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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPER

« n 3 P 3 ^ plus de pouvoir de changer le toucher,

" que la couleur en a de changer louie. Cest pourquoi,, etant nécessaire que le toucher soit change dans les guérisons, l es paroles ne les peuvent naturellementi, procurer.

, 3 * Si les paroles avoient quelque vertu, elles lau- noient oti de leur forme, ou de leur matière. Ellessi n en ont aucune de leur forme, parée qu*elle est arti-5, ficielle , & quelle dépend de linstitution des hom- mes, & par conséquent quelle nest connue que des, ceux qui Pont établie. Leur matière est une vapeur,

un air, une haleine, qui nest pas toujours de mêmeì, nature, mais qui change selon les divers tempéraments du cœur, des poumons , & des organes nécessaires,» pour parler.

,» 4- Toute action étant produite par son contraires», de même que les couleurs ne peuvent rien fur le goût*

ni le goût fur les odeurs, ni le son fur les figures, ainíî», les paroles ne peuvent rien fur les maladies.

5 - Si les paroles ont quelque pouvoir fur les mala-», dies, elles Pont ou de leur nature, ou de P institution», des hommes. Si elles Pont de leur nature, elles doi-,, vent signifier une même chose par tout le monde,

», parce que la nature est la même dans Piste de Delos,

dans la Scythie, dans P Afrique , & dans P Europe.

», Or non feulement il y a diverses nations qui fe fer-,, vent de différentes paroles ; mais souvent les mêmes», paroles signifient diverses choses en divers pays. Si elles Pont de linstitution des ^hommes , elles nen», peuvent pas avoir dautre que celui dexprimer les pen- fées de lefprit. Et ainsi elles ne sont que des signes de nos pensées.

Vous me direz,, ( cest une objection quil fe fait à,, lui-même,) les paroles ont un merveilleux empire fur», ks esprits des hommes ; & elles sont capables de chan-,» ger toutes leurs passions. La langue , dit V Apoftrs S, Jacques {d) , nest quune petite partie du.corps;», cependant combien fe peut-elle vanter de faire de gran- des choses? Ne voyez-vous pas combien un petit feu», est capable dallumer de bois ? Les vaisseaux font tournez de tous cotez avec un tres-petit gouvernail. Ainsi quoique la langue ne soit quune petite partie du,, corps, elle ne laisse pas dexciter diversement toutes les passions de lame. Une langue immodérée est un mal incorrigible, elle est pleine de poison mortel.

,» Mais à cela je répondrai que les paroles peuvent

bien a la vérité exciter les passions de lame, & chan- ger les esprits, non pas par elles-mêmes, mais par les», choses quelles signifient, par le poids des maximes quelles contiennent, & par la conduite de la voix de,» ceux stui les profèrent. Aussi le discours a-t-il une tres-grande force pour entraisner les esprits ; & cest de- qu'est venu ce que les Anciens ont dit de la Déesse de la Persuasion & de la chaîne dor-de lHer-», cules Gaulois. Si bien quil y a de lapparence que les grandes maladies de lesprit peuvent être soulagées & adoucies par les Vers, par les Chants & par la Mu- sique. Mais il arrive souvent que les paroles que pro- serent les Charmeurs, sont des paroles barbares, ri- dicules , qui ne signifient rien, qui nont ni ordre, ni mesure , ni cadence. * Cest ce qui fait quelles ne», peuvent ni se faire sentir à lame, ni changer le corps.

Les raisons de ces trois Ecrivains font si claires, sifortes, Se en si grand nombre, que ce seroit perdre letems que de vouloir les éclaircir davantage » & y enajouter dautres.

(a) Epiíb c. 3;

S T I T I O N S.

CHAPITRE VT.

Que les Thylatteres ou préservatifs qui jefont avec des paroles 9 soit yu'elles ne signi-fient rien » ou qu'elle ssignifient quelqne cho-se , sont superstitieux. Qu'ìls sont condam-nez par le s Conciles <& par les c Peres. E-xemples de divers préservatifs avec paro-les. 'Des Billets ou Brevets. Qu'ils ne fontpas moins illicites que les autres préser-vatifs. Des Lettres qu'on appelle de Li-berté. Qu'elles font superstitieuses.

S I donc les paroles en général, quelles quelles soient,ne peuvent naturellement guérir aucune maladie ,ni des hommes, ni des bêtes ; si elles ne peuvent natu-rellement les préserver daucun danger ; si elles ne peu-vent naturellement leur donner ni leur ôter aucun char-me ; il est visible que celles qui signifiant quelque cho-se , & celles qui ne signifiant rien, produisent néanmoinsces effets , ne peuvent les produire que par une vertusurnaturelle. Or cette vertu surnaturelle ne leur ayantété donnée ni de Dieu , ni de lEglise , ainsi quil pa-roi t; parce que nous nen voyons rien , ni dans lEcri-ture Sainte, ni dans la Tradition, ni dans les Livresdont lEglise se sert pour celebrer les divins Offices : ilsensuit par une conséquence infaillible , quelles ne la peu-vent avoir que des Anges. Elles ne la peuvent avoirdes bons Anges , parce quils sont toujours la volontéde Dieu, & que comme lui, ils ont de lhorreur pourle mensonge & pour la vanité. II faut donc quelles la-yent des mauvais Anges, & que tous les effets quellesopèrent, soient produits par ces esprits de tenebres &derreur, en conséquence de quelques pactes exprès outacites faits avec eux; & quinsi elles soient superstitieu-ses.

II ny a pas lieu de sétonfter âpres cela si les Conci-les & les Peres fe font élevez avec force contre ceux quientreprennent de guérir les maladies des hommes & dessiestes par des paroles. Nous avons déja rapporté plusieursDécrets des Conciles, & plusieurs témoignages des Pe-res fur cette matière (b) ; & nous en rapporterons enco-re davantage dans la fuite de ce Traité , lorsque nousparlerons des Charmes, des Bénédictions, des Exorcis-tes» des Conjurations, & des Oraisons superstitieuses.Cependant nous ne sçaurions nous dispenser de condam-ner de superstition ceux qui simaginent pouvoir

Estre guéris du mal-caduc en proférant ces paroles ^Dabit , habet , hebet ; ou en portant à leur doigt unanneau dargent , au dedans duquel il y auroit écritDabi habi haher >{< habr ; ou en portant! fureux les noms des trois Rois qui vinrent dO rient pouradorer Nostre-Seigneur dans la crèche de Bethleem ,Ga/par , Melchior , Balthafar : ce que lon a exprimépar ces vers que la simplicité & lignorance de quelquesEcclésiastiques du passé avoient inférez jusques dans lesRituels, & entrautres dans celui de Chartres (c) delannée 1500.

Gajpar sert myrrham , thtts sMelchior » 'Balthafar OH-rum.

tJac tria qui secum portabit nomina Regum ,

Solvitur a morbo Christi pietate caduco.

On guérit aussi du mal caduc, du mal de tête & desfievres , & on est préservé des malheurs des chemins»de la mort subite, des sorcelleries', & des maléfices, enportant fur foi une image qui repreíènte ladoration destrois Rois, avec cette inscription: San£U tres regesGas-