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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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I

82.

DES SUPER

Prendre du poil dune .... ou des ongles dun ma-lade , & les mettre entre un arbre & son écorce, & lemalade guérira infailliblement , comme auili si on lefait passer .... par dessus un chêne ou par dessus un su-reau.

Guérir un rhumatisme appelle par quelques uns Y En-châsse , en faisant frapper trois coups dun marteau demoulin proche du malade par un meunier , ou par unemeuniere de trois races, en disant, In nominepatris 8 cc.

Dérober quelque chose à son voisin afin de faire ces-ser le mal qui nous tourmente.

Enfouir une .... fous le seuil dune écurie du-ne étable, ou pendre dans f une ou dans lautre des bri-ques en croix , pour empêcher que les chevaux & lesautres bestiaux ne soient malades ou maléficiés, & queles vaches ne tarissent.

Tuer un coq en présence dune personne qui est enlangueur & qui semble ne pouvoir mourir , afin quellemeure quelle guérisse bientôt.

Pétrir le gâteau quon appelle de S. Loup , en cettemaniéré , pour empêcher que les loups ne fassent aucunmal aux bestiaux & aux troupeaux que lon laisse seulsdans ks champs & les pâturages. On fait un gâteautriangulaire à lhonneur de la très-Sainte Trinité , on yfait cinq trous en mémoire des cinq playes de NotreSeigneur, & on le donne ensuite pour lamour de S.Loup au premier pauvre qui se rencontre. Cest ce quise pratique assez souvent proche Tillemont & Louvainainsi que le raporte Majolus (a).

Employer quelquun des remedes extérieurs dontkernel parle en cette sorte (£) : Se scarifier les gen-,, cives avec une des dents dune personne morte dune,, mort violente , pour guérir le mal de dents. Boire la nuit de leau de fontaine dans le test dun homme mort & brûlé , pour fe délivrer du mal caduc. Se faire des pilules du test dun pendu pour sc guérir,, des morsures dun chien enragé. Percer le toit de,, la maison dune femme qui est en travail denfant, avec une pierre , ou avec une fléché , dont on aura tué trois animaux , savoir un homme , un Sanglier & úne ourse» de trôis divers coups, pour la faireaus-,, si-tôt accoucher : ce qui arrive encore plus assuré- ment quand on perce la maison avec la hache ou le sobre dun Soldat arraché du corps dun homme,,» avant quil soit tombé par terre. Manger de la chair dune bête tuée du même fer dont on a tué une.personne, pour guérir lépilepsie. Avec les mains de quelques personnes mortes dune mort avancée,, guérir les écrouelles, les glandes qui viennent autour des oreilles & les maux de gorge , en les touchant feulement. Dans l'accès de la fièvre tierce boire trois,, fois dans un pot neuf, autant à une fois quà lau- tre., de leau de trois puits disserens, mêlée ensem- ble , 8 c jetter le reste ensuite. Pour guérir la fièvre,, .quarte, envelopper dans de la laine, & nouer autourj, du cou quelque morceau dun clou de Croix. Boi- re du vin dans lequel on aura trempé une épée dont5 , .on aura coupé la tête dune personne ; ou enveloper,, dans un linceuil les rogneures de ses ongles, puis at-tacher ce linceuil au cou d'une anguille vive , & lalaisser aller auflì-tôt dans leau. Cracher dans lagueule dune grenouille de buisson , & la laiíscr allerincontinent après toute vive , pour guérir la toux. ; Se lier les temples dune corde de pendu , ou se lier le, test dun des rubans dune femme , pour ne plus sentir le mal de tête.

User des vaines observances que S. Bernardin deSienne marque ainsi (c) : Jetter la cremailliere de fa,, cheminée hors de son logis pour avoir-beau temps. Mettre une épée nuë fur le mât dun vaisseau pour détourner la tempête. Danser jour & nuit en pre- nant bien garde de tomber par terre , & faire quan-,, rite d autres folies dans lEglise aux Fêtes de lAs*

(a) Suppl. dier. canic. Colloq. z.

