’elle vous soit utile , il„ vous la donnera. Mais s’il ne vous la donne pas,„ c’est qu’il ne jugera pas qu’elle vous soit avantageu-„ fe.
S. Augustin n’approuve pas par ces paroles le pro-cédé de ceux qui mettoient l’Evangile de S. Jean à leurtête ; il le blâme au contraire. Il compare ces deuxchoses l’une avec l’autre : Mettre l'Evangile de S. Jeank sa tête : Et avoir recours aux ligatures , Et il asseurequ’il a bien plus de joye de voir faire la premiere quela seconde. C’est-à-dire qu’encore qíie ce soit un malque de mettre l’Evangile de S. Jean à fa tête , ce n’enest pas toutefois un si grand que d’avoir recours auxligatures. Mais toujours c’en est un , parce que l’E-vangile de S. Jean n’est pas fait pour guérir les mala-dies : Quia non ad hoc faiïum est ; Et qu’on ne peut enattendre cet effet, fans aller contre l’intention du Saint-Efprit, qui a dicté cet Evangile pour d’autres fins.
Ainsi je ne voy pas qu’il y ait de fureté de conscien-ce à porter cet Evangile pendu à son coû dans un tu-yau de plume d’Oye brodé par les deux bouts & ornéde frange de soye, quoiqu’on dise que quelques person-nes conseillent de le faire pour la guérison de quantitéde maux.
Je ne vois pas non plus qu’il y en ait à porter écritfur du verre le Pseaume 9. Confitebor tibi Domine (fie.avec de certains caractères inconnus & magiques, aunomde [ h s u s-C h r 1 s t & de S. Etienne , en les lavantdans de l’huile rosat, & en s’en frottant le visage..
II n’y en a point auffi à s’imaginer qu’en portant unRosaire , un Chapelet, un Scapulaire, une Ceinture deS. Augustin , un Ceinturon de 8. Monique , un Cor-don de S. François, une Ceinture de S. François dePaule , ou quelque autre signe ou instrument de pieté,on ne sera jamais damné, on recevra très-assurement lesSacremens de l'Eglise à l’article de la mort & on feraune fincere penitence, quoiqu’on ait négligé de la fairependant tout le cours de fa vie , & que se contentantde ces signes & de ces instrumens extérieurs on ait re-noncé à la véritable pieté. Cette imagination au con-traire est entierement superstitieuse , dans la pensée dup - Alexandre scavant Théologien de l'Ordre de S. Do-minique (f). N
(a) Tract. 7. in c. 1. s. Johan.
(b) Superstitioíà erit Rolàrii, vel Scapularis, aut làcrorum hu-jusmodi pietatis instrumentorum , íîgnorumque gestatio , fi eacredulitate gerantur, quod numquam damnabuntur qui ea ferunt,vel quod in mortis articule^ Sacramentis Eccìeíìie certiíïìmé pro-curabuntur Sc íìnceram pxnitentiam. agent quantumvis in toto vi-ra curriculo negligant, Sc íìgnis illis pietatis contenti veritatem
S T I T I O ■ N S,
U prouve ensuite cette pensée par le témoignage duConcile Provincial de Cambray en 1565. (c) qui ditqu’il faut enseigner aux peuples que ceux-là tombentdans une vanité & une Superstition.abominable , quipromettent infailliblement, qu’on ne mourra point fansavoir fait pénitence & fans avoir reçu les Sacremens , sion honore un tel Saint, ou une telle Sainte ; qui assu-rent qu’on réussira très-certainement moyenant cela danstout ce qu’on entreprendra , & qui sc flattent de sem-blables promesses. On doit aussi rebuter absolumentceux qui promettent , qu’en faisant dire un certainnombre de Messes, & en faisant cfertuines prières, d’u-ne certaine maniéré, on delivrera toujours certaines âmesparticulières des peines du Purgatoire.
