des superstitions*
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,, psgnol , il n’y auroit pour tous les hommes qu’une„ même signification , tout ainsi q ff entre nous tous il,, n’y a qu’une commune & même nature s qui nous» incite à bohe , à manger, à dormir, & à toutes au-„ tres actions propres à nature , pour lesquelles exercer,, nous n’avons que faire de maître qui nous les ensei-„ , d’autant qu’elles sont entées & nées avec nous.
», Or eft-il que les mots ne sont pas tous de même par,, toutes nations, mais la variété en est fort grande :
„ tellement que non seulement en divers païs on use„ de divers noms Sc paroles ; mais aussi plusieurs mê»
„ mes mots sont pris & usurpez par diverses nations j„ pour signifier des choses bien diverses Sc dissembla-„ blés.
„ En outre si les mots Sc devis nous etoient natu-,, tels , on verrait que ceux qui sont naturellement„ sourds fçauroient bien parler , jaqoit qu’ils n'eussent„ jamais ouï deviser personne. Il faudrait aussi par le„ même moyen que les lettres Sc syllabes dont ils„ sont composez , le fussent naturellement : toais d’au-„ tant que telles lettres & syllabes viennent de la vo-„ lonté des hommes, & qu’il y a même une grande,, difference entre elles parmi toutes nations , il faut„ aussi inférer de-là que les noms procedent d’art &
„ non de nature. D’oìi il s’ensuit que nous devons.
,, nous déporter de leur attribuer une vertu de char»
„ mer , de tuer » & causer une infinité d’autres cala-», mitez.
„ Car tout ce que nous pouvons exprimer parpâ-„ rôles & lui donner un nom , ou c’est Dieu , jou les,, perfections & puissances qui lui appartiennent , ou„ les Anges , ou les Cieux , ou le temps, ou les ele-», mens , ou les parties du monde, ou lés animaux, ou„ les plantes, ou ce qui fe concrée és entrailles de la•j, terre , ou quelque autre chose que les hommes peu-», vent penser & rechercher. Or est-il que ni Dieu jj, ni aucune de ses bontez & perfections , ni les An»», ges ne fe mêlent de faire aucunes de toutes telles mé.»j» chançeteZ, ainsi qu’il est tout manifeste à chacun.
. „ Ce ne font pas auflì les Cieux : Car d’autant que,, ce sont causes universelles, ils versent & distillent„ Une même vertu sur toutes choses » Sc qe peuvent,, rien envoyer fur Une chose artificielle.
„ Ce n'est pas le temps, veu qu’il n’est feulement„ câuíe que du mouvement, ainsi que dit Aristote.
„ Ce ne sont pareillement les parties du monde: Cartient que P Asie a pris son nom d’nnp R pi n p rv_
„ Les mots aussi ne peuvent avoir aucune puissance,, d’ensorceler, ni pour l’espoir, ni pour la persuasion»
3 , on tient que l’Asie a pris son nom d’une Reine O-„ rientale , nommée aussi Asie; Et l’Áírique, d'A fer„ l’un des survivans de Noë ; & l’Europe, d’une fille„ d’Agenor, qui fut ravie (s’il faut croire aux Poètes)
„ par Jupiter déguisé en Taureau.
„ Ce ne. sont auffi les animaux , ni les plantes , ni„ ce qui s’engendre au sein de la terre ; d’autant qu’el»
„ les ont tiré leur nom , ou d'une propriété qu’on a„ connue en elles , ou de l'inventeur, ou du lieu, ou„ d’une ressemblance qsselles ont à d’autres choses, ou„ de quelque autre cause , & par ainsi elles font jdu„ tout dénuées de la vertu d’ensorceler ; & même si„ elles sont mixtiohnées ensemble ,. elles ne sçauroient„ avoir une telle vertu qu’on vienne à penser ou croi»re qu elles puissent faire tant Sc de si étranges & mer»veilleuses choses qu’on dit.
„ Cette puissance ne peut aussi être en f homme à,» cause de sa naissance & génération , car tous en se»», roient participans , & auroient une pareille vertu de„ charmer í ce que toutefois nous voyons à f œil être„ faux.
