DES SUPERSTITIONS.
„ noît, à raison de quelques médailléssacrées qui étoient„ aux lieux qu’íls indiquèrent. Biles y furent trouvées3, en effet ; mais comme personne ni méme les Sorciers„ ne pouvoient dechifrer les caractères qu’elles portoiént3, gravés, on découvrit enfin un Manuscrit ancien dans„ la Bibliothèque de cette Abbaie , qui en donnoit un„ parfait éclaircissement. On fit rapport de tout ceci3, au Duc de Bavière lequel voulant s’en informer exac-3 , tement fe fit apórter les médaillés & le Manuscrit dans3, la ville d’ïngolstad, & de là à Munich; & après avoir„ confronté l’un avec l'autre, il affeura qu’on pourroit„ user de ces médaillés avec fruit , fans soupçon d’er-33 reur , ni superstition , de quoi il fit dresser un pro-3, ces verbal.
„ Pour ce qui est des caractères qui font gravés fur,» ces médaillés, chaque lettre signifie un mot. Voici„ (a) la figure d’une de ces médaillés avec l’interpreta-3, tion. . : : .
3, Dans 1 ‘une des faces de là Croix il faut lire
Crttx sacra st mihi lux ,
N un draco st mihi dux.
s, ce qui fe peut ainsi tourner en notre langue^
Otte la Croix éclaire mespas »
Démon je ne te suivrai pas.
33 les quatre lettres qui font aux quatre coins signifient33 ces mots.
Cfux saritli Patris BenediEU.
La Croix du Bien heureux Pérè S. Benoît.
Dans l’autre face ces deux vers font marqués;
Vade rétro fat ana , numquam stade mihi mala]
Sunt mala qua libas , ipjè venena bibas.
Retire toi Satan , cesse de me tenter ,
Garde bien ton poison , je n'y veux pas goûter'.
3, Le bruit de Cette découverte s’étant répandu dans le3, Pais , chacun voulut avoir de ces médaillés. On fût33 obligé d’en faire plusieurs fur le modele de celles qui3, avoient été trouvées, lesquelles ayant été benites par3, les Religieux de l’Ordre ont produit de merveilleux3, effets, principalement contre les charínes & sortilèges,33 au rapport de ceux qui s’en font servis, ou en les por-,3 tant au cou , on en les trempant dans l’eau que ve-„ noient boire les animaux ensorcelés.
„ On ne peut pas douter que l’ufage n’en soit fres3, utile, si l’on s’en sert avec la soi & la dévotionrequi-3, fe envers la sainte Croix & le glorieux S. Benoît,3, dont les merveilles íònt si connues «Bailleurs : & par3, les effets sensibles que produit cette pieuse pratique»„ on peut juger des effets invisibles qu’elle opéré dans», les âmes de ceux [qui en úfent avec les dispositions33 convenables
Voilà ce que ces Moines disent de leur Médaillé ímais pour donner quelque creance L ce récit & à cetteexplication , il eût été fort à propos qu’ils y eussentjoint quatre choses. La premiere est l’interrogatoire desSorciers de Bavière, qui avouèrent que les sortilèges n’a-voient pu avoir d’effet fur les personnes, ni fur les bes»tiaux du Chateau de Nattemberg: La seconde, le pro-cès verbal des perquisitions de cette Médaillé qui fe trou*va dans ce Château : la troisième le Manuscrit anciende la Bibliothèque de l’Abbaie de Metten , qui donnoit anparfait éclaircissement des caractères qui étaient gravés furcette Médaillé. Et la quatrième, le procès verbal que leDuc de Bavière fit dresser de la confrontation de cetteMédaillé avec le Manuscrit de l'Abbaye de Metten.
Car premierement ce récit me paroît peu judicieux &Fort suspect , par ce qu on y rapporte du Due de Ba-
U) Voiés de ces Médaillés dans une des planches de ci âpres-,
vîere ; qu'il asfeàra qu'on ponvoit user de cette Médailléavoc frtiit , sans soupçon d'erreur ni de fupersition. Onl’y fait parler en sçavant Théologien , qui décidé unequestion de Théologie assez délicate, sans avoir jamaisétudié en Théologie; on l’y fait pârler en Evêque, luiqui n’est que Laïque ; & ort appuie fur fa décision tou-te la vérité de la Médaillé de S. Benoît & du cultequ’on lui doit rendre. N’est ce pas là lui faire mettrela main à ïencenfoir ?
