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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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7 b des super

pour toutes les actions de la vie, à tous ceux qui la por-tent en or ou en argent :

Le peuple dAntioche étoit dans la même supersttiondu temps de S. Jean Chtysostome. O) Mais ce grandArchevêque la combat avec beaucoup de force, & cequil en dit, est plus que suffisant pour en détournerles vrais Chrétiens. Voici comme il en parle : Que doit-on dire de ceux qui se servent de charmes & de ligatures , & qui lient autour de leurs têtes & de leurs pies des médaillés dAlexandre de Mace- doine ? Quoi ! est-ce toute nôtre efperance est3, réduite ? Apres la Croix & la mort de nôtre Sei- gneur, ne nous reste-til plus dautre confiance que dans limage dun Roi Payen? Ne sçavez-vous pas,, combien la Croix a opéré de merveilles ? Elle a ruiné la mort, elle a éteint le péehé, elle a épuisé Penser , elle a détruit la puissance du Diable ; &,, vous ne croyez pas y pouvoir raisonnablement met-3, tre vôtre confiance pour le rétablissement de la sen- de vôtre corps ? Elle a ressuscité toute la terre, & vous nen espérez rien pour vous ? De quel sup- pli ce nétes-vous par dignes pour ce manquement de foi ?

Dans le Comtat dAvignon, en Provence, en Dau-phin é & ailleurs , il y a des prêtres qui font chau-ser un morceau de fer ou une des clefs de P Eglise ,& qui lappliquent aux hommes & aux femmes , auxchiens & aux bestiaux , pour les guérir de la rage &pour les en préserver. Ce morceau de fer ou cetteclef sappelle la Clef de S. Pierre , parceque lon sensert plus communément dans les Eglises qui font dé-diées fous linvocation de S. Pierre , que dans les au-tres. On en marque dordinaire les hommes & lesfemmes dans les Eglises, les chiens & les bestiaux |la porte des Eglises.

Mais ce remede est superstitieux & condamné avecbeaucoup de justice par les Ordonnances Synodales duDiocèse de Grenoble (b). Les Curés auront soin dabolir la coutume prophane & superstitieuse de faire appliquer par les Prêtres les clefs de TEglise , uu autres clefs, pour guérir les chiens qui sont en- ragés, ou pour empêcher quils ne le diviennent, sur tout dans les Paroisses dédiées fous l'invocation de S. Pierre.

II est aussi condamné comme superstitieux par Sain-te-Beuve dans ses Résolutions des càs de conscience.3) II y a { dit-il ) (c) de la superstition damener des,, hommes & des femmes dans lEglise, des bes- tiaux à la porte des Eglises, pour les faire toucher par le Prêtre avec -un fer chaud pour la rage : car cet attouchement na aucune vertu naturelle ni fur-3, naturelle pour produire lesset quon en attend. Ce-,, la se pratique dans Avignon à la vùë du Prélat.

,, Céla se pratique aussi en France en beaucoup den- droits ; & on ne leríipeche pas ; non quon estime3, que cela ait une vertu Infaillible, mais parceque lon considéré la chose comme un acte de Religion ,,, par lequel òn se mét sous la protection de S. Pier-,, re (on áppéllë ce fer chaud, la clef de S. Pierre )

duquel on espere lintercesiion pour être préservé de la rage. Cela est en pratique en plusieurs en-,, droits : On ne peut lexcuser en foi dune super- stífión superflue , quóiqûòn puisse peut-être excu-,, fer de péché ceux qui le pratiquent pour les rái- sons ci-dessus exprimées. Tout considéré jestime que cest une chose à abroger avec prudence par les,, Prêtres & par les Prélats à caisse qúela chose a tout3, lait de superstition.

On en peut dire autant des cors , appellés la Clef deS. Hubert , dont il est parlé dans lePlacârd qtie lés quê-teurs de la Confrairie de S.Hubert distribuent dans lesParoisses. II est intitulé. ,, Sommaire des miracles con- tinuels-qui sc font en'TEglise & Monastère de M S,

(a) Homil. ii. ad pop. Antiôch.

(b) Tit. i. Art. N §.

(c) Tom. 2. 12. cas.

S T I T I O N S.

