DES SUPERSTITIONS.
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II n’en est pas de même des Gamahez, , c’est-à-diredes figures naturelles qui se trouvent formées fur despierres précieuses & communes, fur du marbre, fur dujaspe » fur des rochers , fur des métaux, &c. Car cesfigures n’ètànt à proprement parler que des jeux de 1anature, elles ne font nullement superstitieuses. Pline (a)parle d’une Agathe du Roi Pyrrhus, laquelle reprefen-toit les neuf Muses & Apollon au milieu * qui tenoit■une harpe : ce qui étoit un pur effet de k nature, ohl’art n'avoir aucune part.
Majolus (b) afferme qu’à Venize il y à une autrè A-gathe, fur laquelle on voit la figure d’un homme natu-rellement formée* On dit qu’à Pise dans l’Eglife de S.Jean , il y a une Image de même genre * qui reprefenteun vieil Hermite dans un désert, qui est astis fur le bordd’ún ruisseau , & qui tient en fa main une clochette,comme l’on dépeint ordinairement S. Antoine. Dans le
Si bien qué l’on peut dire avec fondement, que ceuxà qui les armes à feti ne peuvent nuire à cause <de certai-nes figures ou caractères qu’ils portent fur eux, font vé-ritablement fous la protection du Diable, quiarrestel’ef-fet de ces armes en leuf saveur ; & que c’èst cet espritde tenebres qui soulage ceux qui ont des caractères pourfaire de grandes traites dé chemin , & qui leur aide àmarcher ; ce qui toutesf'óis n’empefche pas qu’ils ne fetrouvent extremement fatiguez aprés que leur course estachevée.
C’est le même esprit de tenebres qui préservé ceux quifont un cercle lorsqu’ils fe voient- menacés des Foudres,des ouragans, des orages, & de lâ pluie, même en plei-ne campagne. Sitot qu’ils entendent gronder le tonnerre& souffler le vent avec impétuosité , & qu’ils voientvenir un temps fâcheux , ils font íùr la terre avec uncouteau i un cercle simple capable de contenir tous
Temple de sainte Sophie à Constantinople , il y âvoit ceux qu’ils veulent garentir ; puis ils font une croix auautrefois fur un marbre blanc l’Image de S. Jean Bap- milieu , y écrivent , Verbum caro faBwn est , & y fi-
tìste couvert d’une peau de chameau , mais avec ce seuldéfaut que la nature ne lui avoit fait qu’un pied. A Rà-venne dans l’Eglise de S. Vital, on voit un Cordeliernaturellement figuré fur une pierre de couleur cendréé.Quelque temps aprés la Passion de nôtre Seigneur, ontrouva en Italie la figure d’un Crucifix si naïvementreprefente dans un marbre, qu’on y remarquoit les clous,
chent ensuite un couteau au, milieu de la croix, le tren-chant vers Fendrait d’ou peuvent venir les foudres , lesouragans, lès orages, & la pluie èn biaisant un peu.
C’est le mëme esprit qui engage certains superstitieuxà écrire des caractères que je ne veux pas marquer fusune lame de plomb avec leur nom & le nom de la per-sonne de qui ils attendént quelque chose, à les attacher
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les playes, les goûtes de sang , & toutes les particulari- à leur bras gauche , & a toucher cette rneme personnetez que les plus excellens Peintres y eussent pû figurer, afin d’en obtenir tout ce qu ils souhaiteront.
Cette figure est encore à S. George de Venizê, fi nous Enfin c’est le meme esprit qui leur fait aire autres
• * - ■ caractères vrayement diaboliques pour corrompre des tem-
mes & des filles, pour être aimés & fe faire suivre parelles, pour les faire venir en quelque lieu que ce soir,pour fe faire aimer de tout le monde & de leurs ennemis
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en croyons Gaffarel. On dit que le Marquis de Bade aune pierre precieufe qui reprefente toujours un Crucifix,de quelque côté qu’on la tourne. A Sneiberg en Alle-magne on a trouvé dans une mine un certain métail nonépuré, fur lequel étoit la figure d’un homme qui pot-ion un enfant fur son dos , ainsi que l’on reprefente S.Christofle. On a aussi trouvé en Provence dans unemine quantité de figures naturelles d’oifeaux, d’arbres,de rats & de ferpens. Enfin à l’entrée des parties Occi-dentales de la Tartarie , on voit fur des rochers diversGamahez de chameaux, de chevaux & de brebis.
. II. Origene , ou Jean de Jérusalem (c) , condamnepositivement les plaques d’étain & de plomb fur lesquel-les étoient gravez certains caractères , & dit qu'elles fontdes pìeges kS- des tromperies du Diable , des restes de l’I-dolatrie, des ìllustom êjr des scandales des âmes.
