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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS,

disant auíïi trois fois, Pain bénit. Faire tomber les ver*rues des mains en les saluant , & en leur disant áumatin Bonsoir, &ausoir> Bonjour.

Empescher que le beurre ne se fasse, en frappant troisfois avec un baston fur la baratte, & en récitant Un ver*set du Pfeaume ; i. sur quoi Bodin raconte cette His-toire (a) : Me souviens'étant à Chelles en Valois,j, un petit laquais empeschoit la chambrière du logis de3, faire fort beurre ; elle le menaça de le faire fouetterj-, pour lui faire ôter le charme : ce quil fit. Ayant dit3, à rebours le' même vers, auíìì-tôt le beurre se fit,

,, combien quon y avoit employé presque un jourerí-,, tier. ^

Etre préservez de quantité de maladies en disant troisibis Pater Sc Ave à cette fin , la premiere fois quilsvoyeht le croissant. Lever un homme de terre sans sen-tir presque aucune pesanteur, en proférant certaines pa-roles que je ne Veux pas rapporter ici. Quoique cela fefût fait assez de fois chez une personne de qualité de maconnoissance ; cependant un Curé de mes amis, hom-me de mérité & de vertu , y étant, & ayant soutenuquon ne le pouvoit faire en prefence , on employainutilement trois ou quatre personnes pour le faire, bienquelles en sçeulfent fort bien le secret. Mais peut-êtreque le Démon étoit alors occupé ailleurs.

Eteindre le feu en disant, In te Domine fperavi, 8cc.

ou en écrivant certains autres mots avec du charbon furie manteau de la cheminée. Guérir la rage en portantces paroles pendues à son cou , Berfer Careatt , reducat ,

&c. Ecrire certains mots fur un morceau de pain, &le donner ensuite à manger à un malade, afin quil re-couvre la lanté. Relever lestomach avec certains mots,

& avec une ronce de cinq feuilles, appliquée fur unecertaine partie du corps. Porter à son cou le mot ABPA-CAAABPA, écrit en la maniéré qui fuir.

abpacaaabpa

ABPACAAABPABPACAAABABPACAAAABPACAAABPACAABPAGABPAABPABA

Le Cardinal 1 Barònius (b) rapporte cette figure de 8e-renus ancien Médecin , avec les vers que nous citeronsdans le Chapitre ; du livre suivant, auíquels il ajoute cesdeux vers:

Tait a langueniis conducent vincula collaiLethalésque abigent, miranda potentia , morbot.

Guéris la maladie appellée le Carreau , en prenant unpavé dune Eglise , & en disant Ave Pavé , Carreautout ..... Se garentir du tonnerre, en mettant une bran-che daubespine sur sa tête , & en proférant certainesparoles. Arrester le sang qui coule du nez en écrivantavec de l'encre dans 1 .... dun homme ou dun gar-çon Boris , & dans c... dune femme ou dune filleBorus.

Guérir toutes sortes de fièvres en rompant dans le fris-son un petit baston, en le jettant par la fenestre aucom-

ïpencement de laccés , & en disant.ou bien en

liant le matin un . ... avec un lien de paille, & en ré-citant à genoux devant cet .... cinq fois Pater & cinqfois Ave. La personne qui déliera ce lien aura les fièvres,St lemalade en fera délivré. Faireenforte que des criminels con-damnez à la question ne ressentent aucun mal lorfquiîsy sont appliquez , en disant ces vers :

(a) L. i. de Démon. c. i.

( b ) In Appestdic. te. n. Annal, ad tom. r. an. no

Imparibtàs meritH tria pendent corpora r ami s,

Dismas Gesmas, in medio efi divin* potefias~Acla petit Dismas , infelix infima Gesmas ,

Nos çr res noftras coufervet fttmma potefiasHos versus dicas , tu forte tua perdas.

Ou le premier verset du Pfeaume .... ou, Sîcut lác Be-nsdiEla & gloriojk Virginie Maria fuit dulce & suaveDomino noftroì &c. ou enfin, Jésus tranjkns per médiumillorum , ibat , Os non , &C.

Arrêter Fesser des armes à feu, ert disant à reboursces paroles de Nôtre-Seigneur à S. Paul, Saule, Saule ,quid me persequeris? & en y ajoutant trois mots qui riesignifient rieri.

Empescher quon rie lie lês criminels, 8c quon rieles retienne en prison, pourveu quils ayent certaines let-tres De liberté, dont parle le venerabîe Bede (c) dansson Histoire d'Angieterre, & quil appelle Literas So!u~torias »

Eviter & chasser quantité de maladies , & détournerquantité de dangers par le moyen des Brevets ou Billets ,qui sont une cspece de préservatifs avec paroles, nonmoins superstitieux & réprouvez que les autres. Le PereCrefpet (d) asseure que les Reistres qui vinrent en Fran-ce durant la Ligue ert avoient : Que les Japonois envendent ì ceux qui font à F agonie, les asseurant que silsmeurent avec ces brevets, ils ne seront point tourmentez desmalins esprits: Que Servius Novianus craignant de deve-nir chassieux, portoit pendues à son coû ces deux let-tres Grecques u & p ; & quil a veu à Avignon un jeu-ne garçon que le Diable avoit possédé , à cause quonlui avoit attaché au coû un brevet il y avoit desnoms inconnus.

Le Concile Provincial de Rouen (V) en 1445. or-3, donne que ceux qui porteront des Brevets ou Billets à leur coû , ou qui en seront porter aux bêtes, je&-,, neront & demeureront en prison pendant un mois pour la premiere fois ; & que sils continuent dans leufa crime , sils seront punis plus rigoureusement, selon,, que lEvêque le jugera à propos.

II ne faut pas oublier ici ce qui est rapporté dans hvie de Saint Charles Baronnée. (/) Ce grand Arche-vêque ayant oui quelque vent (dit le Docteur Jussano,traduit par le Pere de Soulíour) que parmi le peuple,, sétoient coulées, par une invention diabolique »,, quelques Superstitions, pernicieuses, fous pretexte de,, préservatifs contre la pestilence ; cest à savoir certains billets ou bulletins écrits à la main, & dautres im-,, primez, mêmes gravez en anneaux Sc médaillés, qu'on,, alloit sonnant parmi le vulgaire ignorant & simple , ii ne manqua pas incontinent de faire publier un Edit,, prohibitif de toutes telles bagatelles, & autres fembla- blés fausserez & mensonges , comme superstitieuses impostures rejettées & condamnées par nôtre mere FEglire, montrant combien griefue éroit Foffense faite à la Majesté de Dieu par F usage de telles fausse- téz diaboliques. Ainsi par cette voye il remédia promptement à ce mal qui pouvoit attirer ce Peuple à de grands & énormes pechez.

Cest (dans ce même esprit que Jean François Bon-homme (g) Evêque de Verceil ne veut pas que lon se serve de brevets il y ait des Caractères ou,, des mots inconnus, pour guérir les maladies des hom-» mes ou des bêtes.

Le Concile Provincial de Tours (h) en i;8;. ,, dé-fend à tous Ecclésiastiques , fous peine de suspense,Sc à tous Laïques sous peine dexcommunication ,dt fe servir de brevets.

Le

(c) !.. 4. c. rr.

{d) L. 1. de ìa haine du Diabîè, 8tc. Discours 10.

(«') C. 6.

( f) L. 4. c. 4. ...

(g) In Decret. vuì tit. de Supe*st.t.,

(b) Tit. 4.