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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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TRAITÉ

D E S

LIVRE C I N CL U I E M E.

CHAPITRE PREMIER,

Thy lasser es ou préservatifs en gênerai. 'Des diverses aâceptions dù mot deThyïaftere>Que les ThylaEìeres font des remedessupetfiitieUx condamnez, pàr les Conciles & pár lèsTer es de /’ Eglise ,

N Grec <pò*eiicrqptov , tnpìcast'm, te-píafijxò;, ct 7 raTpo 7 rutQv , zytúKvim , en La-tin PhylaClerìum , perìáptum , perí-amma , Pìclaciolttm , confervatorwm,ligatura, amolimentùm, amuletum ,ou pour mieux dire, amolernm, se-lon Vossms (a) , qui le dérivé duverbe amolior , signifie en François ce qué nous appel-ions Phylactère ou préservatif.

Dans l’Evangile de S. Mathieu ( b ) les Phylactères,selon l’explication d’Origene, de S. Jean Chryfòstome,de S. Jérôme, d’Euthymius, & de plusieurs autres In-terprètes , se prennent pour des bandes de parchemin furlesquelles les Comînandemens de la Loi étoient écrits,

& que les Scribes & les Pharisiens portoient autour deleurs têtes & de leurs bras, afin d’avoir toujours la Loide Dieu devant leurs yeux. Elles se nommoient Phylac-tères , parce qu’elles étoient faites pour conserver la mé-moire de la Loi.

Quelques Auteurs Ecclésiastiques, & entr’autrés 8.Grégoire le Grand (c), & Helgaldus (d) Moine de Fleu-ri ou de S. Benoît fur Loire , donnent le nom de Phy-lactères ì ee qui s’appelle parmi nous Reliquaires.

Mais on entend plus ordinairement par Phylactères ouPréservatifs , certains remedes superstitieux que l’on lieLe que l’on attache au cou, aux bras, aux mains, auxpieds, aux jambes, ou à quelques autres parties ducorps des hommes Sc des bêtes, pourchasser certaines ma-ladies , ou pour détourner certains accidens» C’est de làqu’ils s’appellent aussi Ligatures , à cause qu’on les lie.Ainsi los Phylactères , les Préservatifs , 8c les Ligaturesne sont qu’une même chose dans le fond,

Un Philosophe Chaldéen, nommé Julien , qui étoitun des plus fameux Magiciens de son temps, a écritquatre Livres des Démons, ou il parle de ces fortes deremedes pour toutes les parties du corps humain, ainsique le témoigne Suidas (e).

L’Empereur Caracalla , comme le rapporte Spartiendans fa vie , vouloir que l’on punît ceux qui se fer-la) In Étymologie.

(b) Cap. 23. v. 5.

(c) Lib. 12. Epist. 7.

M In vit. Robert. Régis.

(t) V. Julian. fulianus Chaldeus, âit-tl , scripsit De Iìamonìbuslibros quatuor. Còntinet autem Phylacteria pro singulis corporishumani membris, quales sunt operationes feu incantationes Chal-daíc£.

voient de ces remedes superstitieux contre la fièvre quar-te & contre la fièvre tierce.

Ce sont ces mêmes remedes quë les Conciles & lesPeres de l'Eglise ont condamnez si positivement sous lénom de Phylactères ou de Ligatures.

De là vient que le Concile de Laódicée (f) defendaux Ecclésiastiques , de faire des Phylactères , qui finedes liens des âmes ; & qu’il ordonne que l’on chasse de l’E-glife ceùx qúì en font.

Origene , ou Jean de Jérusalem (£), loue les amisde }ob, „ de ce qU’ils ne s’arrêtoient ni aux maléfices»

„ ni aux préservatifs, ni aux placques caractérisées. Car„ toutes les personnes pieuses , dit-il, doivent fçavoir,, que toutes ces choses font des piégés & des trompe-„ ries du Diable, des restes de l’Idolâtrie, des illusions„ & des scandales des âmes. Ce que la plupart deshom-„ mes ne recon'noissant pas aujourd’hui , auffi-tôt qu’ils„ ont quelque incommodité, ils së servent de ligaturess, & de préservatifs , ils écrivent certains caractères furdu papier, fur du plomb où fur de l’étain, & ils les„ lient à quelque partie du corps de la personne qui„ ressent de la douleur. Ils. se séparent & s’éloignent dë„ Dieu pour attendre leur salut des choses insensibles 8 c„ inanimées. Ils semblent éviter l’idolatrie, & ils ado-,, rent les restes des Idoles, je veux dire les préservatifs,

3, Us détournent leur esperance de la miséricorde dë„ Dieu tout puissant & vivant , & ils la mettent dans,, des choses mortes & fans aine , dans des préservatifs„ & dans d’autres Superstitions. Jettez les dans le feu„ pour voir si elles pourront s’aider & se delivrer elles-mêmes du feu. Si elles ne peuvent s’aider elles-mê--, mes, comment pourront-elles nous aider? Si elles né„ peuvent se delivrer elles-mêmes du feu , comment„ pourront-elles nous delivrer de nos infirmitez ? Dites-„ moi, je vous prie, y-a-t’il un meilleur remede qtlé„ le pain qui réjouît le cœur de l'homme ? Cependant,, si vous l’attachez à vôtre cou, fans mordre dedans *„ fans le manger, il vous fera inutile , il ne vous servi-„ ra de rien. Si donc le pain, qui est la vie du corps,,- étant attaché à nôtre cou, ne nous sert de rien, quéj, vous servirons les préservatifs & les caractères écritsj, fur des plaques mortes & inanimées, qui font des ef--, sets de l’esclavage & de l'illusion du Démon, & une

(g) Tract. z. in job.

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