On doit faire le même jugement de toutes les autressortes de plaques caractérisées, quelles qu’elles puissentêtre, d'or, d’argent, de cuivre, de bronze, d’acier,de fer, d’airain , de bois ; de pierre, de marbre, dejaspe, d’os, d’ivoire* &c. parce qu’il n’y a pas plus deraison de fe servir des tines que des autres. Si neànmoinsle saint & terrible Nom de Jésus* le signe de la Croixou quelqu’autre figure ou caractère que FEglise approu-ve, y étoit gravé, & que d’ailleurs on les portât dansUn entier eloignement de superstition ; il n’y aurait paslieu d’en blafmer Fuíàge, à moins qu’il n’y eut des ca-ractères obscurs ou des figures inconnues j car en ce cas laelles me paroitroient suspectes.
III. On doit encore raisonner de 1 a même maniersdes figures ou caractères, autres que ceux dont nous ve-nons de parler, Hébraïques, Samaritains, Arabes, Grecs,Latins, connus ou inconnus, tels que sont ceux.qui fetrouvent dans l’abomìnable Livret intitulé Enchiridionmanmleprecatìonum Leonis Papa, & dans quelques au-tres de même nature, parce que ces figures ou caractèresne reçoivent la vertu qu ou leur impute ni de Dieu, nide F Eglise, ni de la nature, selon Geïfon {à)\
(a) L. 37. c. i- Pyrrhus habuiílê traditur Achaten, in qua rio-vém Mus* & Apollo Citharam tenens ípectaretur, non arte, sedíponte naturae ita diícurrentibus maculis , ut Muiìs quòque íingu-lis íua redderentur iníignia.
(ri Tract, de Memorab.
(c. Tract. 5. ìn Job.
(d) In Opusc. advers. Doctr. cujusdam Medi. in Monte-pìss. Sec. propo 8. 8c 11. Caractères, feu figura: , velliter* nonhabent de ratione íua quod ordinentur ad aìiquos effectus, niíì me-diante rationali vel intellectuali créature. Signiftcare emna eít rem
meme; en un mot pour commettre une infinité d’autrescrimes.
Il n’est pas bien difficile de juger aprés cela, que lacroix ou médaillé appellée de 8. Benoît a tout l’air d’unpréservatif superstitieux. Les Benedictists d’Allemagnel’ont découverte les premiers, & Font lûife en voguedepuis.quelques années. '>
Les Bénédictins de France l’ont préconisée aprés euxìA en ont publié les merveilles dans un livret intitulé-Les effeEls des vertus de la croix ou Médaillé du grandPatriarche S. Benoît extraits de l’imprimé d’jîllemœgne .*
A Paris che2 Nicolas Beflin, au bout duPont de F H ô-tel Dieu proche la porte de F Archevêché. M. D. C.LXVIII. avec Permission.
. Ils y font d’abord un lieu commun fur les mer-veilles de la Croix & du signe de la Croix. Us yrapportent ensuite Fhistoire & F explication de cetteMédaillé en cette manière: „ La dévotion envers la„ croix s’est reparidue dans F Ordre de S. Benoît à„ proportion qu’il s’est étendu. Raban Maur nous en„ fournit de bonnes preuves dans son siecle , paî ces„ croix ingénieuses, qu’il nous a laissées ; & c’est peut-„ être de F exemple de S. Maur & de S. Placide ,
» qu’bu a pris occasion d’unir l’invocation de S. Be-„ noit avec le signe de la Croix 8 c même de graver„ soli nom fur des médaillés en formé de croix. Las, pratique en étoit abolie & mêrne la mémoire en„ aurait été entierement eteinte , fans la découverte,, qui s’est faite de nos jours de quelques unes de ces„ médaillés dans F Allemagne en la maniéré qui s’en-„ fuit.
- ,, L’an 1647. comme on fit recherché des Sorciers„ dans lá Bavière & que même on erì exécuta plusieurs„ dans la ville de Stranbingen quelques uns d’entre euxi, dans leurs interrogatoires avouèrent áux juges , que,, leur sortilèges n’avoient pu avoir d’effet fur lesperfon-„ nés ni fur les bestiaux, du Cbateau de Nattemberg,„ voisin de l’Abaíe de Metten de F Ordre de S. Be-
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in intcllectu constituere ..... Constat quod talis observât» no»est posita ab Ecclelîa & sacris Doctoribus, tanquam eveniat effec-tus speratus per miraculum divinum, imò nec per sanctos AngelosDei qui sunt administratorii fpiritus propter electos Dei ad VstMUKtemam, m agis quant ad curam coiporalem.
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