Secondement qui empêche qu’on rie donne aux carac-tères qui font dans les deux faces de cette Médaillé un.sens tout contraire à celui que leur attribue le Manuscritde l’Abbaie de Metten ? La signification de ces caractè-res n’est point fixée. Ce Manuscrit la fixe à la vérité ;mais de quel poids & de quelle autorité peut être unManuscrit dont on ne márque ni fauteur ni le temps?C’est vraisemblablement l’ouvrage de quelque Moine vi-fionairé, qui a voulu autoriser ses imaginations en les in-férant parmi les Manuscrits de son Abbaie: & qui nefait qu’on trouve tous les jours des Histoires apocry-phes èc fabuleuses dans les Bibliothèques des Moines?
Enfiri les caractères de cette Médaillé ont des rnar-ques visibles des Superstition. Ils n’ont aucune ver-tu naturelle de produire les effets que l’on en efperecontre les charmes & les sortilèges ; & c’est en pre-mier lieu ce qui les rend superstitieux selon ces paro-les de Si Thomas (b) ,, si les choses qui se font,3 pour produire quelques effets particuliers semblent ne33 pouvòir naturellement les produire, il s’ensuit qu’on,, ne les emploie pas pour les produire comme des cau-j, ses, mais seulement comme des signes ; & de cette3, maniéré elles fe raportent aux pactes que l’on soit avec3, les Démons Il raisonne ensuite de la même façon„ (c) si l’on se sert dit-il ,,de certains caractères ou de certai-,, nés paroles » ou de quelque autre pratique qu’il est vifi-„ ble rfavoir nulle vertu naturelle pour produire les e£,, sets que l’on en attend» alors cela est superstitieux Sc.3, illicite.
Non seulement on ne peut pas attribuer à ía natureles effets qu’on prétend que lés caractères de cette Mé-daillé produisent ; mais on ne peut pas même raisonna-blement les attribuer à Dieu. Et c’est le second endroitpar lequel on peut juger qu’ils sont superstitieux. Auflíla faculté de Théologie de l’Utìiverfité de Paris déclarédans fa Censure de 13 p 8. qu’il y a un pacte tacite dans{d) toutes les pratiques superstitieuses , dont on nedoit pas raisonnablement attendre les effets ni de Dieu ,ni de la nature (e) Gerfon n’a pas d’autres' senti-ments , & c’est fur le mêtfte principe & conformé-ment à la pensée des saints Docteurs, particulièrementde S. Augustin, qu’il avance les paroles que je citedu Traité des erreurs qui regardent la Magie & lesarticles réprouvez (f).
, En troisième lieu 3 outre qu'on ne peut attribuerni à la nature ni à Dieu^Ies effets que l’on efperede la Médaillé de S. Benoît 3 on ne peut pas dire quel’Eglise Tait instituée pour les produire. Car où voiron cette institution ? Les Bénédictins d’Allemagne Scceux de Frarice 3 qui s’intereffent à la réputation decette Médaillé , n’en font nulle mention dans îeur é-crit 3 & nous ne trouvons point de livres ecclésiasti-ques qui en parlent. Il est neantmoins certain, qu’une
chose
(b) r. r. Qu*st. 96. Art.
(c) Ibid. ad. r. . .. . . . .
(d) Intendimus pactum este unplicitum m omrii obíervaponcsuperstitiosa > cujus effectus non debet à Deo vel à naturâ rationa-biiiter exípectari. .
. (< e ) Offlrtis observatio cujus effectus exípectatur aliter quam petrationem naturalem aut per divinum miracuium debet rationabilí-ter reprobari, 8c de pacta Dsemonum expreíïòj vel occulto vehe-menter haberi suspecta.
(f) Observatio ad faciendum aliquem effectum qui rationabilitctexípectari non potest à Deo miraculosé opérante, nec à cauíîs n»'turalibus , debet apud Christianos haberi superstitiosa 8c suspect»de secreto pacto implieito vel expresso cum Dasmonibus. Ista eitdoctrina, Sanctorum Doctorum 8c nominatinj Augustini in lociSpluvibus. C. u. N. J. J part. Titr. j
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