(by hYo. 2. de abditis rerum cauíis, c. 18.

(e) Tom. i. Serin. i. in Quadrag. art. z. c. 2;

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S T I T I O N S.

somption de la Vierge & de S. Barthélémy , pour être guéri du mal caduc- Ne point manger de tê-tes danimaux , pour navoir jamais mal à la tête.Faire ce quon ne peut dire , ni même penser honnê-tement, pour guérir le mal doreilles. Toucher avecles dents une dent de pendu , ou un os de mort 3ou mettre du fer entre les dents lorsque lon sonneles cloches le Samedi Saint, pour guérir le mal dedents. Porter un anneau fait dans le temps quondit la Paflion de nôtre Seigneur , contre la gouttecrampe. Prendre deux roseaux , ou deux noyauxdaveline, les faire joindre lun à lautre, & les por-ter pendus à son cou, contre les dîlocations démem-bres. Mettre fur un enfant qui est tourmenté desvers, du plomb fondu dans leau, ou du fil filé parune Vierge. Pour le feu sauvage , compter avec lepied les pierres dune muraille , en levant le piedvers la muraille en courant , & enfin en la touchantdu genouil. Faire passer les enfans dans des racinesde chênes creuses , ou par un troû nouvellementfait , afin de les guérir de certaines maladies. Dé-couvrir le toit de la maison dune personne malade au dessus delle, lorsque quelquun lui souhaitte la,, mort & quelle ne peut mourir , ou la lever de fa place , dans la creance quil y a quelque plume doi-,, seau qui lempêche de mourir. Chafler les mouches lorsquune femme est en travail denfant, de crainte quelle naccouche dune fille.

Mais cest aslèz parler des Phylactères 8 c des reme-des qui se font sons paroles : II est maintenant temps deparler de ceux qui fe font avec des paroles.

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CHAPITRE V.

§Hie les paroles , quelles qu'elle s soient , n'ontnulle vertu naturelle pour guérir le s mala-dies des hommes & des bêtes , ni pour lespréserver d'aucun danger. Sentimens deLéonard Vair , dAnne Robert & ditLaurent fur ce sujet.

Q Uel au e s Philosophes & quelques Médecin?

superstitieux , sappuyant plutôt fur je ne fçay-quelles expériences trompeuses & mensongères » que furde bonnes & solides, raisons , se sont imaginé que lesparoles avoient une vertu naturelle de guérir certainesmaladies , de charmer les hommes & les bêtes , 8 c deles préserver de certains dangers. Mais pour peu deconnoissance que lont ait de la vraye Philosophie & de vraye Medecine , lon naurá pas de peine à jugerque cest en vain & sons aucun fondement que lon at-tribue cette vertu aux paroles quelles quelles puissent,être , soit quelks signifient quelque chose ou quellesne signifient rien ; quelles soient simples ou compo-sées , en Prose , en Rime & en Vers , en langue Hé-braïque, Grecque, Latine, Françoise ou autre, écri-tes , prononcées de vive voix, en marmottant, en sif-flant , en aspirant, ou de quelquautre maniéré, enprésence des malades, ou en leur absence.

Voici les raisons quen donne Léonard Vair , Doc-teur en Théologie , & Prieur de sainte Sophie de Be-nevent , dans le Traité quil a écrit en Latin des Char*mes. Comme elles sont très-bien à mon sujet , je neferai pas difficulté de les transcrire ici tout au long se-lon la traduction Françoise qui fut faite de ce Traitépar Julien Baudon en 1583. & qui mest tombée de-puis un an entre les mains, sons quil mait été possiblede trouver un exemplaire de loriginal Latin , sor le-quel jaurois traduit plus purement & plus nettementce qui soit.

,, Si les noms & les mots signisioient de leur nature quelque chose de certain, (d) dit cet Auteur £ s '

kîol.

W L. 1. c. n,