Hubert en Ardennes de lOrdrè de S. Benoît , âti Diocèse de Liege & des grâces & indulgences accor- dées à perpétuité par les souverains Pontifes de Ro-,, me, à la Confrairie dudit glorieux S. Hubert. Voi- ci ce qu'on y dit de la Clef de S. Hubert : Ne faut passer fous silence les cors ou cornets de fer (quon,, appelle clefs de S. Hubert) bénits & touchés à la sein-,, te Etoile , qui servent aux chiens & autres animaux qui sont marqués, dun préservatif singulier & reme- de asseuré contre, le péril de rage & toutes mauvaises,, morsures tant insérées qu'à inférer ; du moins sil ar-,, rive quaprés avoir été marqués de cette clef, ils,, soient infectés de la rage ils meurent paisiblement sens faire aucun mal. Et par ce tant les personnes que les animaux trouvent audit lieu de S. Hubert un remede,, prompt & asseuré contre la rage , de laquelle sens doute ils seroient saisis , tourmentés, & afflgés tôt,, aprés la blesseure ou morsure leur inférée par quelque,, bête enragée, sans ce remede.

CHAPITRE I V.

Exemples de diverses pratiques superfìitieu-se s que son peut mettre au rattg desPhy-lactères ou préservatifs fans paroles , &dont on se sert pour procurer la santé auxhommes Ò* aux beftes , pour être heureux ,ou ponr éviter quelque mas quelque dan-ger ou quelque perte.

J E mets encore au rang des Phylactères ou préservatifsqui se font sens paroles, les vaines pratiques que lonobserve en quantité de lieux pour guérir les hommes &les bêtes de diverses maladies , ou pour les garentir dequelques accidens ou de quelques pertes qui leur peu-vent arriver. Car comme lon nen peut rendre aucuneraison naturelle, & que -dailleurs elles nont été établiesni de Dieu, ni de lEglise, pour produire les effets quelon en attend , il faut de nécessité queìles soient illici-tes & superstitieuses, puisquelles ne peuvent point avoird autre vertu que celle quil plaît au Diable de leur don-ner, En voici divers exemples par lesquels on pourra fa-cilement juger des autres que je ne rapporterai point ;Sc qui sont en tres-grand nombre.

Ne point manger de chair ni dœufs certains joursPestes solemnelles, comme le jeur dePaíques, afindê-tre préservé de fièvres le reste de lannée ; comme si cesjours, & Tabstinence de chair & dœufs que Ton y fait,avoient plus de vertu pour cela quune pareille abstinen-ce faite à dautres jours. Aussi cette superstition ést-elle condamnée par le Concile Provincial de Reims en1583. (d) Et par celui de Toulouse en 1590. (e).

Laver ses mains le 1. jour de Mai dans du jus de fu-mier , & abatre trôis fois le couvercle fie la huche furses mains, pour empefcher quelles ne fe jarcent en Hy-

ver. Guérir la fièvre ..en beuvânt dans un seau

deau aprés quun cheval y aura b'eu. Lors quune fem-me est preste daccouéher, prendre fa ceinture , aller àlEglise, lier la cloche avec cette ceinture & la faire son-ner trois coups, áfih qUe cette femme accoudhe heureu-reufement. (f) Martin de Arles, Archidiacre Pampe-

lon-

(d) Tît. 6. n. 3. Nemò à carriibus superfîitioíe diebus solem-nibus abstineat, ut sacro di'e.Paschae, ne tòto anno febre hboret,aut simtle quidpiam faciat, suadeát, aut credát.

(e) Part. 4. c. i2. n. 6. Qu K vána rìònnullorum mentes inva-fít íuperstitio, carnibus ad vitandam febrim die Pafchali abstinentdum elïê, ab uno quoque Epsscopo in sua Dioecesi, diligenti dis-quifítione cognita tollarur Sc arceatur.

(/) Tract, de Superstitidnib.Síipérstiòsúm est qqòd ferè in om-ni bac nostra patria observatur, ut dum femina est propinqua paf'tui, zonam vel corrigiam qua prxcingitur , aCcipientes ad Eccle-jsiam occurrunt Sc cymbalum jinodo quo possunt côrrigia illa velzona circumdant, 8c ter percùtïëiites cymbalum, íonuni illum cre-dunt valere ad prosperum partum , quod est superstitiósum Le sta-num.