„ L’homme n'a p as aussi cette veítu de charnier par.„ fa voix pour quelque particulière puissance qui soit,» daus son ame. Car elle ne se peut exercer par l’ima»„ gination , & toutefois on pense qu’elle sait tant &„ de si incroyables choses, que si cette puiíìânce qu’on„ pense être la plus propre pour avoir telle vertu en», soy , ne l’a aucunement, il n’est pas vrai-scmblable„ qu’elle soir és autres puissances de l’aiìie qui lui sont,, beaucoup inferieures»
ni pour là foy qu’on y ajoute. Car toutes ces af-fections n’oht âucune action en elles qui puissent pas-ser d’un sujet en l’autre, & ne peuvent aucunementagir sur les choses exterieures , mais seulement ellesengendrent divers radotemens Sc folies fur les hom-„ mes qui en sont agitez & troublez. Car telle foy„ & persuasion » qui est une facilité de êroire naturelle„ à plusieurs » ne fe trouve qu’en quelques supersti-,, tieúx , hors le corps desquels elle no peut rien», faire.
. „ Doncques les voix ni les paroles n’ont aitcilne au-», tre vertu que celle que nos premiers peres lui ont,» baillée & imposée , à savoir que ce fussent des mar-„ ques & signes par lesquels On dêcouvriroit P un à„ l’autre ce que l'on a projetté dans P esprit. Car PO-,» raison n’est qu’une certaine quantité qui ne peut être», le principe & motif de faire quelque chose.
„ Davantage ces choses ne peuvent avoir entre elles», une action naturelle , desquelles la matière n’est pas„ commune ; car la chaleur qiti est aú feu » n’est pas„ contraire â' la froideur qui s’imagine & conçoit en„ Pefprit » mais bien à celle qui est en Peau , ob eri„ quelqu’áutre sujet. Or est-il que les mûts & carac-„ teres n’ont totalement rien de commun avec les cho»
„ ses exterieures, par le moyen dequoi tels mots puis-», sent agir , & les choses exterieures endurer. Il s’en»
»» fuit donc que ce qu’on en dit sont purs meníon-
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,, En ourre P action qbi est naturelle ne fe peutexercer si l’agent ne touche de son corps , qu dé„ quelque vertu & qualité qui soit en lui , la chose„ qu’il veut altérer ; comme on voit que le Ciel par», fa clarté Sc mouvement qui paíïè à travers Pair qu’il„ fraye, échausse ces lieux bas. Or est-il que les mots»» ne peuvent aucunement toucher les choses, . & nom»
», mémçnt les-absentes, vû qu’ils ne peuvent être púr»
„ tez jusqu’à elles, comme est la fléché quand elle est», décochée de dessus Parc* Il s’ensuit donc qu’ils ntz„ peuvent rien faire.
„ Avec cela si les mots â voient quelque Vertu » òii»» ils Pauroient de leur forme ou de leur matière.
„ Or ce n’est pas de la forme , d’autant qu’elle est,» artificielle , & connue feulement à ceux qui Pont„ formé ; & toutefois maints superstitieux se servent dé», 'je ne sçai quels mots si étranges Sc barbares » que non-», feulement ils ne les entendent pas éux-mêmes » mais„ qu'homme du monde 'n’y fçauroit rien cònrioîtreéD’ou noUs inférons que tous tels caractères & mots
», dont ils usent, sont illusions du Diable.
,, Ce n’est pas aussi de la matière que provient telle,, vertu aux mots. Car comme ainsi soit que c’est un3, esprit ou fondement qui se forme & articule au la»
»» rinx , Sc provient de l’estomach passant par l’aspre», artere , elle ne peut avoir autre vertu que les autres„ haleines.de nôtre corps, lesquelles, futót qu’elles font„ poussées dehors , font éparfes & s’évanouïssent telle-», ment, qu’elles n’ont aucune puissance.
„ Que . si lá matière de la respiration Sc haleincmcnt»» avoir une vertu peculiere » elle l’auroit toûjours pa»
», teille & égale fur toute mátiere artificielle que ce soit ;
„ & partánt il n’y auroit point de choix ni d'égàrd de,, quels mots useraient les charmeurs » Sc même oií,, n’auroit que faire de mots » pour ce que le feuì,, soufflement suffirait, & auroit d’autânt plus de ver»», tu qu’il ferait poussé Sc jette en plus grande abon»», dancë. Si est-ce que plusieurs sont si superstitieux», qu’ils défendent opiniâtrement qu’il y a bien plus,» grande vertu èn certains tbots exquis & choisis »,» qu’eZ autres prononcez à l’avanture.
„ Joint auffi que si les mots avoient Une dutre ver*», tu què d'exprimer les passions & affections de Pes»,, prit » Aristote n’eûc jamais dit que la chose n’est„ pâs vrayê bi fausse pour nôtre affirmation oii riegà»sa tson í ínais àíótt lios propos font véritables» qhârid"Xi « uZ