Mais au reste il ne faut pas oublier de rapporter iciune réglé que le Cardinal de Cufa donne pour recon-noître les Superstitions, qui se peuvent rencontrer dansles choses sacrées. Il y a , dit-il (d), de la Supersti-tion , lorsqu’on employé, ou qu’on applique les chosessacrées à d’autres usages qu’à ceux auxquels elles sontdestinées. Cette réglé peut être d’un fort grand se-cours dans la matière que nous traitons.
CHAPITRE. V.
De l'obfervance des faniez. En quoi elleconfise. Qu’elle regarde aujfi bien la santédes animaux que celle des hommes. Qu’el-le est superstitieuse. Qu’elle es quelquefoisun péché <veniel , & quelquefois un péchémortel. Qu’elle est condamnée par les ré-glés de l’Eglise.
L O r s au e nous employons des moyens vains &inutiles pour avoir la santé ou pour la fortifier,pour conserver nôtre vie ou pour nous préserver déquelques fâcheux accident, nous tombons dans la Su-perstition appellée VObservance des Jantez,. Car voilàjustement comme le Cardinal Tolet la définit (e) : Etfa définition s’accorde parfaitement bien avec celle dePolman (f).
Surquoi il faut remarquer , que lorsque les Théolo-giens parlent de santé , ils entendent auffi-bien celle desanimaux que celle des hommes (g). Ainsi tous lesmoyens frivoles & disproportionnez dont on se sert
pour
pietatis abnegent, Theol. mor. St dogm. Tom. 9. C. z. art. 14.Reg. 22. p. 585.
(c) Doceatur populus abominandam eíse eorum vanitatcm acsuperstitionem qui certò pollicentur non ex hac vita migraturosfine pœnitentia St Sacramentis illos qui hune íllumve ex Diviscoluerint , qui securitatem in rébus gerendis somma: certum acoptatum eventunj iisdem promittunt , St si qua alia hujusmodiproferantur St credantur , veluti St illud quoque plané reproban-dum est, fi qui certo numéro, praeseriptaquè Missarum formâali-quâ , aut precum , affirmant certas designatasque animas è Pur-gatorio semper liberari, Tit. 9. de 88. C. 6 .
(<i) Si res coníècratas ad aliud quam proprium uíum applicen-tur, est superstitio. To. 2. Exercit. L. 2. ex Sermone ibaut Ma-gi, 8tc.
(e) Instruct. Sacer. 1 . 4. c. 16. n. 1. Observantia sanitatum,dit-il, est cùm homo ad sanitatem obtinendam y ana média gcinutilia alìùmit, ut hi qui quibusdam orationibus ianant doloremcapitis, Lt aliorum morborum , retinent sanguinis fluxum , fa-nant etiam alias infirmitates, etiam animalium.
(/) Breviar Theol. p. 2. tit. 2. Superstrt. n. 982. Observantiaíànitatum est adhibitio medii inefficacis , ad obtìnendum morbo-rum curationem , vulneruni immunitatem, Medii inefficacis , v.g. certorum iìgnorum, verborum, aliorum, ut aiunt, nominumDei, insufflationis oculorum, ceremoniarum inutilium, Sec.
( s ) Comme il paroît par ces derniers mots du Cardinal Tolet,etiam animalium ; par ces paroles de Cajetan : In Sum. V. Su-perstitio. Secunda est luperstitio observationum , utendo lapidi-bus > herbis , lignis , animalibus, ímaginibus, carminibus, riti-bus ad faciendum aliquid , puta sanandum dolorem capitis , cu-randum caballum , lìstendum sanguinem , medendum vulnus Lccsetera. Et par cette réponse de Bonacína , Tom. 2. Tract- delegib. in parti. difp. s. q. z. punct. 4. num. Respondeo ob-servationem sanitatum esse superstitionem qua adhibentur ali-qua inania & inutilia ad sanandos morbos homiaum vel anima»hum.